samedi 18 février 2017

Affreux, sales et méchants.

Je sais que ça fait beaucoup de violence, mais le prochain coup, ce sera un écran total plein de bisous et de chansons douces, promis. En attendant, encore une belle brochette de connards pour un spécial psychopathe de la vie: gangster sans pitié, pirate de la mondialisation ou cinglé complet, on s'amuse!

Les gangsters patibulaires, c'est dans Key Largo, un sombre huis-clos sur une presque-île au sud de la Floride (genre Bloodline mais en plus court). On y voit Frank McCloud ( Humfré) venir rendre visite au père (et à la veuve!) de son soldat mort à la guerre. S'il fait ça pour tout son bataillon, il en a pas fini, mais on va dire qu'il l'a probablement surtout fait pour la vue, la plage et la veuve avenante (mais on est super mauvaise langue didon). Toujours est-il qu'il débarque en pleine affaire louche de maffieux en planque dans un hôtel pour des raisons bizarres (c'est vrai qu'un truc  planqué dans le trou du cul du monde et qui a un accès à la mer bien planqué, on se demande bien ce qu'on pourrait en faire, hein). Tout ça, et l'ouragan qui arrive, c'est un peu la fin du monde. Dans cette pièce close se jouent alors des questions existentielles, des mises à l'épreuve de la vie, des discussions bourrées et des regards qui ne trompent pas, miam. C'est un peu kitschou sur la fin ( et connaissant Huston, on aurait aimé un peu plus de cynisme) mais l'environnement de base ressemble assez à ce qu'il développe ailleurs: des paumés de toutes part, planqués dans un bout de terrain quelque part au bord du monde et qui arrivent encore à s'en foutre plein la gueule (bah bravo). Tout ça pourquoi? Parce que, comme m'a souvent dit ma mère, les gens sont méchants (et bêtes aussi parfois).

Dans le genre salopard, il y a aussi The founder biopic bizarre sur l'origine du McDo. Je ne l'ai regardé que parce qu'il y avait Nick "Ron Swanson" Offerman et que j'en suis un peu daddy-issue-amoureuse donc je n'en attendais pas grand-chose mais c'est en fait plutôt intéressant. Ça commence comme une histoire américaine: des petits gars bien braves qui font un bon boulot, ont une bonne idée et font leur truc sans trop de chichi. Puis une rencontre, avec un commercial raté qui leur propose de s'expandre, de grandir, bref de faire prospérer leur idée et bingo, ça marche! Comment c'est trop beau l'amériqueu! Pendant une bonne heure, on est donc un peu confit: voici donc une pub pour McDo de 2h. Et on voit même pas de burger en gros plan. Un peu comme du porno où tout le monde est habillé quoi. Mais à un moment, ça change de trajectoire. Et comme souvent, c'est au moment où B.J. Novak arrive dans les tas: l'acteur, tu le vois arriver, tu sais qu'il va faire de la merde à quelqu'un, c'est genre son rôle dans la vie. Et effectivement, cette sympathique histoire se transforme en pur drame, avec une fin vachement triste que tu vas plus chez McDo après, merde. Bon déjà que c'est pas bien, mais là en plus, tu enrichis des méchants capitalistes (si tu le savais pas encore).Bouh!

Mais les plus méchants de ces méchant, c'est le multiméchant de Split qui n'est pas qu'une charmante ville sur la côté adriatique mais aussi un (voire deux) film sorti récemment. Ne confondons pas, il s'agit du Split de M. Night Shyamalan, pas celui sur une ado en crise qui fait du bowling (d'où le split). Pourquoi Split , donc? Est-ce une histoire de meurtre au bowling? Une vengeance d'un mec qui voit des quilles mortes? Le fantôme de Lio qui revient et qui peut casser tout ce qu'elle atteint avec sa voix à distance? Ici, l'imagination s'emballe et comme il est vendredi, 16h30, on commence à sentir le weekend et le vide de l'openspace. Bref. Split ,c'est parce qu'il s'agit d'un méchant qui a plusieurs (24 en tout ) personnalités. Du coup, quand il enlève des petiotes, c'est difficile de se rappeler où il les a mis (déjà, il sait pas quelle personnalité les a enlevées). Je sais comment le type retrouve ses clés mais bon. On ne va pas trop en raconter, c'est péché, mais c'est finalement assez bien foutu (même si pas forcément crédible, faut bien l'avouer). James Mc Avoy est assez bon, mais faut pas non plus mouiller son slip non plus – il est juste capable de jouer plusieurs rôles à la suite. Un acteur, quoi.

Key Largo, Huston, 1948
The founder, Hancock, 2016
Split, Shyamalan, 2016


vendredi 17 février 2017

Guerre totale

Toujours pour faire face à la guerre totale de la vie qu'on mène tous trop en ce moment, une deuxième fournée de film de fight, tous français et tous récents en plus (comment j'suis fière). Ça dit aussi pas mal de choses sur l'état de la conscience collective, ceci dit.

Un français est un peu passé inaperçu, je ne sais plus pourquoi mais je me rappelle d'une vague polémique à l'époque: trop frais, trop vrai, trop mauvais? Ça parle d'un truc qu'on aime pas trop discuter en France, à savoir les mouvements néonazis qui sont finalement un truc peut-être violent et impressionnant mais vachement moins que leurs contreparties bien habillées. Un français raconte donc le parcours d'un petit nazillon de banlieue. Marco, pas content, tape un peu sur tout le monde: les noirs, les arabes, les vieux. Entre mouvements extrémistes et simple connard particulier, il donne des coups à gauche à droite et s'ne prend pas mal aussi. On le voit rencontrer l'amour (qui fait peur) et devenir adulte. On le suit ensuite à divers âges de la vie, pris à des moments comme ça, même pas des moments importants, mais qui donnent en filigrane l'itinéraire d'une vie. Et c'es là que c'est plutôt intelligent, parce que cette vie, elle ressemble un peu à n'importe laquelle. Amour, divorce, tromperie, bataille de garde partagée, amis qui pètent un plomb, parents qui quimpent. Pas un truc exceptionnel, ni fantastique; non, la vie d'un français quoi (et, t'as vu le titre ici!). C'est sobre, sans chichi (du coup parfois un peu compliqué à comprendre au niveau enchaînement des faits),un peu boîte noire. On ne sait pas trop ce qui se passe dans la tête du héros et c'est finalement pas si mal. Difficile de comprendre pourquoi ce film est passé entre les gouttes comme ça: il ne dit finalement pas grand-chose sur les skins, ne prend pas vraiment position et ne cherche ni à justifier, ni à expliquer. C'est peut-être pour ça en fait: trop politique, grillé, pas assez, même chose. Pas de bol.

Plus dans la guerre, il y a Les combattants, qui raconte aussi l'histoire de petits nerveux qui jouent à la guerre mais en plus scout. Arnaud rencontre un été Madelein, grand bringue sèche comme un saucisson Justin Bridou et bien déterminée à survivre dans un monde où il faut nager avec des pierres dans son sac (on sait jamais que quelqu'un essaie de te les piquer pendant que tu fais tes longueurs, car dans ce monde, les maçons errent au bord des piscine tels de roumains en quête de fils de cuivre). Comme il est un peu quichon ( et amoureux, le pauvre), il s'embarque avec sa belle pour un stage de préparation militaire qui nous prouve, si besoin en était, que l'armée c'est quand même un truc pour décervelés de base. Mais la cocotte est trop forte pour l'armée (enfin, trop cinglée, même si on peut se dire décemment que toute personne pas adaptée à l'armée est finalement plutôt saine d'esprit, comme dirait  the OA et Foucault): alors quoi? C'est plutôt marrant comme histoire de base ( et inaugure un nouveau genre "survival romance" dans lequel on peut aussi ranger The survivalist du coup), et vraiment réussi dans la réalisation. Haenel est impeccable, dure, froide, complètement chelou et en face d'un petit tendron chou comme un bébé paresseux qu'on a envie de lui faire des bisous. Très belle fin aussi, bien dans l'esprit.

Enfin la guerre, la vraie: Voir du pays. Tranche de vie sur quelques jours passés en débriefing à Chypre par un bataillon qui rentre d'Afghanistan. Parce que parler, il faut bien, histoire de remettre les gens sur pied en deux temps, trois mouvements avant de les rendre à la vie civile – pour un moment. Il y a deux histoires dans l'histoire: celle du retour de la guerre, du décalage et du questionnement; et celle des femmes dans l'armée, de leur place et de ce qu'on en fait. La première est parfois un peu pesante: on en parle, on se décharge, on règle ses comptes, c'est un peu le drame quoi. Alors d'accord que la guerre, c'est caca, mais bon, faut quand même s'en douter un peu non? La deuxième est plus subtile pendant toutle film et plutôt réussie dans l'exposé: sans militantisme, sans hystérie, par petite touches, elle touche plus. Sur la fin par contre, twist un peu décevant – trop basique, attendu, convenu.  C'est peut-être parce que c'est si commun, mais ça perd un peu de sa force.  Il paraît que ce film est trop hype: heu, ouais.

Un français, Diastème, 2015
Les combattants, Cailley, 2014
Voir du pays, Coulin, 2016



vendredi 10 février 2017

Fight total

Pas mal de films de bastons pour commencer ma tournée minérale, avec du bon et du moins bon (voire du méga mauvais en fait).

Le premier, c'est The fighter, où je me suis fait un peu eue parce que j'ai cru deux minutes et demie qu'il s'agissait d'une adaptation de l'immense bouquin de Davidson, dont j'ai parlé ici. En fait non. Ça raconte l'histoire d'un mec qui fait un documentaire sur un ancien champion de boxe (Bale, terrible) et comment il va revenir à la vie après un certain nombre d'années sous crack. Dans le cadre, le frère du boxeur qui lui, s'en sort plutôt bien même si sans gloire. Dans le cadre aussi, la famille de semi-tarés tous fans et toutes femmes qui soutiennent leur frérot cracké et continuent à lui vouer un culte tout en laissant l'autre se farcir des combats de merde. Le film parle donc surtout de rupture, de balancer les gens qui puent et qui te plombent hors de sa vie. Y'a un personnage de mère maquerelle assez génial (Melissa Leo, impeccable) vénéneuse, hystérique, culpabilisante comme on n'en fait que dans la vie réelle. Le seul truc dommage, c'est la fin qui reste super américaine et qui fait un peu mal au cœur.

Hands of stone est lui plus biopic de boxeur classique: un petit jeune, un vieux de la vieille, une haine et une méfiance puis un respect mutuel à base de glace à la fraise et de conseils à la con (" dans la vie, petit, il faut voir ce que tu veux voir pour aller le prendre, tu vois?"). La vie, c'est celle de Duran, boxeur panaméen de légende (Ramirez, barbu) et son entraîneur, Ray Arcel (De Niro, sourcils froncés). Alors on passe un peu sur les poncifs du genre: le pauv' petit qu'a grandi dans la mouise, le pauv' vieux qu'est menacé par la mafia parce qu'il est trop bon, l'ascension fulgurante à coups de poings - et on va vers quelque chose d'un peu intéressant: Duran devient assez vite fait un gros connard. Bah oui. Et un peu comme en matant Narcos, on a un peu envie de traverser l'écran pour lui arracher les yeux et les lui faire bouffer sur une brochette. Non mais putain. Et finalement, on serait presque content s'il pouvait perdre ce connard. Je sais pas si c'est le but du film ou pas, mais en tout cas c'est réussi. Pour le reste, c'est pas mal foutu, sans grande invention. Ça cogne, ça pogne, ça fait mal quoi.

J'ai aussi vu Fat city mais un état plutôt second donc sans grand souvenir. Il s'agit aussi d'une rencontre entre un boxeur washed out et un jeune frais qui monte avec tout le tintouin de clichés qui va avec mais avec aussi une longue et véritable attention portée à la déchéance du déchu. Comment il fout se vie en l'air, ses disputes minables avec sa nana, les soirées au bingo entre copains. Franchement, on ne le répétera pas assez: l'alcool, c'est mal. 

hips

Et j'ai regardé mais sans arriver au bout, c'est dire, Southpaw, blockbuster MTV clipé à la testostérone avec Jack Gyllenhaal qui a soulevé de la fonte pour l'occase et qui a visiblement de dettes de jeu à payer (ou bien qui voulait une excuse pour aller à la salle). Ce film est tellement invraisemblable qu'il en est drôle. Enfin, pas vraiment, parce qu'il se prend au sérieux et ça fait mal. Machin (je sais même plus le nom du personnage) est un boxeur d'origine difficile qui a tout réussi: il a des gros muscles, des belles montres, des belles bagnoles, une meuf bonne et 50 Cents est son manager. YO! Jusqu'au drame: sa femme meurt et il perd tout avec (en fait, aux USA, quand tu deviens veuf, on prend aussi ta maison et puis ta gamine pour bien te faire chier, et puis plus personne veut te filer du boulot. Halala, les veufs, c'est quand même chié pour eux). Bref, Machin, qui a plus d'un tour dans son sac, va pourtant remonter la pente et ce, en repartant de zéro puisqu'il est à présent  femme de ménage dans un boxing club dirigé par.... tadaaaaa..... Forest Withaker qui est évidemment à la fois dur-mais-bon-quand-même-c'est-pour-ton-bien-gamin, enfin, la figure paternelle catho de base que kiffent tellement les amerlos. Je n'ai pas regardé la fin, c'était juste trop triste. Voilà.

The fighter, Russell, 2010
Hands of stone, Jakubowicz, 2016
Fat city, Huston, 1972
Southpaw, Fuqua, 2015

jeudi 2 février 2017

Cherchez le James

J'ai bavé y'a pas longtemps sur Perfidia et sur comment que c'était un coup de génie doublé d'un coup fourré de la part d'Ellroy - à savoir faire un bouquin qui contient déjà tous ses autres mais après - et j'étais toute chose. J'ai donc fini le premier quartet avec White Jazz, que je n'avais toujours pas lu. Ça fait un peu mal au cerveau en ayant tous les personnages en tête qui reviennent après mais en fait c'est avant (Perfidia étant écrit après mais chronologiquement placé avant le premier quartet) et ça m'a donné envie de séries qui suinte le crime et les benzédrines, avec des flics pourris dans tous les coins et des filles perdues à sauver. Je me suis donc penchée sur les adaptations d'Ellroy au cinéma. Il y a L.A. Confidential, que j'avais trouvé pas mal, mais sans plus, The Black Dahlia et Cop, adapté de Blood Moon de la trilogie Hopkins. C'est tout et ça m'étonne en fait: y'a tellement à faire avec ces bouquins, des séries sur 15 saisons avec les trilogies/quadrilogies qui s'entremêlent et se répondent et des retours en arrière qui sont après, enfin un truc de fou furieux qui foutrait définitivement True Detective au placard. Mais bon. 

The Black Dahlia est celui dont j'attendais le plus étant réalisé par de Palma qui n'est pas un mauvais bougre. Je suis pourtant un peu chagrin au final. Le film raconte une histoire de meurtre au départ simple, même si un peu dégueu (une fille coupée en deux balancée dans un champs) et qui se transforme en affaire aux ramifications multiples avec des flics pourris, des gens qui cachent des trucs, des pervers à tous les étages, des riches familles pleines de madame à perles qui bouffent du xanax au rye à partir de 7h du' ; enfin, une ambiance bien fin du monde, toujours à L.A., personnage plutôt que décor, vortex de violence qui engloutit tout. Voilà pour l'histoire. Pour le film: mouais. Il y a un truc chez Ellroy qui le rend très cinématographiable pour moi, un style très sec, précis, concis, des façons d'écrire qui utilisent trois mots pour donner une scène complète, des descentes dans la rapidité, comme un rêve avec trop de café dedans. Bref, on aurait aimé un truc dans le genre, or c'est pas vraiment ça. Tout est très joliment fait pour faire bien 50's: les robes, les coiffures de Scarlett, les belles bagnoles rutilantes et le whisky dans des grands verres, mais franchement, ce truc vintage on s'en branle un peu parce que le texte est sans âge. On collerait plus au truc avec un rythme dans le genre de certains Scorsese ( Bringing out the dead par exemple) qu'avec des petits minets gominés. Mais c'est mon humble avis.

Cop va d'ailleurs plus dans ce sens: pas vraiment de sentiments pour la vraisemblance d'époque ou quoi que ce soit, tout est placé en plein 80's et on va un peu plus vers l'idée de speed. Blood Moon, dont est tiré le film, raconte une histoire purement Ellroysienne: un meutre, une femme morte, un flic qui tourne à l'obsession, une femme à sauver, une histoire d'innocence et de bien VS mal, des questions de fins et de moyens et toujours une descente sans frein qui finit par éjecter notre personnage dans l'hyperespace d'un cerveau complètement cramé aux substances diverses. Le film ne vaut franchement pas grand chose. Pas mal de trucs ont été coupés (normal mais dommage), les acteurs sont plutôt moyens (on retrouve entre autres le James Woods de Videorama, avec sa tête de type taré mais qui n'en fait pas grand chose) et pas mal de trucs sont même carrément très laids dans l'image. Ça manque aussi de rythme, de trucs qui prend aux tripes; ça manque un peu de corps finalement.

Il y a enfin Rampart qui n'est pas adapté d'un livre mais écrit directement par Ellroy. C'est une histoire qui change un peu : un flic bien pourri tendance faisandé commence à se retrouver sous la loupe; un type un peu à l'ancienne qui a du mal a passer aux nouvelles méthodes et qui veut faire respecter ses traditions, style "si tu commences tes frites, tu les finis, bordel". Ok. dans le tas, il y'a bien sûr trop de whisky, de bière, de drogue et de putes en tout genre, il y a une femme avec des couilles-mais-qui-est-en-fait-fragile-et-perdue (je sais pas c'est quoi le problème du cinéma avec ce cliché, genre les meufs font genre elles sont trop fortes mais EN VRAI elles ont besoin d'un type à l'ancienne qui les tienne et leur parle comme de la merde. Merci.) et il y a une famille qui se barre en sucette - enfin là, c'est déjà pas super funky à la base, puisque ce cher David Douglas (Harrelson qui parle toujours autant dans sa barbe invisible) vit avec sa femme et son ex-femme qui n'est autre que sa belle-soeur. Après on s'étonne que ça merde. Tout est bien qui finit mal, comme souvent et on est mi-convaincu mi-molette devant ce film: pas si mauvais dans la descente, une certaine idée du sordide et de la crasse mais pas encore tout à fait ça. Encore un petit effort pour être républicain, donc.

The Blak Dahlia, de Palma, 2006
Cop, Harris, 1988
Rampart, Moverman, 2011

jeudi 26 janvier 2017

Cowboy total

2017 est bien l'année du cow-boy, comme un certain nombre de gens super influents de la blogosphère l'ont noté et c'est donc avec des films de cow-boy en tout genres que je finis la semaine: cow-boy de l'espace, cow-boy en blouse blanche et cow-boy financier car on a tous en nous quelque chose de Tennessee.

Le cow-boy de l'espace, c'est Matthew Mc Conaughey, roi des vachers s'il en est et incarnation 3.0 du Lucky Luke Skywalker moderne. Interstellar est dans mes petits papiers (comprenez: noté sur un des petits bouts de papier qui forment une boulette exponentielle en vrac sur mon bureau) depuis un moment mais j'hésitais parce que presque trois heures, ça va quand c'est un film russe où on voit des plans d'une heure et demie avec un personnage qui va acheter du pain en barque mais pour un film sur l'espace, ça fait un peu long quand même. Et bien point du tout! Je ne vais pas résumer le film, je n'ai pas pigé grand chose, mais qu'est-ce que c'est biiiiiien. Y'a plein de suspensme, des actions de fous, des éclairs de génie sur l'espace-temps et la 5e dimension, des bagarres sur des glaciers et des robots rigolos. Bon, j'exagère: il y a pas mal de trucs un peu wtf et des ficelles (on peut parler de câbles à ce stade-ci) qui font un peu bof ("haaa mais la 6e dimension est une dimension par laquelle je peux parler à moi-même pour influer le futur du passé qui est déjà passé mais qui aura de toute façon lieu en faaaaait." Héhé, comment j'ai tout spoilé *sardonic grin*). Ceci dit, on ne s'emmerde pas et on se prend à rêver d'un monde où tous les ingénieurs seront enfin renvoyés à la place qu'ils méritent: aux champs. Et na.

Matthew est aussi le cowboy médical du Dallas Buyers Club dont je me suis méfiée pendant longtemps: le titre est un peu nul, on sait pas de quoi ça parle, bof. Moi j'aime bien quand on sait ce qu'y a dedans (genre Sharkenstein. Ou Sharktopus. Ou Mecha Shark VS Mega Shark). En plus il avait une aura de Grand Pudapest Hotel, une odeur de houmous bio aux graines de tournesol  et de discussion consensuelle, alors j'me suis tenue à l'écart. Dommage! Et si j'avais mieux écouté mon prof de multiculturalité personnelle, j'aurais compris que les préjugés, c'est nul. Tout ça pour dire. Le film, il est bien. Il parle d'un truc intéressant à savoir les débuts de l'épidémie du sida aux USA et ce dans un milieu pas méga jojo, celui des rednecks en trailer du fin fond du Texas. Là dedans s'ajoute une fight pas super égale avec les laboratoires pharmaceutiques et les agences officielles de médicaments à coups d'essais cliniques foireux et d'expériences un peu délirantes en dépit de pas mal de choses qu'on penserait pourtant faire partie du protocole expérimental de base. Ron Woodroof (Maaaaatthew avec son accent de texan qu'on y pige quenouille) est un cow-boy sans histoire quand il apprend qu'il est méchamment malade. Jeté d'un peu partout, il échoue au Mexique et se met à faire son petit business de médocs de contrebande, se battant finalement contre toute une institution qui a du mal à lui lâcher la grappe. On frisonne en se disant "Dieu, quelle époque horrible, heureusement que nous en sommes bien loin!" Pas de soucis: avec Donald, retour 50 ans en arrière garanti (j'espère que les fans de vintage apprécieront, bordel!).

The big short est un film dont je n'avais jamais entendu parler ou bien que j'ai dû prendre pour une bouse vaguement comique à l'époque où il est sorti (Carey + Gosling = meuh). Encore une fois: les préjugés, c'est caca. C'est un film absolument démentiel et qui a eu le mérite de me faire enfin comprendre la crise de subprime de 2008 - et ça sert à rien de faire "quoi genre, hé l'aut' elle avait pas compris ou quoi, non mais allo", je suis certaine que vous savez même pas c'est quoi un CDO (et non, ce n'est pas un nouveau type de complément de verbe). Bref. Il s'agit donc d'un putain de film d'action, d'un polar économique qui tient super bien la route, drôle, tragique, terrible et triste finalement. Ou comment une bande de types hétéroclites, tous guidés par des raisons un peu chelou, se sont retrouvés à avoir prévu la crise de 2008 et à faire le braquage du siècle: piquer aux banques en les attrapant sur ce par quoi elles avaient péché, à savoir la connerie. Même si le principe est plus ou moins bateau (=celui d'une bulle économique qui gonfle exponentiellement jusqu'à exploser), c'est en montrant comment le truc a pris à tous les niveaux de la société que la perspective est intéressante. Et puis c'est super jouissif d'en rire au moins un peu: putain, mais qu'est-ce qu'on s'est fait enculer sur ce coup!

Intestellar, Nolan, 2014
Dallas Buyers Club, Vallée, 2013
The big short, McKay, 2015

mercredi 25 janvier 2017

Vlaams totaal

Parce qu’il faut bien faire quelque chose pour réviser son flamand et que j’ai trop la flemme de faire des exercices sur Brulingua, je me suis mise aux films du Nord de notre cher pays qu’ils sont mooielijk (ou juste mooie ?)

 J’ai commencé par rattraper un retard impardonnable, à savoir par La merditude des choses, que je dois voir depuis un certain nombre d’années. Sympathique film sur les familles de merde, c’est un truc à regarder le 25 après-midi, quand tout le monde est bien bouffi de dinde et bourré de dirty martini : ça égaie les discussions familiales ! On y voit un jeune écrivain faire retour sur son enfance dans ambiance barakis flamands alcoolos de province qui lui a laissé des souvenirs plutôt sympas : père qui se gerbe dessus, assistante sociale à la maison,  course à vélo à poil, concours de bière, bagarre au couteau dans la cuisine et tirage de pigeon à la carabine à double canon. C’est surtout le récit de rêves merdiques, pris dans des existences sans ligne d’horizon, de reproduction sociale et familiale, de comment on se reconstruit et de ce qui peut nous sauver (au moins un peu). Sans que ça soit souligné plus que ça, ce qui fait la beauté du propos, ici, c’est sans doute l’écriture ou la possibilité de transformer la merde en carburant pour relever la tête. C’est plutôt positif, même si c’est sans grande victoire.  Pour le reste, c’est plutôt drôle dans le genre, avec un peu de tendresse parfois et de maladresse aussi.

visitflanders.be
De zaak Alzheimer raconte aussi une histoire de souvenirs mais qui manquent un peu ici. Un tueur à gages qui perd la mémoire se retrouve sur un coup qu’il désapprouve un chouïa : il veut bien tout dézinguer, mais pas les ptites filles, ha ça non. Coup classique, les commanditaires ne sont pas super jouasses et se mettent en chasse contre cet employé récalcitrant qui refuse de jouer de la gachette qui va de son côté se mettre en guéguerre contre ces super-méchants pour venger la petite (qu’on a quand même fini par envoyer ad patres). Tout ça avec un flic un peu sec et son acolyte qui aime les blagues de pipi, ça donne une course-poursuite à trois étages, les uns toujours en retard sur les autres ave des ramifications politiques, des scandales sexuels d’élus flamands et de barons ministre d’Etat, zeg maar que c’est tof. Le côté Alzheimer n’est pas super développé : quelques flashs un peu flous de temps en temps, des petits trous de mémoires mais rien de pire qu’un bon black-out à la Westmalle, finalement. Pourtant, on pourrait imaginer d’emporter le concept loin : « Tiens mais qu’est-ce que je fous ici avec un flingue ? » « Bon, j’ai garé où ma voiture-bélier, moi ». « Ok, vous versez les 100 000 sur le compte BE 21 12547… heu non, attendez, c’est une BE45 je crois… putain merde, mais est-ce que j’ai un compte ? Au fait, c’est combien encore qu’on avait dit ? Et d’ailleurs vous êtes qui ? Le marie de ma fille ou le mien ? ». Bref, il faudrait un peu creuser quoi.

Dagen zonder lief est du même Groeningen, un peu plus jeune et déjà déprimé sur la vie. On y voit une jeune blonde à l'aspect bien flamand, Kelly, rentrer chez elle après une longue absence à New-York pour cause qu'elle se faisait chier dans sa Flandres natale. Rentrer au pays, certes, mais est-ce bien raisonnable? Non. On y retrouve des vieux potes, on fait un peu la fête, on s'engueule sur des vieilles histoires, on se rend compte que tout le monde a finalement une vie un peu merdique. Les enfants, le couple bien gentil, les boulots tout pourris, les projets sous forme de pot de peinture et de plan de cuisine Ikea. Ach. C'est doux-amer puisque ça termine bien mais en fait pas vraiment: tout dépend de ce qu'on appelle "bien". Comme quoi le happy-end est vraiment une question de point de vue. 

De helaasheid der dingen, Groeningen, 2009
De zaak Alzheimer, van Looy, 2003
Dagen zonder lief, Groeningen, 2007

jeudi 5 janvier 2017

You want it darker

Parce qu’on a envie d’être un peu dark en ce début d’année au milieu des bisous et des retours au bureau plein de gens extatiques qui ont l’air d’avoir pris 20 bites dans le cul pendant les vacances tellement ils sont contents, on regarde des films un peu noirs. Bon, pas tous, mais un peu quand même.

Nocturnal animals est un truc sur lequel je suis tombé dans ma quête du Michael Shannon parfait : celui-ci s’en approche, à cause du chapeau de cow-boy et de la moustache, mes deux accessoires préférés de 2017. L’intrigue est relativement simple : Susan reçoit le manuscrit du roman de son ex, Edward (Gyllhenhaal), pas vu depuis 20 ans. Elle  le lit et ça fait bizarre. Le roman du manuscrit est lui aussi transposé à l’écran, d’où un typique récit-dans-le-récit ou, comme on dit quand on aime se branler le cortex, une mise en abyme. Le récit intérieur est plutôt chouette puisqu’il raconte une vengeance dans le Texas profond, avec Shannon en cow-boy phtisique trop classe. Un jour, au bord d’une autoroute, une mauvaise rencontre et c’est la fin. Ne reste qu’un homme seul, privé d’une certaine justice et une culpabilité qui finira dans le sang. Le récit-cadre est celui de la relation entre Susan et Edward : comment ça commence, comment ça merde, comment ça finit. L’intérêt étant d’avoir choisi les même acteurs pour interpréter les héros des deux récits, histoire d’avoir un parallélisme visuel. C’est pas inintéressant car le récit intérieur est plutôt classe mais le rapport avec le cadre est parfois  un peu mince, flou, pas tellement pertinent. On voit bien qu’on a essayé d’intriquer les choses le plus possible, histoire de créer une confusion entre les deux mais ça reste un peu déconnecté – sauf vers la fin et les 15 dernières minutes sont juste sublimes. A part ça, belle moustache, comme dit plus haut, beaux paysages et Michael Shannon (what else?)

I used to be darker est un film de Porterfield, à qui on doit aussi Putty Hill (que j’ai emmené voir un pote qui depuis refuse de retourner au cinéma avec moi) et les films se ressemblent sur le fond et sur le traitement : tranche de vie sans pathos d’une explosion lente dans l’indifférence totale du temps qui passe et l’immobilité des corps. Voilà. Non, en fait ça raconte l’histoire d’une jeune irlandaise perdue en Amérique, enceinte et qui va squatter chez sa tante laquelle, pas de bol est justement en train de se séparer de son mari. Leur fille n’est pas super fan, le mari pas content non plus et tout ça n’est pas très drôle. Sans grand cri et sans hystérie, dans une violence contenue, on récupère les affaires des uns et des autres, on part en claquant la porte, on pleurniche un peu. On joue aussi beaucoup de chansons tristes sur sa guitare puisque les deux sont chanteurs folkeux vaguement inspirés. Du coup, il y a beaucoup de chansons, parfois un peu longues, parfois un peu nimp et qui fatiguent. Ça reste joli à voir, et puis ça nous change un peu de This is Us, la série-sur-des-histoires-de-familles qui te fait chialer pendant 10h sans discontinuer.

Le grand soir n’est pas vraiment un film noir mais un peu quand même – et puis il y a le mot soir dans le titre et qui dit soir dit noir (qui dit Le Soir par contre, dit trou noir). On nous raconte l’histoire de deux frères, un punk (Poelvoorde)  à chien et un mec bien (Dupontel), lequel va finir par péter un câble et abandonner canapé et matelas à mémoire et forme et devenir lui aussi clodo et libre. C’est beau. Tout se passe sur un grand zoning, sorte de friche industrielle plantée de grands magasins flippants, de Flunchs et de Castorama à l’infini autour desquels se déroulent des routes parsemées de ronds-points décorés d’œuvres artistique financées par la région Wallonne (enfin, on dirait). L’espace choisi rend les choses intéressantes plus que le duo Poelvoorde/Dupontel ou que l’opposition punk/square. On évolue constamment entre les différentes parkings, les allées de magasins et les caméras de surveillance. On se construit des abris sur les terre-pleins et on se déplace en caddie. Comme pour les autres films de Delépine et Kervern, il y a une vraie construction d’un principe qui gère tout le film et pas seulement  un long sketch un peu rigolo avec l’accent belge. Ici, c’est la banlieue à l’américaine et son anonymat désespérant, ce vide postmo fait de pavillons et de berlines, dont parle de manière absolument fulgurante et génialissime Fanny Taillandier dans Les Etats et empires du Lotissement Grand Siècle –probablement le meilleur livre de 2016 et de 2017 et de 2018 d’ailleurs.

Nocturnals animals, Ford, 2016
I used to be darker, Porterfield, 2013

Le grand soir, Kervern et Delépine, 2012