vendredi 5 décembre 2008

Death, love, depression, .... and "1000 mots pour réussir"

Tuva, 2008


Encore un - et plus même- powème qui fleure bon la cuite - et l'universitaire. Michel, je t'aime.


Haiku 1

Ossements sur la table, couteau dans la main
Poulet dans l'assiette
Le chinois maffieux du coin
Est très chouette

Haiku pire
Le soir est un grand vide
Où s'abîment nos principes
Et nos bières impavides
Pareilles à des polypes

Et oui, un jour j'écrirai un article consistant. Quand j'aurai grandi?

mercredi 19 novembre 2008

lundi 10 novembre 2008

46,5 kg

Tramway supersonique, Bratislava (2008)


"La regardant boire, il ne put s'empêcher de penser que dans une heure ou deux elle le prierait, avec le même sourire distingué, de la laisser seule un moment. Il déférerait aussitôt à ce désir et il y aurait, quelques instants plus tard, venu de la salle de bains de cette malheureuse, le bruit maléfique de la chasse d'eau. Bref, une vie de passion. Dans sa chambre, par égard pour elle, il se boucherait alors les oreilles, mais en vain, car l'installation sanitaire du Royal était d'une énergie remarquable. Enfin, il serait musicalement reconvoqué par le truchement de quelque disque de Mozart ou de cette barbe de Bach, et il faudrait faire l'amour. Bref, une vie de passion. "


J'ai enfin découvert Belle du seigneur. A mon âge , il était temps.

mardi 4 novembre 2008

My head is spinnin / It feels allright / I got a t-shirt / And my shoes are nice

Etreux, 2007


Ma retraite en ces lieux m’a amenée à concevoir nombres d’idées et d’envies dont le point commun est une tendance nette au délire, au psychotisme voire à la schizophrénie. L’une de ces pensées mégalomaniaques fut de participer joyeusement au naufrage titan(ic)esque de ce qu’on nomme encore les Lettres Françaises. J’ai donc décidé d’apporter ma pierre à cet édifice- ou plutôt d’ajouter un rocher autour du cou de « ce grand cadavre à la renverse ». Bien sur, ma contribution terroriste ne sera que modeste, en comparaison des vraies bombes de daubes larguées chaque année par A. Nothomb, ou des camions piégés emplis jusqu’à la gueule de diarrhée purulente de bons sentiments déversés par E.E. Schmitt.

Non, je me contenterai de simples petits actes visant à un travail de sape, à l’instar de mon Maître, ès dépression, Michel Houellebecq. Cet homme exceptionnel, hors de sa production littéraire romanesque, a écrit quelques poésies, sous forme de haïkus. Enfin je crois. Ceux-ci ont trois thèmes principaux : le camembert, le tourisme sexuel, et la vie d’un petit canidé fictionnel. L’idée du haïku est de produire une pensée fulgurante sans excès en termes d’expressivité : la concision est le but de cet exercice. Les Haïkus Houellebecquiens proposent une seconde exigence : la platitude, la neutralité, la nullité de contenu. Ainsi, le vide de mots et le vide de sens se conjoignent en une absorption cosmique du Moi dans le Rien. Et tout ça.

Je vais donc m’essayer à cette enthousiasmante entreprise, et, comme le dirait une autre grande auteure de ce siècle : Michel, « ma révolution porte ton nom ! »

Haïku 1

Je fais de la grammaire
Dans les ministères
Des pantalonnades
Dans les ambassades

Cette ville désarticulée
Est pleine de tramways
Mais je rigole plus
Dans les trolleybus.


Punk rock ist nicht Tod?

Punk solitaire, banlieue de Erevan, Arménie (2007)

Je viens d’achever la lecture, éprouvante, d’un pavé commis par Benoit Sabatier, rédacteur adjoint de Technikart, Nous sommes jeunes nous sommes fiers. Bon pour tout avouer je ne l’ai pas vraiment fini, j’ai dû me rendre aux alentours de la page 390 et j’ai parcouru le reste en diagonale. En effet, le bouquin, pour intéressant qu’il soit est carrément un pensum à lire dans sa totalité. Raison pour laquelle je n’en suis venue à bout que maintenant alors que je le possède depuis au moins un an.

Si ce livre est remarquable pour tout un tas de raisons, il est tout autant improbable dans son style. Remarquable d’abord : l’ambition de l’auteur qui est de retracer une fresque de la culture jeune « d’Elvis à Myspace ». Hénaurme, me direz-vous. En effet, c’est gigantique et on peut dire que le boulot de documentation est carrément plus qu’à la hauteur de cette idée : des millions d’anecdotes, de dates, d’interview éclectiques, de références. Une bible pour tout qui a le même âge que moi et donc n’a connu ni l’esprit canal, ni les années 80, ni les collants discos, ni l’idolâtrie pour My Bloody Valentine ; pour toute personne à qui Gerda 85 n’évoque rien de plus qu’une ado mal dégrossie à la mèche new-wave errant dans les terrils.

On retrouve ici un parcours extrêmement passionnant, plus sociologique que musical, avec cette proposition tout à fait affriolante : comment la culture jeune est elle passé du statut subversif au statut de culture de référence ? Avec évidemment quelques petites marottes de notre cher rédac : Taxi girl, une obsession qui confine à la quête intermittente, les Stinky Toys, Kraftwerk et les machines, Christophe (!) l’explosion punk et les Inrocks. Plusieurs passages se démarquent très nettement du reste, parce qu’ils présentent des faits minimes relatés dans une relative clarté structurelle, comme par exemple l’histoire du collectif Bazooka, des pages culture de Libé, de l’ascension du Grand Jack (Lang, bien sur).

Mais. Parce que mais il y a évidemment.
Le problème, et il est de taille, est que c’est illisible. A force de vouloir tout citer, tout dire, parler de tout, on a parfois l’impression de parcourir un genre de bottin mondain atemporel, œuvre d’un namedropper fou : des énumérations interminables, des dates qui partent dans tous les sens. Si ça peut tenir dans une critique d’une page, la sur-réferentialité fait mal à la tête au bout de 60. Et on finit par avoir un peu l’impression qu’on se fout de nous : finalement, à part des noms à n’en plus finir, où est passé le contenu ? On se sent un peu eus, d’avoir le vague sentiment que ce maelstrom d’infos est destiné à noyer le poisson. Et le bébé avec le poisson dans l’eau du bain. Ça c’est la première chose.

L’autre est cette espèce de façon d’écrire à la punk, avec des phrases lapidaires, des expressions fulgurantes, des sentences définitives. En gros, Sabatier nous explique en sous-mains qu’il aime bien Yves Adrien.

Si le style gonzo punk est une chose admirable, n’est pas Burroughs qui veut. La proposition d’écrire en collant avec la réalité d’une musique qui révèle au grand jour cet engloutissement, cette auto-annihilation totale est en elle-même, que ce soit conscient ou pas, une remarquable réflexion sur l’art : faire face à l’abîme, à la béance ; traduire en mots la fêlure. On y reviendra dans le toujours hypothétique article sur le rapport au Réel dans le post rock noizy. Le problème est de vouloir « faire-genre », dans un espace totalement hors-contexte et de le faire comme un bon suiveur- forcément en dessous. Déjà à l’époque Pacadis n’était qu’un deuxième Adrien. Et cette écriture qui vise à faire mouiller les petites bourges qui lisent Libé en faisant passer chaque ligne comme un flash d’héro est par certains côtés, si pas désuète en tout cas assez pathétique dans le contexte actuel. Parce qu’alors on se retrouve avec des phrases « choc» qui nous font un peu peur. Festival de métaphores, florilège de jugements à l’emporte-pièce, michpopote d’impératifs catégoriques kantiens ; bref, « Soit punk, jeune! »

Le pop n’est pas hexagonal. Etre pop en France, c’est être marginal. Branché. [Hou ça m’excite alors ça]

Le punk, une menace jeune pire que le vieux communisme. [Maman!!]

En 1984, la culture jeune, ce sont les jeux du cirque. Dans l’arène, un taureau, hagard : le rock. MTV plante ses banderilles. [Olé]

La techno et la house sont des mouvements radicaux. [Wow. Envoyé didon]

Et, last but not least :
Ce qui reste des 2be3, c’est ce constat industriel : l’alliance entre la télévision et une major ne peut que rapporter des sous, beaucoup de sous, le public n’a pas le choix, ses goûts n’ont aucune sorte d’importance, le public achète ce qui est matraqué dans sa lucarne.

Faut se lever tôt quand même pour allonger des platitudes pareilles.

En définitive, ce qui rend l’ensemble gavant c’est cette pseudo écriture de la fulgurance qui retombe complètement à plat, qui ne veut plus rien dire à part pour les étudiantes en commu qui apprennent le bouquin par cœur dans l’espoir de se faire sauter par un quelconque pigiste à Tech pour enfin accéder au sacré Graal : le métier d’attachée de presse.

Il y a ce décalage temporel, il y a surtout de l’absurdité à écrire 500 pages comme ça, il y a enfin une question de génie. Tout simplement. Lester, l’illuminé kamikaze, Adrien, l’halluciné électrique – et avant eux, Burroughs, Kerouac, Ginsberg, et encore Joyce- n’auraient pas pu écrire autrement : ils font partie de ces gusses qui ont flirté avec la Jouissance et qui ont funambulé au-dessus, ou même en-deçà des limites du verbe, ils ont transcendés et bouffé l’innommable et c’est ce face à face qui leur a intimé cette urgence du Mot, cet absolu de la mort entre les lignes. Pacadis a au moins eu la grâce de mourir dans un caniveau, le mythe est intact. Mais de la part d’un petit trentenaire qui doit probablement avoir des Sicav, un prêt hypothécaire, une machine à expresso et des sueurs en entendant parler de la crise, le côté "ponque" tombe à plat, et se dégonfle lamentablement, comme la baudruche satanique de Spinal Tap dans l’épisode des Simpsons.

On peut cependant remarquer avec joie une certaine rebelle-attitude orthographique, qui fait passer Anarchy in the UK pour le générique des Teletubbies : oser écrire « Il a antonné une chanson », là je m’incline. Définitivement Rock’n’roll.

lundi 27 octobre 2008

Previously on Lost


Du panorama Neuillorkais

De l'ambiance lynchéenne



Ou Wimwéndersienne

Un vaissau spatial pour jouer au tennis en fluo


Du lait conditionné en sac plastique - quoi que ceci est une invention ukrainienne.


Du smog pour faire des jolies photos à la Apocalypse Now


lundi 13 octobre 2008

Les traders : la Chose venue de l’espace

La crise financière actuelle nous a apporté beaucoup : elle nous change un peu les idées, nous plonge dans une atmosphère qui pourrait bien déboucher sur un monde post-apocalyptique des plus réjouissant, et, en tout cas pour moi, elle nous apprend plein de nouveaux mots rigolos, dont on connaissait vaguement l’existence sans pour autant en être familier (je dois avouer que mon petit préféré est liquidités, dont j’use et j’abuse avec un bonheur constamment renouvelé).

Cependant la crise a aussi apporté avec elle un vent d’inquiétude, et ce, en nous montrant jour après jour des spécimens toujours plus troublants de ceux qu’on appelle les traders. Oui, ces petits êtres que l’on voit généralement agglutinés les uns aux autres pour rentrer dans le cadre de la photographie, ces multiples visages aux yeux de grenouilles, ces créatures malfaisantes qui tiennent les couilles du monde entre leurs doigts grenus.... Qui sont-ils ? Quelques de mes récentes découvertes m’ont amenée à poser l’hypothèse qu’ils viennent d’ailleurs. Pour appuyer ceci, je me limiterai à quelques remarques générales, qui visent à construire une typologie du trader et de son espèce. Et nous verrons si, comme moi, ces quelques notes vont font frissonner sa mère.

Penchons nous tout d’abord sur cette magnifique image qui nous vient de New-York (ou pas).

Ici, on peut voir que par essence, le trader vit et se déplace en groupe. Cependant, la structure sociale de ce groupe aurait plus tendance à être celle d’une formation agglutinante, voire d’une véritable concrétion. On peut noter également que les traders communiquent entre eux à l’aide de téléphones Fisher-Price. On nous signale cependant que certaines espèces asiatiques optent pour un autre type de téléphone, Playskool. Quant à savoir quel sens ce choix prend-il dans l’imaginaire social de ces sociétés, il est difficile d’établir une hypothèse sans avoir au préalable déterminé la signification que revêtent ces noms sacré dans la mythologie Tradérienne.

Une deuxième image, rapportée par notre vaillant reporter Jean-Pierre, qui faillit perdre la vie plusieurs fois au cours de ces dangereuses expéditions à La Bourse (habitat du trader, que l’on peut assimiler à une sorte de vaisseau-mère et qui, dans les récits mythiques, prend une place équivalente à celle de Gaia, la terre-mère dans la mythologie- heu....., on va dire indienne ou quelque chose comme ça).

Sur celle-ci, comme sur beaucoup d’autres, on peut voir que le trader se tient la majeure partie du temps assis- quand il n’est pas debout- les mains placées à hauteur de la tête. Elles sont souvent posées sur le front, parfois autour du cou, ou ailleurs ; il semble que sa circulation sanguine se fasse à l’envers de l’être humain et que, pour faire circuler le sang dans ses membres, le trader doive les élever plutôt que les abaisser.

On notera aussis que le trader porte souvent des lunettes. On peut expliquer ceci par une faiblesse congénitale due à une lacune importante en carotte, ingrédient qui n’est présent qu’à petites doses dans les nouilles thailandaises et complètement absente des pizzas – nourritures de prédilection pour le trader, qui y voit un reflet de son état de société : agglutiné et bariolé. \

Une troisième photo nous montre que le trader ne peut vivre sans un écran.
Peu de scientifiques à ce jour ont réussi à s’approcher desdits écrans, et tous sont revenus frappés de catatonie ataraxique. Nous ne savons donc ce qu’il diffuse, mais il est permis de penser que ce doit être une quelconque onde malfaisante, destinée à exterminer tout qui s’approcherait du trader, lorsque celui-ci serait distrait ou endormi.

Enfin, ces deux dernières photos sont celles qui ont en fait suscité notre questionnement : le trader est équipé de frusques qui semblent destinées à un autre usage qu’à celui du simple ornement vestimentaire.

Voyez ici un superbe exemplaire de ce type d’habit : on remarque que les manches mi-longues du pardessus permettent un mouvement plus aisé du bras vers le haut. On peut donc émettre l’hypothèse que ce mouvement n’est pas seulement destiné à faire circuler le sang mais qu’il a une autre fonction (fonction de parade amoureuse à notre humble avis). Les divers autocollants, badges qui ornent le même pardessus semblent faire référence à quelque grade ou position dans la tribu.

Le deuxième cliché nous montre un autre type de pardessus, fait dans une matière vraisemblablement hautement radioactive. Ici, nous avons affaire à un spécimen femelle. Raison pour laquelle sans doute, le vêtement est de couleur vive et non pas terne. Quand à l’utilité de cette protetion, il se peut que nous ayions affaire chez les traders à une société de type matriarcal, à l’inverse du modèle patriarcal classique en cours dans les société primtives. Dans ce cas, la femme aurait la place du père de famille et serait donc la personne désignée pour affronter le monde extérieur à La Bourse et ramener des victuailles à sa tribu. Raison pour laquelle elle porterait ce type de protection spéciale. On peut noter ici les joues gonflées de cet individu qui laissent présager que, à l'instar du hamster, le trader stocke (option, haha) des réserves de nourriture pour les cas de grande disette - ou de crise- lorsqu'il devient trop dangereux pour lui s'aventurer hors de son habitat naturel.

Face à toute ces révélations, que faire ? Hé bien pas grand-chose. S’il peut paraître inquiétant qu’une espèce autre qu’humaine ait envahi le centre du monde et tienne les rênes de l’avenir de la planète, il nous faut nonobstant admettre que les traders sont une espèce absolument pacifique. Sauf intrusion forcée dans leur habitat naturel, acte qui est très probablement perçu comme violation d’un quelconque principe religieux, ils ne sont ni irascibles, ni belliqueux et encore moins conquérants. La téléologie Tradérienne semble d’ailleurs se focaliser sur un seul but : protéger le vaisseau-mère d’un naufrage néo-libéral, d’une attaque socialiste ou d’un rachat marxiste. Nous ne pouvons pas les blâmer pour cette œuvre de paix et finalement, devons accueillir cette espèce avec beaucoup de sympathie et de saucisses zwan. Car après tout , le trader n’est qu’à un pas ribonucléique de l’homme : parfois, il est tristounet.