mardi 12 mars 2019

Ecran total

Alors que les jeunes de la planète entière ont visiblement lâché l’affaire pour le climat (ah non, ils étaient probablement en train de profiter de la nature préservée dans un festival techno de la plus haute teneur écologique), rappelons-nous quand même que ce ne sont que des ados merdeux qu’il faut remettre dans le droit chemin, bon sang.

The miseducation of Cameron Post parle exactement de ça : Cameron se fait choper sur le siège arrière d’une bagnole avec la prom queen de son école. Pas bien. Pour le soigner de cette maladie, on l’envoie en cure de reconversion, genre de camp scout homophobe (pléonasme ?) pour lui redonner goût à la saucisse de Francfort. Alors ça marche moyen – déjà, on peut questionner l’idée géniale de rassembler tous ces petiots en chambrée non-mixtes. Car la nuit, Satan l’habite. Bref. Filmé de manière plutôt documentaire, sans vraiment de visibilité sur les intérieurs, on en apprend peu sur ce que peut ressentir une personne à qui on inflige ce genre de chose. On flippe par contre pas mal en voyant les animateurs et les activités qu’ils proposent – des genres de thérapies de groupe punitives pour exorciser le SSA (same sex attraction pour ceux qui n’ont pas compris). C’est une fiction, mais la réalité ne doit pas être bien loin (on imagine même pire).  C’est assez beau, très matter-of-fact, sans pathos. D’autant plus glaçant que ça ne prend pas vraiment parti (en sous-main oui, mais pas dans la construction des personnages ou dans leur représentation) et qu’on se retrouve face à des personnages d’ados finalement assez cohérents et paumés mais face à des adultes qui n’ont pas l’air de piger grand-chose, si ce n’est qu’il faut éradiquer le péché. Si ces êtres ne faisaient pas autant de mal, on en aurait presque pitié finalement.

Même type de pensionnat, différente ambiance : Down a dark hall. Kit est une jeune fille (de 25 ans au moins) à problèmes. C’est vrai qu’à 25 piges en être encore à foutre le feu aux poubelles de l’athénée, c’est un peu embêtant. On l’envoie donc dans un pensionnat pour jeunes filles (de son âge, hein faut pas déconner) qui ont toute le même problème mais qui ont la chance d’être ultra bonnes comme la moyenne des ados le sont (haha).  Uma Thurman est la maîtresse de cette école atypique, qui se propose de prendre des jeunes à problème et de les transformer en artistes pour qu’ils puissent s’inscrire à l’ERG et faire une belle carrière à la smart faire profiter le monde de leur talent. Chacun trouve donc miraculeusement son truc, qui la peinture, qui le piano, qui les mathématique qui l’écriture (on pourrait faire une remarque pop-féministe que une matheuse pour trois artistes de salon, c’est peu mais bon). Tout ce génie, toute cette transe qui accompagne l’acte salvateur de création : c’est que du bonheur. Mais en fait non ! Un mystère profond et bizarre se cache derrière cette soudaine révélation du don ! Des visions étranges, des ombres qui filent derrière les portes, des balck-out inexpliqués : serait-ce un souvenir d’une mauvaise fin de soirée au Barlok ? Pas du tout ! C’est le diable, car comme dit plus haut, on constate souvent qu’un jeune génie, Satan l’habite. C’est un film plutôt honnête, qui essaie de faire ce qu’il peut avec ce qu’il a: une vision de l’art élaborée par Brenda, un cahier de charge à base de petites jupes d’écolière et beaucoup d’explosifs à placer. Bon, on ne s’ennuie pas trop, on rigole un peu et on en apprend sur l’éducation en tout cas !


Dernier pensionnat, pour les très grandes filles cette fois c, avec Unsane, une histoire d’asile qui tourne mal comme on les aime. Sawyer vient de déménager dans une nouvelle ville, pour commencer une nouvelle vie. Comme souvent, c’est à ce moment-là que les choses vont se gâter, mouahaha. Après une petite attaque de panique, elle se retrouve internée contre son gré, tout simplement. Dans un asile qui fait flipper à mort, la voilà aux prises avec ce qu’elle croit être son ancien stalker. Alors, dingo ou pas dingo ? Faut pas en dire plus, ce serait péché ! Le film est vraiment démentiel, filmé impeccablement, en raccord complet avec le sujet et les personnages, en mode paranoïa totale. Ça devient bien trash à la fin et on s’accroche un peu à son canapé, mais putain, qu’est-ce que c’est bien. Steve, you did it again !

The miseducation of Cameron Post, Akhavan, 2018,
Down a dark hall, Cortès, 2018
Unsane, Soderberg, 2018

lundi 11 février 2019

Ecran total

Beaucoup de films vus ces derniers temps et pas beaucoup de temps pour les digérer mais certains restent dans l’oeil – ou dans les dents, c’est selon.

Spider fait partie des rares Cronenberg que je n’avais jamais vus. Pas super connu, pas hyper folichon non plus : mouais. On découvre Spider à sa sortie de prison : on ne sait pas trop ce qu’il a fait, mais il a l’air d’avoir un peu de mal avec la vie. Le voilà qui débarque dans une genre de maison pour fous mais en mode open et sympa, avec mégère british et cafards en folie. Un endroit bien dégueu donc, plein de gens bizarres et de pudding étrange. Notre ami part alors en vadrouille sur les lieux de son enfance, nous baladant sympathiquement au gré de ses errances entre présent et passé, lui et un autr,e lui est un autre et tout ça. Parfois on ne pige pas trop, mais on aperçoit une enfance pas piquée des vers, avec des parents pas super. Tout ça finit dans le sang évidemment mais lequel ? Sans que ce soit mauvais, c’est un peu fatigant à force d’yeux roulés, de contre-plongés et d’hôtel miteux : on a compris que le cerveau de Spider n’est pas un endroit sympa, pas plus que son enfance et que la place que la société lui réserve. Mais bon, à un moment, ça va.

Ascenseur pour l’échafaud était un des Clouzot sur ma liste qui date un peu : il ne me déçut point même si ce n’est pas mon préféré. Ca raconte l’histoire de comment un plan hyper préparé peut merdre à cause d’un ascenseur en panne. Julien, homme employé d’un armurier hyper riche dont il se tape la femme, met au point un plan machiavélique pour se débarrasser du mari. Las, il oublie ses clopes au bureau et doit remonter et là, patatra, ascenseur en panne. A partir de là, c’est l’escalade et tout s’enchaîne pour Julien qui se retrouve trempé dans de multiples trucs avec lesquels il n’a rien à voir sans autre défense que... son ascenseur justement. L’idée n’est pas mauvaise mais manque parfois de consistance : d’accord l’ascenseur est en panne mais il y a aussi des éléments qui n’ont rien à voir qui participent au chaos ( et qui jouent beaucoup au niveau de l’intrigue). La BO est assez terrible, un jazzy très noir américain.

J’ai par hasard retrouvé une autre adaptation de Charlie et la chocolaterie. Pour ceux qui connaissent leur même, c’est le film dont vient ces mèmes
                                                   





Ca donne une idée du genre. L’histoire n’est plus à présenter – gamin trouve un ticket, tout le monde va dans une chocolaterie, les gamins crèvent les uns après les autres, sauf le gentil, fin – mais le traitement est rigolo puisque c’est une vraie de vraie comédie musicale, avec des gens qui se mettent à danser au son de chansons plutôt mauvaises, avec des paroles approximatives et des chorés pas vraiment Queen-B. Les décors en bonbon ont l’air miam, les Oompa Loompa font flipper à mort et on repart avec une tas de répliques TWSS – des hommes d’âge mur qui professent leur amour des enfants et des bonbons, et des bonbons qu’on donne aux enfants et tout ça et tout ça.

Et puis un truc tant attendu qui s’est révélé très bof , c’est Glass. J’avais vu avec beaucoup d’intérêt ce cher Shamammalan revenir à des films qui font un peu flipper – The visit était terrible, Split pas mal du tout – du coup, un crossover entre deux de ses films, ouaou. Alors j’aurais déjà dû me méfier au terme « crossover ». C’est en général un truc plutôt bidon qu’on utilise beaucoup pour accoupler des franchises en perte de vitesse et c’est un truc de films de super-héros qui me font chier comme la mort (je sais, je n’ai pas assez essayé, mais je m’en fous). Bon Glass, se présente comme un crossover entre Split et Unbreakable. Genre l’un poursuit l’autre. Sauf que. On commence dans un truc un peu action, thriller puis pouf, capture. Nos zozos vont de conserve dans un hôpital bizarre, gardée par un seul gardien de nuit et géré par un seul et unique médécin aux méthodes chelous. Je ne raconte pas la suite (il n’y a pas grand-chose à raconter de toute façon hein) mais disons que ça veut faire son film de super-héros sans être super clair là-dessus. Au moment où tu devrais avoir compris que c’est un jeu avec le genre, il est déjà trop tard, et tu as accès à la fameuse ‘explication-du-film-pour-les-débiles’ où on te redit tellement de fois ce que tu aurais dû comprendre (heeeeeeiiiiin, c’est un jeu avec le geeeennnnre en fait) que tu as envie de mettre une claque à l’écran. Parfois on dirait juste une excuse pour les trous noirs dans le scénario. Bon, il paraît que je suis de mauvaise fois, parce que les gens qui regardent des films de super-héros, eux, avaient compris. Hé ben si c’est un film de super-héros, il fait partie de ceux que je trouve à chier, voilà. 

Spider, Cronenberg,2002
Ascenseur pour l'échafaud, Clouzot, 1958
Charlie and the chocolate factory,Suart, 1971
Glass, Shyamalan, 2019

lundi 28 janvier 2019

Netflix total

Netflix gère moyen l’hiver et c’est un peu dommage vu qu’on est tous roulés en boule dans nos canapés et qu’on a donc que ça à foutre. Du coup c’est vrai que c’est le bon moment pour nous mettre n’importe quelle merde sous le yeux qu’on croirait que c’est du Rousseau, c’est finement joué.

Trouvé par hasard, le documentaire intéressant sur un festival complètement foireux organisé par des types qui ont l’air d’être à 15000m au-dessus du sol : Fyre. Assez bizarrement, je n’avais jamais entendu parler de cette histoire, qui a pourtant l’air d’être pas rien – un organisateur en prison, 15 millions de réparations à payer, c’est quand même du niveau. Honnêtement, le docu n’est intéressant que pour l’histoire qu’il raconte – il n’y a pas vraiment de traitement qui en fasse quelque chose, sinon une simple enquête sur comment s’est passé quoi. On hallucine complètement en voyant ces types s’enfoncer, un peu comme regarder la démocratie se manger un mur au ralenti en 2019. Mais bon, c’est divertissant (et y a des meufs bonnes en maillot pendant une partie non négligeable du film).

Birdbox, parce qu’il fallait bien qu’on comprenne quel nouveau challenge débile va occuper la génération ZZ en 2019 : avoir les yeux bandés (ben tiens, heureusement qu’internet existe, on y aurait JAMAIS pensé autrement). Alors, l’idée de base est pas mauvaise – dans le genre film apocalyptique dans lequel la menace a l’intérêt d’être originale : un des 5 sens qui doit être supprimé pour survivre. On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de penser qu’on tient un filon dans le genre : après A quiet place (aka si tu fais du bruit tu crèves), on est dans le filon apocalypse avec option survie mais en mode privation des sens : un film où ce qu’on entend nous tue, un film où tout ce qu’on sent nous tue, etc. Bon, on aura sans doute l’air bête à courir les rues vides d’une ville aux abois avec des pince-nez sur la gueule et des boules Quiès plein les oreilles mais bon. Netflix, si tu m’entends ? Bon bref, le film n’est pas mal réussi, et tient surtout à Sandra Bullock qui joue une meuf complètement cinglée qui fait super peur quand elle morigène ses mômes  (même nous sur le canapé on obéissait et je peux te jurer que personne a repris de bonbons deux fois). Sandra donc, doit sauver ses petits d’une mort certaine, parce que... ben parce que c’est comme ça et qu’elle en a marre d’être mère célibataire et aveugle. On les suit le long d’une rivière de la mort, avec des flashback qui nous en disent un peu plus (voire un peu trop).  C’est cohérent dans une certaine mesure mais certains trucs sont très moyens (et niveau idéologique, un peu limite, genre les méchants qui peuvent voir la mort en face, heu bon). La fin est carrément délirante par contre, surtout le coup du naufrage (visiblement, elle a des enfants en titane qui flottent, on oit être dans un siècle vachement avancé). Mais c’est meugnon. Un peu neuneu mais meugnon.

Pour finir, un autre postapo mais en mode deux de tension, c’est IO. IO n’est l’abréviation de rien (personnellement, je pense que c’est une référence à Hi-yo c’est l’écho du très célèbre et regretté F’murr, mais bon). Machine (une meuf trop neurasthénique pour qu’on apprenne jamais son nom) vit toute seule dans un monde futur méga pollué. Dans ce monde, qui n’a visiblement pas écouté les 35000 ados qui sont bien content de pouvoir sécher les cours pour fumer des joints sauver le climat, tout est pollué MAIS tout le monde s’est tiré sur une autre planète (donc OUI, il y a bien une planète B). Mais Machine ne veut pas, non de non. Comme elle vit en altitude, elle s’est fout (bravo). Son plan ? Créer une race d’abeilles supérieures qui résiste à la pollution. Pas con ( ?). Dans ce monde ultra avancé, on communique avec l’esapce via des vieilles interfaces pourries en noir et vert, visiblement programmées en pascal, mais tout va bien. Son mec s’appelle Elon, c’est une relation à distance difficile, car il vit dans l’espace où il est parti avec sa Tesla 3000. Pas de bol. Tout ça pour dire que, bon, un autre mec arrive, sans Tesla mais avec un ballon volant, ce qui est quand même plus cool. Machine va-t-elle quitter la terre ? Ou pas ? On le saura si on arrive au bout de ce nanard complètement apathique, mou du genou, avec trois actions et demi (le mec s’énerve deux fois, et il gonfle un ballon à l’hélium). Pour le reste, c’est apocalypse et Temesta.

Fyre,Smith, 2019
Birdbox, Bier, 2018 
IO, Helpert, 2019

dimanche 23 décembre 2018

Total America

En plein dans la lecture de l'excellente revue America (profitez-en, ça ne durera pas), je fais le plein de héros bien amerlo avec des serial-killer, des astronautes, des ados enragées: weehaa.

First man raconte l’histoire de Neil Amstrong, le premier homme sur la lune donc. Je déteste un peu Chazelle donc j’ai eu du mal à m’y mettre mais j’ai survécu. Le film choisit de raconter surtout l’histoire de l’homme en plus de l’histoire du héros : sa vie de famille, ses enfants trop choux ; sa chère épouse qui reste sagement à la maison – c’est vraiment fa-sci-nant. Comme ça, on sait que lui aussi c’est un homme (c’est con, j’ai toujours cru que c’était un un playmobil géant qu’on avait envoyé en orbite). Bref, Neil est un homme donc, il a ses doutes, ses craintes, il a peur parfois, dans son petit vaisseau spatial, il est triste aussi, quand ses potes se font cramer par un court-circuit, il est heureux, évidemment, quand il sautille sur la surface lunaire, parce que c’est quand même de la balle. Tout est un peu convenu quand même mais c’est mignon de voir une tentative de sortir du film de héros pour retomber dans le cliché du film du héros-que-c’est-un-homme-quand-même-merde. Certaines choses sont intéressantes comme : l’aspect boîte à sardines de certaines navettes (c’aurait été pour des playmobils, à la limite mais là...), le ressenti assez flippant d’un truc qui tourne dans l’espace et surtout, surtout, la tristesse infinie du type qui reste dans la station pendant que les deux autres vont faire joujou sur la lune – c’est à lui qu’on devrait consacrer un film. Demandons à Herzorg tiens. C’est pas mauvais niveau effets spéciaux, il y a beaucoup de musique (un peu trop diront certains et pas toujours très subtile) mais notre cher Chazelle a au moins évité d’en faire une comédie musicale en combi argentée (voilà une autre idée de film. Parlons-en à Werner, tiens).

The house that Jack built est la dernière livraison de Lars von Trier. Gentil film narratif, pas trop contemplatife pour une fois, avec des anecdotes et tout ça : quel bonheur. Jack est un putain de serial killer. Il bute plein de gens, sans distinctions et les range tous dans un grand garde-manger, avec sa réserve de pizzas. On suit son parcours original en 5 petites histoires, plutôt cool, chacune avec son meurtre – franchement pas si gore que ça, faut pas déconner – et sa bonne dose de dialogues chelous, de personnages hyper bizarres et toujours à moitié cinglés. On retrouve certain trucs un peu perdus ces derniers temps (je trouve), un côté Dogme 95 qui s’était un peu effacé : des séquences un peu pêle-mêle, comme un mood-board de schizophrène, des effets de couleurs bizarres, de la musique super hors de propos parfois, une caméra qui gigote un peu ; c’est gai ! Tout est raconté du point de vue confession finale, plutôt beau. La dernière partie est par contre beaucoup trop chiante et retombe un peu dans du contemplatif symbolique un peu lourd et casse-couille. 

Enfin Assassination Nation, pur film Sundance sur des ados enragées. Pas très clair dès le début (à cause de moults dialogues de milenials qui pensent avec leur cerveau et en ont marre du partiarcat), c'est en fait un bon film d'exploitation avec du sang partout et des guns qui dézinguent. Tout commence par une petite tranche de vie innocente de 4 teenage dans une ville super boring (Salem, parce qu'on a jamais assez de symbolisme bien lourd). Nos quatre fifilles qui ont toutes l'air et le discours de meufs de 23 ans pseudos activistes, en ont trop marre du lycée, des mecs trop lourds qui veulent pas sucer et des gens qui ne les apprécient pas vraiment mais seulement des morceaux d'elles (trop profond gros). Un petit malin se met alors à leaker les dossiers secrets et autres dirty nudes d'un puis l'autre, puis de tout ce petit monde qui se la joue bien puritain - des maires, des mères, des ados: on découver avec effroi que les gens ne sont pas vraiment ce qu'ils sont, OMG. Comment cela s'insère-t-il dans la suite? Par un tour de scénario complètement absurde mais qui transforme dès lors notre histoire en nuit vengeresse à la Tarantinouille. Est-ce que c'est bien? L'exploitation est bien faite. On rigole un peu. Par contre, s'il y a une tentative de discours à moitié articulé derrière, c'est complètement inaudible vu l'ange d'approche. Bref, c'est un peu casse-burnes au début mais puis ça devient bien puis ça finit un peu lamentable. Pourquoi vouloir donner du sens quand on veut juste kiffer et faire des films qui dépotent? Beats me.

First man, Chazelle, 2018
The house that Jack built, Trier, 2018
Assasination nation, Levinson, 2018

samedi 22 décembre 2018

Total Netflix

Un petit bouquet Netflix de films d’ados vu ces derniers temps: deux super-trucs, un truc pas mauvais et une mise à jour à foutre à la poubelle.

Super truc un, c’est Super 8, que je n’avais toujours pas vu. Bon film de famille pour réunir les quadra nostalgiques de 80’s qui n’ont jamais existé à part dans leur imagination et leurs enfants qui ont l’impression de regarder Jurassic Park du coup. Comme dans beaucoup de films du genre, on retrouve Joe, preteen super innocent qui tourne un film de zombie en super 8 avec ses potes et la mignonne Alice, meuf indispensable de la bande-à-vélo-hyper-geek.  Un soir, un train, et c’est la catastrophe. Un déraillement d’un train de marchandise qui ressemble plus à une scène de Cloverfield qu’à autre chose va bouleverser leurs vies à tout jamais – et leur petite ville. Des types de l’armée se mettent à patrouiller. Des trucs tombent en panne. Des gens disparaissent. Des bruits bizarres sortent des buissons le soir. Mystère. Le reste de l’histoire est très très Disney, avec un peu de King derrière (le père alcoolique, le veuf flic super intègre, la famille nombreuse en pagaille), avec une fin très chou (mais complètement inexplicable (mais pourquoi attend-il aussi longtemps pour faire son putain de vaisseau si c’était aussi simple ?)). Bref, un truc à regarder d’un oeil pendant qu’on fait ses courses en ligne.

Supre truc deux, c’est Superdark times, encore un film d’ados mais un poil plus malin celui-ci. Zach et Josh sont super poteaux à la vie à la mort. Ils matent des meufs, se font emmerder par des mecs plus forts qu’eux à l’école, essaient de draguer des filles, crèvent leurs boutons seuls dans leur chambre le soir. La vie quoi. A force de jouer avec le katana du grand frère, c’est l’accident. Finis les blagounettes en cours et les sorties à vélo (décidément), bonjour l’évitement, la paranoïa et les regards en coin  (comme le chien des Simpsons). Pendant tout un moment, on se demande comment va tourner ce truc – il n’y a pas tellement de fins possibles que ça. En fait si ! C’est assez bien fait et ça donne u tour plutôt intéressant au film. Pour le reste : vélo, console, suburb : rien de nouveau sous le soleil des films d’ados.

The gift m’a d’abord fait penser à Harry, un ami qui vous veut du bien, niveau pitch et ambiance – un couple en plein crise, recommence une nouvelle vie dans une nouvelle ville essayant de tourner la page de drame secret dont nous aurons le récit très vite et de façon un peu didactique (le film est visiblement fait pour les gens qui ne regardent ça que d’un œil). Gordo donc, fait retour dans la vie de Simon et Robyn sans crier gare. Ami d’enfance de Simon, il  veut reprendre contact et s’avère être méga relou –le gars creepy qui laisse des poissons rouges sur le pas de ta porte, brrr. Simon finit par mettre les points sur les I mais à Robyn, qui a un petit coeur de beurre, ça ne lui convient pas. A force de compassion, de patience et de bonne grosse manipulation, Simon finit par la persuader que tout va bien. Ou pas. Sur le thème des retours de bâton de l’adolescence et de la vengeance postposée, on découvre de bien bonnes- qu’on ne racontera pas ici, hihi.  Sans grande folie au niveau réalisation, ça se laisse regarder, avec un bon rythme et des acteurs pas mauvais. On sait plus ou moins comment ça va finir assez vite, mais bon – c’est le chemin qui est intéressant pas la destination comme dirait le sage chinois du même.

Le truc que tu peux baquer tout de suite, c’est Upgrade. Partis pour regarder « un truc un peu bourrin avec de l’action », on a  pensé avoir trouvé un bon petit thriller du samedi, visez plutôt : un homme brisé par la mort de sa femme se voit proposer par un magnat/génie de l’AI une puce à s’implanter dans le dos pour pouvoir remarcher et faire plein de trucs en plus – d’où le titre subtil du film. Alors en dehors des trucs absurdes (on va dire qu’on est dans de la Sci-Fi donc ok), il y a juste des trucs super cons et ridicules à voir : ce pauvre Bidule, dont on n’a pas retenu le nom, gère lui-même son corps sauf lorsqu’il doit se battre contre des méchants auquel cas c’est son AI qui reprend le contrôle. Pour que des gros débiles comme nous comprennent qui commande, Bidule se met à faire plein de mouvements super raides et accompagnés de petits bruits électroniques. Gné ? Il y a aussi la question du tracking et de la prise de contrôle par son propriétaire de l’AI qui gère Bidule. Visiblement, cette puce ne connait pas la commande shut down ou un truc du style. Non, il faut fermer chaque commande à la main. La suite est probablement du même tonneau, mais c’est à ce niveau que j’ai jeté l’éponge : bouh !

Super 8, Abrams, 2011
Superdark times, Philips, 2017
The gift, Edgerton, 2015
Upgrade, Whannel, 2018

vendredi 21 décembre 2018

Ecran Total

Pour nous préparer Nowel en toute sympathie, franchise et amour, trois petits films avec des types tout seuls dans des vies toutes chelou pour pas déprimer.

God’s own country a été qualifié de Brokeback moutain english. Alors d’accord, il s’agit d’une histoire d’amour gay sur fond de farming hardcore mais à part ça , ça n’a rien à voir. Johnny mène une vie pas jojo : entre sa grand-mère et son père pas jouasse, dans une ferme paumée de quelque part en Englisherie, il s’occupe des moutons, répare des barrières et couche entre deux enchères bovines. On dirait du Flaubert parfois. Arrive George, travailleur saisonnier roumain. D’abord pas très sympa avec lui, Johnny finit par s’y faire et c’est le début d’une merveilleuse amitié et plus si affinités. Très beau film dans l’image, la réalisation, les temps de pause – tout est très lent, en retenue, silencieux. Une opposition assez crue entre le monde de brutes de la ferme (parfois un peu cliché) et les petits morceaux d’amour qui surgissent comme ça. Il y a aussi une histoire de transmission difficile et de passage de générations assez intéressante (on va pas dire Oedipienne mais bon).

La nuit a dévoré le monde est un film de zombie hyper super low-key et méga arty – parfois un peu trop. Réveillé après une teuf dans l’appart de son ex ( chez qui il était visiblement venu reprendre ses cassettes (ça vous donne le niveau de hipsterisation du type)), Sam se rend compte que tout est pété et qu’il y a du sang partout. Par la fenêtre, des gens qui courent et qui se bouffent les uns les autres. C’est donc plus un film d’infectés que de zombies (pour les obsédés de la distinction).  Sam, plutôt que de se jeter dehors pour aller faire le foufou (réflexe assez courant dans ce genre de situation et qui m’a toujours confondue tellement c’est con), reste bien au chaud chez lui et s’organise. J’ai tout particulièrement apprécié les rangement du garde-manger, les rations et le petit carnet avec l’inventaire. C’est ce qui m’excite le plus dans l’apocalypse je crois. Dormir, manger, se laver : tout ça c’est très bien mais encore ? On suit donc l’histoire d’un mec seul vraiment tout seul et de ce qu’il en advient. C’est franchement hyper bien foutu. Aussi plutôt lent, sans pathos, sans frénésie, un peu détaché, très silencieux – c’est un peu un anti-film de zombie dans le genre. On aime même la fin en tire-bouchon (il allait enfin se passer quelque chose, merde). Joli bande-son quand il y en a.

Last but not least, Grizzly man est un documentaire complètement cinglé de ce cher Herzorg. Le docu autant que le sujet, dans son style habituel. Timothy Treadwell est grizzly man, un type sorti de nulle part qui décide de vivre avec des grizzly tout seul dans la forêt, 4 mois par ans, au milieu de nulle part en Alaska. Parce que les grizzly sont quand même des putain de bêtes sauvages de genre 2 mètres de haut et pas loin d’une tonne et pas des gros nounours, il finit par se faire bouffer par ses copains. Le documentaire part de là et reprend l’histoire de Timothy et surtout, des parties choisies des heures de vidéos qu’il a tournées en solo lors de ses expéditions. Le mec est très clairement complètement jeté et ces séquences sont juste hallucinantes. Avec les témoignages des gens qui l’ont fréquenté, les avis de responsables gravitant autour des grizzly, on remonte le cours d’une existence super bizarre mais finalement hyper touchante et plutôt triste. Il y a en plus de ça le commentaire glaçant d’Herzorg, avec son bon accent teuton qui nous livre une lecture filmique des petits films de Tim. Ça fait beaucoup à gérer en une fois et on sort de là un peu sonnés : what the fuck est probablement la meilleure récap de cet objet filmique un peu alien.

God’s own country, Lee, 2017
La nuit a dévoré le monde, Rocher, 2018
Grizzly man, Herzorg, 2005

lundi 5 novembre 2018

Total Netflix

Quoi de neuf sur Netflix ces derniers temps? Hé bien tout un tas de films ultras burnosses, en mode grand silence viril et ellipses subtiles (ou pas).

Il y a d'abord Hold the dark, de ce cher Jeremy Saulnier qu'on a connu en meilleure forme. Rappelez-vous, c'était ce film assez cool sur un barbu hispter qui revient buter les méchants qui ont tué toute sa famille. C'était la belle époque. Hold the dark donc, raconte une histoire sombre de spécialiste de loup venu au fin fond de l'Alaska pour venger un petiot tué par un loup. On voit donc ce bon monsieur arriver chez une mère un peu au bout et partir à la chasse au loup tout seul. Il ne se passe pas grand chose et il finit par revenir. Pour se rendre compte que le meurtrier était ailleurs, tadaa.
Bon, c'est difficile de ne pas trop en raconter, mais tout ce qu'on peut dire c'est qu'à partir de là, ça part en méga-couilles avec très peu d'explications sur le pourquoi du comment. Des mecs complétement cinglés se mettent à buter tout le monde, en mode traqueurs du coeur, des flics se font canarder comme des petits cochons, et ce vieux trappeur de loup zone à la périphérie de tout ça sans qu'on comprenne bien pourquoi il est toujours pas rentré chez lui se faire un chocolat chaud. Bon, ça saigne d'un peu partout, dans de grands paysages blacs paumés et c'est donc pas mal, dans l'esprit. Mais. Il y a un peu trop de trucs qui sortent de nulle part et surtout une fin incompréhensible vu le reste de l'histoire, un forçage sur le côté "nature rebelle et justice redneck de fin du monde". Sinon c'est joli.

Il ya aussi The bad batch, un film dans lequel un orchestrateur en VB6 qui tourne sur un serveur Win2000 se met à envoyer des attestations maléfique à des institutions dans des formats chelous, provoquant mort et destruction dans les administrations belges. Non je déconne. C'est donc un monde dystopique dans lequel les gens pas gentils (ceux qui continuent à développer en VB6 par exemple) sont envoyés dans une zone désertique hors des lois zaméricaines; un endroit un peu foufou donc. Une meuf, dont je n'ai pas retenu le nom vu l'engagement qu'elle met à être une actrice, se retrouve dans ce truc donc et se fait direct choper par des cannibals sanguinaires et fan de body building. On assiste d'ailleurs à une scène super super weird, en mode clip proto gay circa 80's avec du muscle, de l'huile corporelle et des amis torse nu qui font des barbecues dans le désert. La routine quoi. Bon, cette meuf va finir par se tirer et atterir dans un endroit vaguement hippie, plein de freaks qui construisent des abris dans le désert et font des fêtes sous ectasy avec des loupiotes dans tous les sens. Ca vous fait penser à quelque chose? Bah oui, il s'agit donc d'un long clip sur le Burning Man, avec une histoire comme prétexte. C'est franchement fatiguant, de manquer à ce point de scénario, de texture, de dialogues. C'est épuisant de se taper 150 plans hyper bizarres de trucs dans le désert en relecture fluo de Mad Max. On ne comprends pas trop où va tout ça - en fait, nulle part! Et c'est sans doute ça le fond du film! 

Il y a enfin You were never really here, petit film de suspemse pas mal du tout. Présenté comme le Taxi Driver des temps modernes, il faut cependant se calmer. D'accord il y a un vétéran et il est un peu dingo mais on n'est pas non plus à ce niveau. Joe, un type pas commode à grande barbe qui sent les problèmes est un taiseux. On le voit taper sur des gens sans un mot, encaisser des petites enveloppes sans moufter et s'occuper de sa mère sans chouiner. Parfois des flash de désert à peine perceptible. Tout ça est très mystérieux. Arrive un contrat original - récupérer la gamine d'un sénateur qui s'est fait enlever et plus ou moins mettre sur le trottoir. Pourquoi faire appel à Joe qui a l'air assez uncool plutôt qu'à la police, très bonne question. Que se passe-t-il ensuite, va savoir. Tout est très suggestif et pas vraiment expliqué. On comprend deux-trois trucs et on suppute le reste. C'est assez beau dans les images, plutôt intéressant dans le mutisme et l'immobilité; assez stylé. La bande-son est au niveau aussi, très électrique mais plus dans des sons saturés filés et des nappes. Pas mal du tout.

Hold the dark, Saulnier, 2018,
The bad batch, Amirpour, 2018
You were never really here, Ramsay, 2018