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lundi 1 juillet 2024

Baby shark (niom niom niomniom niomniom), baby shark (niom niomniom niom niomniom) baby shark

 


Après moult hesitations et tergiversations, nous sous sommes attelés au visionnage du fameux Sous la Seine, le Mâchoires françoys et fransquinet qui sent bon la baguette et le croissant chaud.

D'emblée, on aime le pitch qui rassemble tout ce qu'on aime: un requin, des gens qui nagent dans la Seine et des jeunes écolos woke: c'est dire si nos babines frissonnent de plaisir.

Piscine de Laeken, le lundi à 7h30

Dès le début, on est happé par l'intrigue, tel les plongeurs silencieux du prologue qui récoltent des échantillons en harponnant un requin. Ça n'a pas l'air bien malin tout ça. Heureusement que notre héroïne, Sophia Machin est là qui se jette à l'eau armée d'un couteau (et qui réussit à mettre son masque sous l'eau, performance assez rare pour être saluée) pour sauver ses amis, déjà réduits en petits Coraya sauce coktail depuis longtemps.

Retour au temps présent, où cette pauvre Soso en est réduite à faire des visites guidées à des ados désabusés à l'aquarium de Paris. Elle est interpellée par une petite jeune à cheveux bleus (Mika? Micha? Meekah? Micah? Comment savoir avec cette génération sans repère orthographique) qui a retrouvé son requin (le méchant, çui des petits Coraya) et même qu'il est dans la Seine. Tout ça grâce à son assoc', une petite structure sans prétention logée dans un hôtel de maître grand comme l'Elysée avec des projecteurs 4000K digne d'une installation de Kinepolis. Assez crédible on va dire.

Ces fumistes d'écologistes en herbes se targuent de retrouver ledit requin pour le guider vers la mer (ça fera toujours une vois de moins pour le FN). Mais Soso a trop les chocottes de sa mère, depuis l'épisodes des petits Coraya. Arrive dans le mix un jeune officier ("brigadier-chef" comme il le précise lui-même) qui est en service à peu près H24, et qui survit en mangeant un snicker toutes les 72h. Tout ce petit monde va se chamailler, plonger, comploter et finalement se faire (en tout cas pour une grande partie d'entre eux) bouffer par un (voire plusieurs, suspense!!) requins mutants – car oui, pour survivre dans de l'eau douce, un requin doit être sacrément mutant.

Est-ce que c'est bon? Non, mais j'ai souvent dit la même choses des petits Coraya, ce qui ne m'empêche pas d'en manger à la pelle si y'a un sacho qui traîne. C'est plutôt drôle, si accepte de mettre de côté tout réalisme scientifique et au bingo de 'qui va mourir en premier', ça se pose bien là. Le (les?? Suspense!!) requin est plutôt bien chié, il saute sans doute un peu trop pour être réaliste, mais allez savoir, avec cette nouvelle génération de jeunes requins sans repères.  Bref, vu l'ambiance actuelle un brin morose en France, faites-vous plaisir, votez Requin!

Sous la Seine, Gens, 2023

mercredi 13 mai 2020

Das Grösse Ordinateür

C’est un pur hasard de calendrier, mais la diffusion combinée de deux séries pré-apocalyptiques qui parlent toutes deux d’un futur proche dominés par des AI maléfiques ne pouvait pas mieux tomber : que dire de Westworld III et DEVS donc ?

A première vue, ces séries ne racontent pas vraiment la même chose : DEVS est un thriller numérique autour d’un programme top ultra secret développé par un gourou new-age type Silicon Valley tandis que Westworld, déjà à sa troisième saison, prenait le chemin d’une révolte des robots échappés d’un parc à thème contre leurs créateurs.

On avait bien aimé Westworld, la saison 1 était super bien foutue, visuellement et scénaristiquement, les personnages impec, des super twist et un peu de réflexion çà et là. La base existait déjà (le film de 1973 avec l’inénarrable Yul Brynner). La deuxième saison nous avait laissés un peu confus : trop de fils narratifs, trop de niveaux temporels différents, des trucs qui se tenaient de moins en moins au niveau concept – ça commençait à ressemble à un cahier de charge à la GoT, à savoir une grosse bagarre par épisode + des répliques sentencieuses sur la vie, la mort, tout ça. Beaucoup de twist aussi, surtout sur le thème « En fait, c’était un robot tout du loooooong  mince alors ».

La saison 3 fait la même chose mais en mille fois pire : les robots sont toujours de robots mais presque des méta-robots parce qu’en plus la réalité dans laquelle ils évoluent est elle aussi une simulation d’un laboratoire dans lequel on fait des robots. Woua. Les super-robots sont donc sortis dans le monde réel (mais est-il vraiment réel ? Mystère !) pour on ne sait pas trop quoi faire – reprendre le contrôle du monde ? Vivre libre comme des bons robots ? Buter tous les humains ? – ce qui est certain c’est qu’ils sont vénères. A partir de là, le truc part en sucette narrative à une vitesse comparable à la propagation d’un virus à R = 10 pour finir par ressembler à un croisement entre Fast’n’Furious et Transformer avec pour thématique de fond Das Grösse Ordinatëur qui contrôle notre destin et quoi alors, sommes-nous encore libres, que diable ! Tout ça par l’intermédiaire d’un CEO ténébreux zet machiavélique qui apparaît via des hologrammes car il est avant tout français et qu’est tellement méchant qu’il a enfermé son frère, le gentil Jean-Mi (Jean-Mi, on t’aime !). Les deux héroïnes principales, sont féminines, pink washing oblige, mais ne sont au final qu’une seule et même personne. Ou pas. Je n’ai plus essayé de comprendre. Enfin bref, elles se battent au sabre non pas une mais deux fois (une bagarre par épisode), c’est joli, ça fait mauvais film de kung-fu et l’occasion pour des réalisateurs sans doute poussés par l’idéal féministe de mettre deux nanas en justaucorps tellement moulant qu’elles doivent avoir du mal à respirer à l’honneur. Clap clap. Je n’essaie même pas de relever les trous du scénario, à partir de l’épisode 4, il devient clair qu’on n’en a plus rien à foutre, et que tout est surtout prétexte à faire des courses en bagnoles volantes, en moto intelligente, et à sortir des gros flingues bien phalliques.

DEVS de son côté est à l’exact opposé du spectre cinématographique : hyper lent, contemplatif à mourir, avec un visuel très chiadé, une action parfois inexistante – y a un épisode dont la seule action = une discussion autour d’une table de salle à manger – et des personnages dans un anticlimax constant. L’intrigue est relativement simple : Sergei, développeur trop cool est invité à bosser sur un projet hyper top secret pour un gourou de la tech – joué par Nick ‘Ron Swanson’ Offerman, il faut un petit moment pour s’y faire. Le soir de son premier jour, paf, plus de Sergei. Sa copine, qui bosse pour la même compagnie, décide d’en savoir plus. Et à la fin elle en sait plus. C’est tout. Le projet top secret en question est bien évidemment en rapport avec la construction d’une super AI de fou qui devrait permettre de reconstituer un univers parallèle avec les mêmes coordonnées que le nôtre (et donc dans lequel toutes les actions à venir sont déjà déterminées). De nouveau, on se questionne sur notre libre arbitre, qui sommes-nous si tout est décidé, pourquoi vivre et tout ça. L’angle est un peu plus intello que Westworld puisqu’on se bagarre sur les mérites respectifs de la théorie de l’infinité de mondes possibles et le déterminisme absolu. D’ailleurs, on peut se demander pourquoi un type qui veut reconstituer un monde parallèle pour réparer le monde réel (dans lequel il a perdu sa fille et sa femme) refuse absolument que ce monde simulé diffère du réel. Parce que du coup, bah, il va quand même avoir perdu sa femme et sa fille, non ? Enfin. Tout ça me passe au-dessus de la tête, car comme dans beaucoup de séries sur la tech, on essaie surtout de vous montrer que tout ça est trop compliqué pour vous de comprendre. Bref.

Ce qui est commun au final dans ces deux productions, c’est cette idée qu’il existe et ce dans un futur relativement proche, la possibilité qu’une méga AI soit tellement évoluée au niveau algorithmique, présente au niveau surveillance, et puissante au niveau processing de données, qu’elle soit capable de prédire l’avenir. Nos comportements, nos réactions, les événements fortuits, le cours de la bourse et la date de péremption du gouda. C’est assez génial que ces deux projets soient diffusés à un moment relativement apocalyptique causé par un truc aussi con qu’un virus et l’incapacité assez générale à y faire face – qui aurait, dans ce cas précis, consisté à faire preuve d’un minimum de prévoyance. On a tout vu venir mais rien prévu en gros. Mais par contre, tremblez peuples de demain, car des super AI vont contrôler votre destin. Quand on constate qu’une épidémie va être gérée par des états modernes grâce à des « systèmes » de « tracking » qui sont en gros des fichiers excel remplis par des agents via google doc, je crois qu’on peut dormir tranquille : le libre arbitre et la libre connerie ont encore de beaux jours devant eux ! 

Westworld, Nolan, 2019

DEVS, Garland, 2019

jeudi 2 avril 2020

Confinement total

Des bons films sur l’isolement et les gens chelous dans leur tête, pour ceux qui ne s’emmerdent pas encore assez ! Seul dans l’espace, seul dans les bois, seul dans sa tête : enfin des courageux qui ont osé dire NON aux apéros virtuels !

Seul dans l’espace, c’est Ad Astra, aka Brad Pitt tout seul dans l’espace à la recherche de son père et de sa grosse métaphore freudienne. Je me doutais que le film ne serait pas un chef d’oeuvre, c’était sans compter sur le scénario le plus affranchi de toute exigence de relative vraisemblance vu depuis longtemps ! Bradounet est donc le Sergent McMillan (qui nous fait un peu penser au McBain des Simpsons) qui donc est le fils d’un autre McMillan perdu dans l’espace à la recherche de Vénus et présumé disparu. Sauf que : et si il était pas mort ? Et qu’en plus, il fût responsable des « power surge » aucun idée de ce que ce terme recouvre, mais des trucs qui  font plein de morts un peu partout (parce que c’est comme ça, c’est dangereux les surge et pis c’est tout). McMillan est donc envoyé dans l’espace parce que lui seul peut parler à son Père et puis finalement on ne veut pas l’envoyer mais il y va quand même en s’accrochant au train d’atterrissage d’une fusée (ou à peu près). Ne racontons pas la suite, ce serait gâcher bien du plaisir – d’autant plus qu’on s’est un peu endormi à un moment. Tout ça est tellement métaphorique qu’on n’en a visiblement plus rien à foutre de toute vraisemblance un tant soit peu scientifique. Même Freud en boufferait son cigare. Que reste-t-il ? Des beaux paysages lunaires, des beaux paysages de la tête à Bradichou, qui ne vieillit définitivement pas, des scène d’action en rover lunaire qui ne servent à rien mais qui réveillent le spectateur endormi. Tout ça nous renvoie surtout à notre rapport au Père, aux paires et au pair.

Seul dans les bois, c’est Eric, un géomètre envoyé en mission pour cataloguer un terrain, un peu vague et qui n’a pas de nom – d’où le titre Without name. Tout seul dans les bois, Eric voit des trucs bizarres. Il prend des champis et voit des trucs encore plus bizarres. Etc. C’est un genre de film d’horreur écolo-contemplatif plutôt beau, avec des super images de forêt, pour ceux qui sont fan et des chouettes séquences stroboscopiques, pour ceux qui n’ont pas encore fait leur crise d’épilepsie d’aujourd’hui. Alors oui, c’est lent ; certes, il ne se passe pas grand chose ; mais franchement, en ces temps où tout le monde devrait se poser des questions sur le mode de vie que nous menons et se mettre enfin à respirer l’air des fleurs, à écouter des histoires jolies et à faire des risettes au petit chinois sur le bord du chemin, n’est-ce pas un film tout indiqué ?

Seul dans ta tête, c’est l’excellent Joaquin Phoenix, bien avant son Joker qui joue un aussi léger que complet dans The Master. Film déjà vu et dont je ne me rappelais quasiment pas, le deuxième visionnage est le bon. On y suit Freddie, un ancien soldat de 45 de retour à la vie civile. Le moins qu’on puisse dire, c’est que revenir de la guerre, c’est pas jojo (un peu comme nous quand on aura gagné la « guerre » sanitaire du moment quoi) et coup, Frédo galère un peu. Faut dire qu’on lui a beaucoup tapé sur la tête quand il était petit. Enfin, on suppute, car on n’en saura rien. Freddie croise sur sa déroute Dodd, aka the Master d’une cause dont on sait pas grand chose, si ce n’est que ça ressemble vaguement à une secte pseudo-scientifique (à certains égards, on peut penser à des trucs du style Wilhem Reich, en moins sexy). Dodd va s’attribuer les services de Frédo pour qu’il soit son sommelier en chef, à savoir qu’il lui prépare des bons petits tord-boyaux à base de térébenthine. Tout ça est fort décadent. On suit alors l’histoire de cette emprise, des pseudo-traitements de Freddie aux cuites héroïques de Dodd en passant par toute une petite organisation de type culte plutôt glauque. Le tout est fait impeccablement, jamais chiant malgré un format plutôt long, avec des images vraiment superbes et un Fred hyper convaincant et très malaisant, pour parler comme les jeunes. A voir avant de sombrer dans la folie !

Ad astra, Gray, 2019
Without name, Finnegan, 2016
The master, Anderson, 2012


samedi 8 juin 2019

samedi 16 septembre 2017

Also sprach Gudetama.

The answer is in the yoke. As usual.

Who are we ?



Where are we going ?



Are we alone in the universe ?



What is love ? (Baby don't hurt me)



What's  the point ?



How does it end?

jeudi 1 juin 2017

vendredi 19 mai 2017

Chienne de vie

C'est bientôt  la période magique du festival du chien de Yulin au cours duquel des chinois sanguinaires bouffent des cabots trop mignons et où Facebook tout entier frétille d'une indignation aussi stupide qu'inutile. Vous aussi vous en avez marre? Après tout, les chiens c'est con comme la lune, ça se laisse crever sans chouiner et c'est même pas capable de se laver le cul soi-même. Si en plus, c'est délicieux, pourquoi s'en priver, hum? D'autant plus que les chiens, c'est un peu des vaisseaux de Satan, comme les films suivants le prouvent avec éclat. 

Pet ne parle pas vraiment de chien mais donne des infos intéressantes sur les gens qui les aiment. Ce mec trop chou qui travaille dans un chenil, vous vous dites: ami des animaux ET soignant? Par ici la bonne soupe! Pas si vite malheureuse! Derrière tout timide au grand cœur se cache un psychopathe potentiel (le degré de psychopathie étant souvent inversement proportionnel au degré de timidité comme on le sait par ailleurs) et qui dit psychopathe potentiel+cage+kétamine dit gare à ton cul ma fille. Notre héros tout mimi est donc Seth, jeune homme timide qui recroise par hasard une meuf  de son lycée qui l'a visiblement totalement zappé. Grâce à un stalking 2.0 en règle, il finit par essayer de lui sauter dessus dans un bar pourri avant de se faire corriger par son ex, barman raté avec deux neurones qui se battent au niveau des narines. Evidemment, Seth n'est pas content: comment apprivoiser cette petite sauvageonne qui veut simplement qu'on lui laisse faire sa vie sans l'emmerder ? Ping, fait la tête de Seth quand il la cogne par terre! Une porte dérobée, une cage en acier et le tour est joué! S'ensuite un film de captivité classique qui va cependant se corser lorsque des révélations seront faites…. Miam! C'est franchement pas mal, et il y a le drogué de Lost (j'ai la flemme de chercher son nom) qui est bien. Le twist est un peu gros pour moi mais bon, on peut pas tout demander. C'est déjà pas mal visuellement, même si ça manque de chien (haha)

En termes de chien méchant, il y a Cujo, sorte de Beethoven de Satan qui bave partout. Au départ, pourtant tout allait bien: Cujo était un bon pépère qui coursait le lapinou dans la brousse. Puis pouf, il se fait mordre par une chauve-souris, fille de Belzébuth par excellence et le voilou tout méchanou. Pauv' Cujo! Mais l'histoire principale, comme souvent chez Stephen King (oui, encore lui!) est ailleurs, puisque c'est celle de la famille Trenton: peur des monstres, infidélité, travail prenant – famille classique. Pendant ce temps-là, Cujo boulotte un, puis deux rednecks sans que ça n'inquiète personne.  La dernière partie du film est un joli tête à tête entre un Cujo de plus en plus jaunâtre et gluant du nez et une pauvre mère de famille coincée dans sa bagnole avec son petit Tad (qui a peur des monstres donc). C'est très chouette, assez angoissant et joli comme huis-clos en extérieur. Il y a des beaux travelling intérieurs, des tentatives de sauvetage ratées et des méchants coups de batte sur la tête à Cujo. Prends ça, clébard de mes deux!


Finalement, White God, un truc de fou malade complètement trop bien, avec une des séquences d'ouverture les plus belles du monde de la terre. Sans doute référence à White dog dont on a déjà parlé ici puisque ça parle de chien qu'on essaye de rendre méchants et qui finissent par se venger comme les bâtards qu'ils sont, na. Lili doit se tirer chez son père pendant trois mois et prend son clébard avec. Sauf que. Le padre en question n'est pas trop chaud et envoie chier Hagen, bâtard sensible. Ce pauvre Hagen va donc vivre sa vie de chien errant, qui est plutôt cool puisqu'il vit à Budapest, ville qui a du chien (re-lol). De rencontre en rencontre, on suit le cabot d'un côté et la petite de l'autre, qui fait sa vie comme elle peut –petits coups de cœur, mauvaise vodka, première nuit au poste, c'est émouvant. La dernière demi-heure est absolument géniale, tellement qu'on la raconte pas. Il y a de la meute en furie, de la galopade dans une ville qui a quand même un putain de style, des images là-dedans trop belles, une idée de fin du monde au-dessus de pas mal de trucs dans le genre. Wouf, mazakafa!

Pet, Torrens, 2016
Cujo, Teague, 1983
White god, Mundruczo, 2014

dimanche 7 mai 2017

Ecran total

Un peu dans le désordre pour un début de mois en vrac et dans l'incertitude générale: la démocratie sera-t-elle sauvée? Ce suspensme! J'ai vu un truc de vengeance qui me fait de l’œil depuis un moment, une dystopie agricole trouvée en passant et un truc plutôt fabuleux que j'ai failli laisser filer.

Je vois depuis un bon moment cette affiche dans le métro et comme elle est très bien faite, il n'y a aucune info pertinente dessus - réalisateur, acteur, nombre de cadavres. Comme je suis une fille débrouillarde et que je jouis de nombreuses heures de loisir au bureau, j'ai pris mon petit clavier et ai cherché: ce film est l'oeuvre de Arevalo, qui n'est autre que le flic badass de La isla minima. J'en vois des (un surtout) qui chouinent derrière son écran - haaa, ce film lent comme la mort, fait de plans sublimes quasi immobiles du delta du Guadalquivir, pas de dialogues, peu d'action, beaucoup de sous-entendus et de moues de cow-boy! Heureusement, Tarde para la ira n'a absolument mais alors absolument rien à voir - ni dans la forme, ni dans le fond. Sauf pour le côté cowboy badass, mais ça c'est trending en ce moment, suffit de voir la collection spring/summer de Zara qui a visiblement été dessinée par un cowboy daltonien schizophrène en pleine décompensation. Tout ça pour dire. L'histoire est simple: Jose traîne dans un bar et se fait poto avec une petite équipe - le barman, sa sœur Ana, sa femme Pili et tout le tintouin. Jose n'est pas qu'un type sympa: il essaye surtout de mettre Ana dans son lit, sans savoir que son mec sort de taule dans une semaine après  8 ans à l'ombre pour un braquage où ses potes l'ont laissé en plan. Pas cool. Alors après 8 ans, où en est la vengeance - et surtout, de qui viendra-t-elle? J'en dis pas plus, c'est pas bien. Construit par petits chapitres qui claquent, avec une image qui bouge beaucoup, très près des corps, nerveuse et sans beaucoup d'état d'âme, c'est carrément dans le western postmo plutôt que dans la contemplation. Une fin qui fait bien mal et qui fait pan. Ouille.

The White King raconte une histoire pas follement intéressante plantée dans une dystopie argicole pas des plus fofolles. Un petiot voit son père partir entre deux militaires un soir d'été sans en savoir plus. S'ensuit l'attente, les questions, l'ostracisation et la mise à l'écart. Il ne se passe pas grand chose, si ce n'est les trucs habituels d'une dictature: les flics sont partout, y sont méchants tout plein, les chefs ont des supers bagnoles et de pralines Léonidas, et la moindre petite blague mal placée t'envoie en zonzon. Rien de bien surprenant donc, sauf à un moment, une rencontre au pied d'une décharge qu'on croit qu'elle va mener le scénario ailleurs mais non. Au final une fin un peu meh dont on voit pas trop l'intérêt. Jolies images ceci dit, pas nul dans le visuel dystopique, musique un peu arty. Mouais.

J'ai failli pas regarder Get Out parce que je croyais que c'était une rom'com - ça commence un peu comme ça: un jeune garçon va passer le weekend chez ses beaux-parents et découvre qu'ils sont bien différents de ce qu'ils prétendent - avouez que ça pue la comédie choupinou avec Robert de Niro en père italien en chemise hawaienne. En fait, trop pas. Chris, jeune black de son état, passe le weekend chez les Armitage, des gens extrêmement blancs et un peu chelou à la longue. Ils organisent justement une soirée, tiens, avec pleins d'amis, dis donc! C'est dommage d'en dire plus, le film est hyper bien foutu avec une composante horreur certes mais une longue prépa qui prend la plus grosse partie du film et qui est elle beaucoup plus flippante, grinçante parce pas trop loin de ce qui se passe en sous-main dans les rapports blanc/noir aux States aujourd'hui. Une forme bizarre de mal-être, des relations de surface très normales mais qui craquent un peu au niveau des coutures. Après, ça part en délire pur et plutôt chouette sur un thème que j'adore mais que je ne dévoilerai pas, pour se finir dans un bon bain de sang comme on les aime.


Tarde para la ira, Arevalo, 2016
The white king, Helfrecht & Tittel, 2016
Get out, Peele, 2016

vendredi 5 mai 2017

Franz is da shit

Grand-Verly, 2014

29 mars
Le plaisir que me procure la salle de bains. - Connaissance progressive. Les après-midi passés en compagnie de mes cheveux. 

Kafka, Journal 

dimanche 16 avril 2017

Apocalypse, baby!

Vu l'équipe de klet avec des noms à la con qui se battent pour un petit poste à la tête de l'Etat de l'autre côté de la frontière, l'apocalypse semble de plus en plus proche: alors quoi, que faire, où courir, où ne pas courir et comment s'y préparer? Trois films à voir pour vivre la fin du monde en toute sérénité et en trois temps: avant, pendant et après.

Avant l'apocalypse, c'est Salt and Fire de ce cher Werner dans lequel on retrouve mon idole absolue à savoir Michael Shannon, toujours aussi cinglé. Ce film raconte un voyage scientifique qui tourne mal. En effet, plutôt que par une délégation d'universitaires en pull jacquard, l'équipe du professeur Sommerfeld est accueillie par des types patibulaires en cagoules. Pas cool. Transportés dans une bicoque pas chiée au milieu des bois, on finit par comprendre qu'ils ont été enlevés par Riley (Shannon) le type responsable de la catastrophe naturelle qu'ils sont justement en train d'étudier. C'est ballot. S'ensuit une histoire étrange, avec discussions philosophiques sur l'anamorphisme (on a bien lu son Lacan) et sur l'avenir du monde: celui-ci sera-t-il bientôt réduit à un gigantesque désert de sel? Si oui, quel matériel emporter pour aller faire du camping? C'est très très très space, on ne comprend pas tout ce qui passe par le tête de ce Monsieur Riley et on se retrouve tout paumé dans cette histoire complètement bizarre et assez foudroyante dans la beauté et la lenteur d'une fin du monde en train d'avoir lieu au ralenti. On aimerait parfois pouvoir partir en vacances dans le cerveau d'Herzog (si quelqu'un a un plan r'b'n'b?) pour savoir quoi et comment. Mais on peut aussi juste se laisser glisser le long des plans en forme de vertige du mouvement, des travellings qui filent sans trop se poser de questions. 

Pendant l'apocalypse, il faut surtout, surtout rester calmes et ne pas se mettre à faire n'importe quoi. Dans Ni le ciel ni la terre, on retrouve une petite troupe de soldats français en poste en Afghanistan qui surveillent un coin de terre dont tout le monde semble se foutre complètement. Sauf que. D'abord un chien, puis un type, puis un autre disparaissent comme ça, sans laisser d'adresse. On a beau chercher, pas de traces des disparus, pas un coupable à l'horizon et pas vraiment de réponse. On s'énerve un peu dans tous les camps, on cherche sous chaque caillou mais force est de constater qu'y a plus personne. C'est également un truc super déconcertant parce que super réaliste tout glissant progressivement loin du réel et du monde. Il y a beaucoup de questions sans réponse et autant de tentatives de trouver une explication qui ne vient jamais. Le tout vu partiellement à travers de jumelles, des lunettes infra-rouges avec des formes incertaines qui se dessinent comme des fantômes qui hantent des morceaux du monde qu'on dirait pas très loin des limbes. Parfois un peu lent, mais assez puissant dans la tension, dans le choc frontal et répété d'une conscience qui se cogne à ce qui est peut-être le début de la fin.

Après l'apocalypse, ne pas essayer de faire le malin et d'avoir des sentiments pour les gens; on ne vous le répétera jamais assez, les gens sont méchants. Dans The girl with all the gifts, les méchants en question sont des enfants qu'ont l'air trop mignons mais qui comme chacun sait, ne sont que des créatures sanguinaires assoiffées de cerveau humain. Ce film débute dans une ambiance un peu Clockwork Orange: camp de rééducation avec des petiots sanglés sur leur chaise dont on se demande bien ce qu'ils ont fait pour mériter ça - on le saura bientôt. C'est très dommage de raconter plus que ça sur l'intrigue parce que c'est justement ce qui en fait un truc excellent - on ne sait pas très bien toujours où ça va, sauf à partir d'un certain point où on retombe dans un film postapo type invasion zombie (mais en mieux). Il y a des images assez géniales, des décors sublimes, une idée de fin du monde qui envoie la civilisation se faire bouffer par la nature, des trucs super drôles comme ça qui viennent de nulle part et une bande-son très Utopia, normal puisque c'est Tapia de Veer qui s'y colle. Vivement l'apocalypse!

Salt and fire, Herzog, 2016
Ni le ciel, ni la terre, Cogitore, 2015
The girl with all the gifts, McCarthy, 2016 

dimanche 9 avril 2017

Come outside and play

Ça y est, c'est l'été: y fait beau, y fait chaud, les clodos sèchent au soleil et la place Flagey recommence à avoir cette odeur de marché couvert mexicain (un petit air de viande faisandée saupoudrée de fluides humains divers et de bière éventée). Tout ça nous donne envie de partir faire les foufous dehors, de prendre notre sac à dos et notre masque à gaz vintage et d'aller profiter de la nature, ses oiseaux, ses arbres en fleurs, et ses psychopathes primesautiers qui folâtrent dans les bois. Une sélection de films à voir avant de partir faire n'importe quoi quand même.

Si vous partez dans le Nord, un bon conseil: déjà n'y allez pas, y'a rien à voir par là, parole. Plus sérieusement, ne faites pas d'autostop si vous êtes une frêle et fragile jeune fille et qu'un tueur fou rôde dans le coin. Ça parait évident mais pas pour les quelques petiotes de La prochaine fois je viserai le cœur, qui n'en ont visiblement rien à cogner. Alors d'accord, c'est les années 70's, tout le monde est funky, mais quand même. Ce film raconte un fait divers connu de tous les fans de Faites entrer l'accusé qui se respectent: celui du gendarme tueur fou, Lamare. Le récit est pris du point de vue du tueur, avec une approche pas conne: sans chercher à rentrer dans les détails, avec des largesses fictionnelles qui sont signalées (le héros n'a d'ailleurs pas le même nom), on construit sans commentaire une image, une vision des choses qui échappe au gore ou au pathos. Alors, certes, on voit quand même quelques meurtres - ce serait dommage, sinon - mais pour le reste ça donne quelque chose qui sort du film de serial killer à sensation, un truc presque normal et du coup assez glaçant.

Autre destination prisée pour les aventuriers: Desierto, ou la traversée illégale de la frontière MX-USA, un trip sympa et original qui va impressionner tous vos amis sur Instagram! Cependant, gare à vos miches, car il rôde dans certains coins, un type patibulaire, patriote désabusé et à moitié cinglé qui n'est autre que J. Dean Morgan, aka Negan-the-vegan! Ce cher Sam donc, car c'est son nom, joue à tirer le mexicain qui passe la frontière. Passe-temps intéressant s'il en est mais qu'on aura du mal à remplacer quand y'aura un mur. Mais bon. Dans l'autre équipe, une bande de mexicos dont ce cher Garcia Bernal, qui joue Moise, hé oui, celui de la terre promise. Que tout ça est symbolique. Bref. En gros, c'est une partie de chasse dans un désert de pierres, de rochers, de cactus qui piquent et de soleil qui cogne sa race. C'est franchement sublime pour le cadre (mais j'ai un truc pour les zones dévastées), très beau dans les images. Sans grande surprise dans le déroulé de l'intrigue (à la fin, ils meurent) mais avec un mini-twist à la fin. C'est un film qui force à se poser des questions existentielles: pourquoi est-on tout tourneboulé par la mort d'un clébard-qu'il-est-trop-chou alors que ledit clébard vient de bouffer pas moins de 5 mexicains sans qu'on renverse notre tisane pour autant? Est-ce parce que le chien, quand il meurt (et un peu comme le docteur), couine, tandis que le mexicain meurt dans un gargouillis sanguinolent de ChingadaPincheCabron? Ou sommes-nous déjà en train d'être gagné par ce cancer qui a atteint les States il y a quelques mois? Bouh.

Si vous survivez au désert, vous pouvez mettre le cap sur Carnage Park, un coin du Texas pas dégueu habité par un cinglé solitaire (encore un! décidément!) qui ne quitte jamais son masque à gaz et son fusil de chasse. Lorsqu'un duo de braqueurs s'aventurent sur son turf avec leur pauvre petite otage qui n'a rien demandé à personne, c'est évidemment une belle occasion pour faire découvrir aux touristes les particularités locales: potences, cadavres crucifiés, mines abandonnées, rien de tel qu'un guide du coin. Le reste du film est donc une chasse à la pauvre fille qui s'avère être méga badass en fait et qui va réussir à faire pas mal de dégâts. Bel effort dans l'ensemble, cadre sublime, psychopathe comme il faut, et surtout musique excellente. Trois trucs moins bien quand même: les 20 dernières minutes = dans le noir genre filmé dans les chiottes du Barlok, un peu d'exagération niveau filtre sépia Instamapute et quelques moments un peu trop Tarantinouille - genre je-me-recoiffe-au-ralenti-avant-un-bracos-tandis-qu'on-entend-un méchant blues-thaïlandais


La prochaine fois, je viserai au coeur, Anger, 2014
Desierto, Cuaron, 2016
Carnage Park, Keating, 2016

vendredi 17 mars 2017

Ecran total

Encore un total amour mais en moins bisous que la dernière fois: le goût de la viande nous a repris, comme ça, sans prévenir alors qu'on est même pas à la moitié du carême, c'est péché. Hé oui, l'amour ça fait mal et ça fait même du sang plein le pare-brise, plein l'assiette ou plein la serviette de plage, c'est au choix.

Du sang plein le pare-brise, c'est dans Night Fare, étonnant petit film français dont je n'avais jamais entendu parler et qui parle d'amour et de taxi. C'est par contre beaucoup moins film du samedi soir que la bonne franchou-franchise Taxi, notre Fast and Furiousse Justin Bridou à nous. Le film raconte une course en taxi qui tourne mal: après deux ans d'absence, Chris revient à Paris voir sa chérie qui s'est entre temps remaquée avec une sorte d'ado gigantesque, genre teufeur de 35 ans un peu pathétique qui a des amis dealers à Clignacourt. Bref. Comme tout est tout à fait normal dans la vie, ces trois personnes décident de passer le weekend ensemble (bah oui, ça va être fun, moi, mon mec et mon ex  en vadrouille, tiens!). Evidemment ça finit mal, mais surtout parce que ces deux crétins décident de taper un dine-and-dash dans  lae taxi qui les ramène je sais plus où. Le taximen mi-taxidriver mi-uber à doudoune sans manches, est pas super jouasse et s'ensuit une série de meurtres tous plus sanglants, acrobatiques et zintéressants. Ca pourrait n'être qu'un anecdotique film de vengeance, mais les 20 dernières minutes en font quelque chose d'un poil plus piquant – même si  d'un point de vue moral  on n'est pas certain  d'avoir tout compris – mais qu'on ne racontera pas ici, parce que c'est pas bien.

Encore une histoire d'ex et de retrouvaille, c'est The invitation, où Will est invité à dîner chez son ex Eden, réapparue elle aussi après deux ans d'absence et un deuil pas super bien géré. Tout ça est bien mystérieux et surtout super awkward, mais bon, visiblement,  weird is cool alors quoi. Eden va mieux, elle a rencontré l'amour au Mexique et est devenue polyamoureuse, vegane et pro-vinyl dans la salle de bain. Son nouveau mec, par contre, est un peu chelou et a des amis bizarres, du genre qui aiment confesser avoir tué leur femme ou qui font des grimaces assis sur les chiottes. Toute cette petite bande va essayer de convaincre leur amis que la mort, c'est cool et que la vie, on s'en fout un peu. Mouais. Will n'est pas dupe, qui trouve tout ça un peu chelou (et il a bien raison, d'ailleurs, où est passé Choi, son délicieux ami coréen? A-t-il été débité en morceaux et mangé sur un petit barbecue de table comme ces indigènes en sont friands?). Entre souvenirs glauques, ambiance, bizarre et jeux à boire dont les règles nous échappent un peu (genre on boit quand en fait?), se tisse une  trame à la Manson dont on sent bien que ça va chier. C'est plutôt bien foutu dans le développement de l'atmosphère, un peu arty dans le genre avec des acteurs pas mauvais:  un film à montrer à tous ceux qui trouvent qu'on doit garder des bons contacts avec ses ex: non, en fait.

L'amour, toujours mais toujours plus bizarre: c'est l'amour maternel  et tentaculaire d'Evolution , film absolument trop génial de fou furieux que j'en suis toute frétillante.  Petite tranche de vie façon Guerre des boutons, d'une bande de gamins paumés dans un village sur un bout de rocher au bord de l'eau: ils jouent, ils nagent, ils vont à l'hosto et parfois ils meurent. Visiblement tous, parce qu'il n'y a dans tout ce petit monde, pas un élément masculin de plus de 12 ans. Alors quoi? Les hommes, ayant compris leur fondamentale inutilité et inaugurale bêtise, se sont-ils jetés d'un seul homme (haha) du haut d'une falaise? Sont-ils tous partis dans un vaisseau spatial pour devenir pote avec les heptopodes? Sont-ils tout simplement à l'intérieur pendant tout le film à jouer à la playstation? Non, c'est beaucoup plus gore. Je préfère rien dire de plus, car le film doit se découvrir. C'est sublime parce qu'il y a beaucoup de choses que j'aime bien: de l'eau, des roches volcaniques, des hôpitaux yougoslaves, et des gens sans sourcils. C'est immobile et lent, travaillé très près de la peau et parfois très loin des corps, au point qu'on perd ses repères dans l'image et qu'on ne voit plus que des petites taches de couleur au loin. Les couleurs sont sublimes, dans des teintes noires, vert, gris plaquées sur du blanc violent et du bleu mousseux. Il y a un certain nombre de plans à se tuer tellement c'est beau photographiquement. Sur le fond et l'intrigue, assez génial aussi, déployé dans un gore plus freak que sanglant tout à fait raccord. Bref, trop biiiiiien quoi.

Night Fare, Seri, 2014                                                                             
The invitation, Kusama, 2015
Evolution, Hadzihalilovic, 2015

vendredi 17 février 2017

Guerre totale

Toujours pour faire face à la guerre totale de la vie qu'on mène tous trop en ce moment, une deuxième fournée de film de fight, tous français et tous récents en plus (comment j'suis fière). Ça dit aussi pas mal de choses sur l'état de la conscience collective, ceci dit.

Un français est un peu passé inaperçu, je ne sais plus pourquoi mais je me rappelle d'une vague polémique à l'époque: trop frais, trop vrai, trop mauvais? Ça parle d'un truc qu'on aime pas trop discuter en France, à savoir les mouvements néonazis qui sont finalement un truc peut-être violent et impressionnant mais vachement moins que leurs contreparties bien habillées. Un français raconte donc le parcours d'un petit nazillon de banlieue. Marco, pas content, tape un peu sur tout le monde: les noirs, les arabes, les vieux. Entre mouvements extrémistes et simple connard particulier, il donne des coups à gauche à droite et s'ne prend pas mal aussi. On le voit rencontrer l'amour (qui fait peur) et devenir adulte. On le suit ensuite à divers âges de la vie, pris à des moments comme ça, même pas des moments importants, mais qui donnent en filigrane l'itinéraire d'une vie. Et c'es là que c'est plutôt intelligent, parce que cette vie, elle ressemble un peu à n'importe laquelle. Amour, divorce, tromperie, bataille de garde partagée, amis qui pètent un plomb, parents qui quimpent. Pas un truc exceptionnel, ni fantastique; non, la vie d'un français quoi (et, t'as vu le titre ici!). C'est sobre, sans chichi (du coup parfois un peu compliqué à comprendre au niveau enchaînement des faits),un peu boîte noire. On ne sait pas trop ce qui se passe dans la tête du héros et c'est finalement pas si mal. Difficile de comprendre pourquoi ce film est passé entre les gouttes comme ça: il ne dit finalement pas grand-chose sur les skins, ne prend pas vraiment position et ne cherche ni à justifier, ni à expliquer. C'est peut-être pour ça en fait: trop politique, grillé, pas assez, même chose. Pas de bol.

Plus dans la guerre, il y a Les combattants, qui raconte aussi l'histoire de petits nerveux qui jouent à la guerre mais en plus scout. Arnaud rencontre un été Madelein, grand bringue sèche comme un saucisson Justin Bridou et bien déterminée à survivre dans un monde où il faut nager avec des pierres dans son sac (on sait jamais que quelqu'un essaie de te les piquer pendant que tu fais tes longueurs, car dans ce monde, les maçons errent au bord des piscine tels de roumains en quête de fils de cuivre). Comme il est un peu quichon ( et amoureux, le pauvre), il s'embarque avec sa belle pour un stage de préparation militaire qui nous prouve, si besoin en était, que l'armée c'est quand même un truc pour décervelés de base. Mais la cocotte est trop forte pour l'armée (enfin, trop cinglée, même si on peut se dire décemment que toute personne pas adaptée à l'armée est finalement plutôt saine d'esprit, comme dirait  the OA et Foucault): alors quoi? C'est plutôt marrant comme histoire de base ( et inaugure un nouveau genre "survival romance" dans lequel on peut aussi ranger The survivalist du coup), et vraiment réussi dans la réalisation. Haenel est impeccable, dure, froide, complètement chelou et en face d'un petit tendron chou comme un bébé paresseux qu'on a envie de lui faire des bisous. Très belle fin aussi, bien dans l'esprit.

Enfin la guerre, la vraie: Voir du pays. Tranche de vie sur quelques jours passés en débriefing à Chypre par un bataillon qui rentre d'Afghanistan. Parce que parler, il faut bien, histoire de remettre les gens sur pied en deux temps, trois mouvements avant de les rendre à la vie civile – pour un moment. Il y a deux histoires dans l'histoire: celle du retour de la guerre, du décalage et du questionnement; et celle des femmes dans l'armée, de leur place et de ce qu'on en fait. La première est parfois un peu pesante: on en parle, on se décharge, on règle ses comptes, c'est un peu le drame quoi. Alors d'accord que la guerre, c'est caca, mais bon, faut quand même s'en douter un peu non? La deuxième est plus subtile pendant toutle film et plutôt réussie dans l'exposé: sans militantisme, sans hystérie, par petite touches, elle touche plus. Sur la fin par contre, twist un peu décevant – trop basique, attendu, convenu.  C'est peut-être parce que c'est si commun, mais ça perd un peu de sa force.  Il paraît que ce film est trop hype: heu, ouais.

Un français, Diastème, 2015
Les combattants, Cailley, 2014
Voir du pays, Coulin, 2016



mardi 27 décembre 2016

Suburbia

Belgrade, 2012

Xiu Xiu - Falling 

Nous, rejetons des survivants, sommes restés nomades: nous ne savons pas cultiver la terre. Personne n'est de nulle part. Personne ne s'arrête. [...] Parfois, la ruine d'un satellite échoué sur une place nous sert d'abri, grotte transitoire où nous ne peignons rien. Notre temps est celui de la marche. Nous fuyons et avançons vers l'ouest, cherchant l'endroit où le soleil se noie.
Les états et empires du lotissement Grand Siècle, Fanny Taillandier,  2016


mardi 29 novembre 2016

Cow-boy total

En ce moment, ça fouette le cow-boy à tous les étages ( comme je l’avais bien flairé, entraînée que je suis à humer l’odeur du purin qui s’élève dans la plaine). Il y en a au cinéma, en musique et maintenant aussi en politique, c’est dire.

Young ones, ça fait un moment que je l’ai et que je persiste à le confondre avec The Loved ones, sorte de Carrie taré dans l’outback australien – j’en étais même venue à douter de l’existence de ce film. Mais non ! En faisant des recherches sur M. Shannon, le mec qu’a la gueule la plus flippante du monde, je me suis rendue compte qu’il avait bien joué dans ce thriller postapo avec aussi le joli Nicholas Hoult qui bouffait déjà du sable en prévision de Mad Max. Young ones raconte donc l’histoire d’un monde dans lequel il n’y a plus d’eau (ou presque) avec des gens qui vivent dans le désert et qui ont plein d’engins bizarres faits de bric et de broc (genre MM, quoi). Evidemment cet univers est impitoyable et dominé par des contrebandiers/puitiers (genre des mecs qui creusent des puits) avides de pouvoir et d’alcool. Dans tout ça, un petit fermier tente de survivre entre son fils neurasthénique et sa fille hystéro : il deale un peu, manigance vite faite et aimerait bien qu’on irriguât sa terre. C’est sans compter sur le mec de sa gamine, un petit jeunot aux dents longues et sans grande moralité, monté sur une moto du diable qu’il lance à toute allure sur les pistes (un peu comme MM quoi). Bon en gros, c’est un peu comme Mad Max, mais pas tout à fait : il y a une intrigue et même qu’elle est découpée en plusieurs chapitres, qui suivent le parcours des trois héros – le père, le fils, le gendre, chacun barbare et victime à sa façon. Finalement, l’aspect postapocalyptique joue peu – c’est surtout un prétexte pour se la jouer cuir et moustache dans le sable.

Des vrais cow-boys de vrais de vrais, c’est dans Hell or high water (traduit en français Comancheria, merci beaucoup) qui raconte une virée de braquages qui tourne mal. Deux frères cherchent à sauver le ranch familial du fin fond  du Texas bouffé par les dettes et les arriérés : comme l’un d’entre eux sort justement de taule, il se dit – bingo, braquons des banques ! La bonne idée ! Ils y vont donc, en pur mode desperados des plaines (genre pas super préparés, entre deux burgers, avec des chaussettes sur la tête). Evidemment, braquer des banques dans un état où tout le monde  a son flingue à la ceinture, c’est pas top malin. Mais bon. De l’autre côté du Texas, un pépé ranger, à deux semaines de la retraite, embarque avec un collègue mi-mexicos, mi-comanche pour trouver et faire la peau à ces connauds. A partir de là, c’est de la cowboyerie à tous les étages : deux jeunes gars en roue libre, un vieux sur le départ qui égrène ses blagues racistes et sa sagesse redneck de vieux flic avec un indien des plaines pour tout compagnon de voyage : c’est beau. Non, mais c’est vraiment beau, en fait. C’est beaucoup de bagnoles et de larges paysages, de bande-son « bwwoiiing » (Nick Cave à l’écriture quand même) et de questionnement existentiel sur les nouveaux apaches, les rois des plaines d’un espace qu’on se demande parfois s’il disparaîtra un jour (non, en fait).

Finalement, le cow-boy moderne, c’est Snowden, enfin adapté par Stone dans un film pas mal foutu. On y retrace l’histoire de ce pauvre Edouard, obligé de vivre en Russie jusqu’à la fin de ses jours parce qu’il a fait de la merde. En même temps, quand on voit le degré de sécurité des installations, il devait bien se douter qu’on allait pas lui taper dans le dos après. Bref. On voit l’aspect plus évolutif, la construction lente de la décision de tout balancer. Au départ pas super fan des libéraux et des anti-guerre, Doudou change pourtant : c’est grâce à l’amûûr, c’est sûr, mais aussi parce qu’il se rend compte que la lutte antiterrosisssse, c’est pas toujours super mimi. Hé oui, Ed, la vie, c’est pas rigolo ! Mais là où il se fâche tout rouge, c’est quand on lui pique son joli code qu’il avait écrit tout gentiment et qu’on en fait un instrument du diable. Ha oui mais non. Bref, le récit a peu d’importance et le film est assez classique pour un film politique de Stones : peu d’images d’archives cependant, mais toujours des moments très solennels, avec des roulements de tambour militaire en fond (= le héros est en train de vivre un moment décisif pour lui (= son cœur bat, comme le tambour) mais la nation tout entière aussi (=son tambour bat, comme le cœur quoi)). L’histoire et l’Histoire, tout ça. Enfin.

Young ones, Paltrow, 2014
Hell or high water, Mc Kenzie, 2016

Snowden, Stone, 2016

lundi 21 novembre 2016

Ecran total

Ça fait un moment que je n’ai plus pris la plume, pourtant, que de bons films ces derniers temps – autant que de déconvenues, mais ce sera pour un prochain numéro. Ces trois premiers films n’ont pas grand-chose en commun mais quelque part en fait si : ils parlent de domination, de résistance et de fantasme du chevalier sauveur.

Nocturama est à cet égard bien étrange : film sur lequel on a pas mal bavé quand il est sorti : bah oui, il parlait de terrorisme dans un contexte pas franchement folichon mais surtout, il avait l’outrecuidance de parler de terrorisme politique, carrément ancré à gauche et qui pose un peu la question : alors quoi, sont sympas ou pas les terroros, huum ? Je m’en fus donc le voir avec circonspection, peur de me retrouver devant un énième film de gauchiste nostalgique d’Action Directe, mais je savais par dedans moi que Bonello était plus finaud. Et il l’est, de façon assez démentielle. Le film raconte donc un attentat, ou plutôt des attentats, coordonnés, minutieusement préparés et exécutés en plein Paris pour frapper au cœur de la société capitaliste (qui est trop méchante). Sous les cagoules, des petits jeunes plutôt mignons  et le teint frais, un peu banlieue mais avec le bac, bref, des gens comme vous zet moi. Tout est filmé quasi sans un mot, au rythme des rames de métro, des échanges de sac, des micro-actions qui convergent toutes vers un truc qu’on sent global et qui va faire mal. Arrive l’explosion finale et ces petiots se retrouvent tous autour d’un bon verre dans les galeries Lafayette une fois celles-ci fermées. Vous me direz, y’a mieux comme planque, mais bon. Et c’est là que le film devient vraiment intéressant : ces gamins, paumés dans un centre commercial de luxe et enfermés pour la nuit, que font-ils ? Ils parlent de Nietzsche ? Ils débattent sur la lutte des classes ? Ils écrivent des trucs révolutionnaires sur les manteaux du rayon fourrure ? Bah non. Ils essayent des baskets super chères, ils bouffent des gâteaux de chez Fauchon et ils mettent Rihanna à fond. Ça fait un peu chelou du coup : et quoi, la révolution sociale, alors ?  C’est là que c’est assez superbe : on se rend compte qu’à posteriori, on a peu d’info sur leurs raisons, motivations – en fait, quasiment aucune n’est énoncée comme telle. On peut juste supputer, supposer et surtout projeter ce qu’on pense être les raisons de leur colère. Mais est-ce que ce ne sont pas un peu les nôtres dans le fond ? Ça renvoie un peu au fantasme du gentil quadra installé dans sa vie qui s’imagine que les jeunes vont faire la révolution qu’il n’a pas eu les couilles de faire à leur âge  « wouaaa, trop forts les jeunes, trop bien les printemps des peuples, trop cool les indignés » alors que c’est surtout une révolution qui tourne à vide, on dirait qu’on sait pas trop pourquoi on la fait, on y croit mais est-ce qu’on comprend vraiment ou juste besoin d’un truc à faire le samedi soir ?

Autre film attendu longtemps, le récit de l’affaire Arche de Zoé fait par Lafosse dans Les chevaliers blancs. Lafosse n’est pas mauvais quand il s’agit de parler de fait divers et il le fait ici de nouveau avec pas mal de classe. L’histoire, on la rappelle vite fait : c’est cette association partie en Afrique sauver des orphelins et qu’on a chopé sur le tarmac d’un aéroport avec une centaine de gamins dont la plupart n’était absolument pas orphelins, gamins destinés à être adoptés par des familles en France qui avaient « contribué » à l’association à hauteur de 1000-2000 euros. Un truc qui pue un peu, quoi. Ici, c’est raconté de très près, comme d’habitude, sans trop de pathos, à travers le déroulé de l’action humanitaire, ses déboires, ses emmerdes. Il n’y a pas de jugement comme tel mais la charge est plutôt lourde : ça dresse un portrait assez flippant de la gentille âme charitable, de la bonne volonté du bon blanc et de l’eurocentrisme de base qui reste un obstacle assez énorme à une bonne compréhension. Images superbe, bande-son bien foutue – seul bémol, les acteurs, un peu mouais.


Enfin, Elle qui a aussi fait couler beaucoup d’encre de son côté : un film qui parle de viol, d’agression, de domination masculine et de comment on s’en sort ? Un thriller avec des personnages ambigus, étranges et tous plus tarés les uns que les autres ? Un film pour laisser Huppert faire joujou avec tous ses rôles de dominatrix froide et impassible ? Un peu des trois en fait. Pour résumer, c’est l’histoire d’une femme normale qui se fait agresser chez elle – genre violer. Comme elle est méga badass  (et un peu cintrée) elle ne porte pas plainte et déballe toute l’affaire à ses potes sur un air de « bon, tiens au fait, il m’est arrivé un truc, l’autre jour ». Du coup, on s’étonne : mais quoi, et les flics ? Et l’agresseur ? Et la vengeance dans tout ça ? Elle, elle s’en fout. Mais l’agresseur, lui, continue à la suivre, lui parler, l’approcher, la chercher. On n’en dira pas plus, sinon c’est péché, mais c’est effectivement un film excellent, qui tape sur un truc très intéressant à savoir la façon dont les autres pensent que vous devez vivre votre agression, comme si une fois que c’était fait, vous deveniez une sorte de cause publique. Ben en fait non, et chacun a le droit de vivre ses trucs dans son coin, de gérer comme il veut, de prendre le pouvoir où il le trouve. Le personnage d’Huppert est hyper bien foutu, un cliché de femme froide, indépendant et qui a besoin de personne mais qui est en fait bouffée de tous les côtés par une horde de gens (surtout des hommes d’ailleurs) complètement assistés qui non seulement la sucent jusqu’à la moelle mais à qui elle est censée faire croire qu’ils ont raison. Elle, elle se démerde comme elle peut et le film le raconte très bien. Après, espérer qu’il livre une morale ou une conclusion sur la question du viol, c’est prendre le problème à un niveau des fables de la Fontaine : on est d’accord que la vie est quand même un peu plus complexe, non ?

Nocturama, Bonello, 2016
Les chevaliers blancs, Lafosse, 2015
Elle, Verhoeven, 2016

dimanche 20 mars 2016

Offscreen

Snif, c'est fini et une fois de plus, j'ai eu plus d'ambitions que de moyens, du coup, j'ai pas vu grand chose et me voilà toute chafouine. Ceci dit, les quelques trucs vus me laissent rêveuse pour un bon moment encore. 

Alors Crumbs, c'était un film qui avait une sacré gueule - genre post-apo science-fi ethiopien filmé dans des décors de fou furieux avec le mot magique ("Tarkovsky") dans la critique. Miam! Alors ça raconte l'errance d'un bossu qui part à la recherche d'une sorcière puis du Père Noël pendant que sa meuf dort dans un bowling abandonné en vénérant Magic Johnson. Dit comme ça, c'est bizarre, mais en fait c'est assez canon: il y a des plans de dingue dans des grandes plaines vides faites de concrétions minérales toutes bizarres, des villes abandonnées, un monde à moitié en train de couler avec des petits objets rigolos qui traînent - dont une très belle collec' de dinos  posés sur des rails. Il y a effectivement du Tarkovsky dans la lenteur des images qui se dilatent dans l'espace, et puis du Jodo aussi, dans les incongrus d'une existence en petits bouts qui collent aux dents. Il y a aussi un super son en grosses nappes épaisses par moments puis en petits  morceaux de nostalgie jazzy, enfin un truc un peu d'un autre monde. Le vaisseau spatial, par contre, heu, oui bon. Et puis le sous-titrage, bon confondre désert et dessert, c'est pas pour faire ma nazi à oreilles de mickey, mais quand même quoi.

Brain damage, je l'ai regardé avec le cerveau dans un état adéquat - c'est à dire en petite purée sans grumeaux. J'ai du coup pas trop suivi tout ce qui se disait, mais j'ai compris quand même - bon c'est pas non plus du Foucault. Il y est question d'Elmer, sympathique petit parasite qui se cache dans le cou des gens et qui leur file du jus bleu qui fait des trucs bizarres à leur cerveau. Elmer est une sorte de marionnette faite avec une chaussette, genre bricolage de fête des mères, et des pitits yeux en boutons cousus dessus. C'est arty. Il est par contre bien dégueu quand il se met à sucer les gens - il ressemble un peu à la limace en caca de Shivers. Par contre, y cause drôlement bien - et  un peu trop. Bon donc, Elmer se met à la colle avec un petit jeune qui va se mettre à avoir des méchants retours d'acide et courir tout nu dans la nature. Pendant ce temps, sa nana se tire avec un type parasite-free - on la comprend - et les anciens proprios d'Elmer se mettent en tête de le récupérer. Bagarre! Bon, je sais même plus très bien comment ça finit pour être honnête, mais une chose est certaine - ça remet les idées en place.

Et puis j'ai fini en apothéose avec le dernier Wheatley que j'attendais avec circonspection mais quand même trop hystérique dans ma tête. J'avais été déçue par A field in England, un film qui ne commençait jamais et  finissait donc à l'avenant. Et puis j'ai revu Kill list cette semaine et je me suis dit que c'était quand même trop l'homme de ma vie. Du coup je l'ai vu en vrai, alors je suis encore toute chose. Mais bon, le film. Alors c'est un beau bordel de film de fou malade, il faut bien le dire. En gros, ça parle d'un immeuble géant plein de gens tarés qui finissent par faire de l'ultraviolence et des teufs de barbares en se mettant de la farine plein le pif. J'ai pas capté tout de suite la référence mais en voyant l'affiche, on peut quand même se dire que c'est largement un hommage en règle à Orange Mécanique: la musique, la décadence, les décors 70's, les pantalons en velours côtelés bruns à patte d'ef et la lutte des classes qui est jamais loin. Il faudrait d'ailleurs vérifier la citation de la fin, mais ça m'étonnerait pas qu'elle soit de cette chère Thatcher. Il y a une superbe construction d'ambiance ultra bizarre mais en même temps très normale, des visions un peu au ralenti d'hôtesses de l'air qui font des chorés, du cul disséminé un peu partout avec une certain désinvolture, des petites anglaises décadentes qui veulent une fessée et des animaux qui en prennent plein la gueule, d'ailleurs, miam. On comprend pas trop comment tout part en couille - coupure d'électricité et prise d'assaut de la piscine - mais en fait on s'en fout: l'idée, c'est ces grands ensembles totalitaires froids qui font des microcosmes toujours à deux doigts de l'implosion sociale avec pas beaucoup de considération pour l'espèce humaine, la dignité et la bonté générale. Les images, c'est toujours aussi beau, calme, élégant; et la bande-originale est juste mortelle. Bref, Ben, je t'aime de nouveau et pour toujours - et même que je vais reregarder A field in England, si ça tombe, j'avais pas bien vu la première fois.

Crumbs, Llanso, 2015
Brain Damage, Henenlotter, 1988
High Rise, Wheatley, 2015

samedi 7 novembre 2015

Fin(s) de mondes

Toujours l'apocalypse, avec une mauvaise pioche mais deux jolies surprises.

La mauvaise pioche, c'est Um filme falado, officiellement le truc le plus chiant que j'aie vu. Il s'agit, littéralement, d'"un film parlé": du coup, ça jacte, ça jacasse, ça bavasse, ça pérore pendant un peu plus d'une heure et demie sans que RIEN ne se passe. Le tout avec des voix blanches,  un peu désincarnées, se contentant de commenter le monde à la manière de personnages rohmérien sous Xanax (c'est dire!). L'idée était pourtant super sexy, on raconte le voyage d'une mère et sa fille qui vont du Portugal à Bombay en bateau (un de mes rêves humides). Il aurait pu se passer plein de trucs, des histoires familiales, des révélations de secrets, des rencontres inopinées, des vérités au sel marin, mais putain il ne se passe RIEN (au risque de me répéter). La nana se contente de balader sa gamine dans des lieux historiques pour lui apprendre genre l'histoire des civilisations, qu'elle lui débite sur un ton de prof neurasthénique (" Ici ce sont les pyramides", "Voilà Pompéi" "Tiens, allons parler à ce prêtre orthodoxe" rhaaaaaa). La mioche est visiblement elle aussi gavée de calmants pour poneys hyperactifs et pose des questions sans jamais avoir l'air de se faire chier ("C'est quoi une civilisation?" "C'est quoi un pharaon?" "C'est quoi un prêtre orthodoxe?" gnéééééééé), encore une représentation super réaliste d'un chiard de 8 ans, tiens. A un moment, cette visite guidée (une de mes phobies pas secrètes) s'achève enfin, ouf, mais pour se changer en conversation ultra chiante entre trois bonnes femmes et un John Malkovitch dont on se demande quoi, comment et wtf. Ils parlent tous dans des langues, mais se comprennent, comme c'est touchant et trop soutenu par la commission européenne, mais on aurait préféré ne rien comprendre tellement c'est soporifique. Heureusement, tout se termine par une bonne vieille bombe (oups, spoiler pas alerte) qui fait tout péter et donne à cet ennui la fin qu'il mérite. 

La belle endormie est un film où il se passe des trucs, lui. Et plein de trucs. Autour d'une affaire de fin de vie ultra-médiatisée dans l'Italie contemporaine, des vies s'entremêlent, se castagnent gentiment et se perdent pour finir. La belle endormie, c'est une fille dans le coma depuis 17 ans qu'on veut débrancher, présence médiatico-fantomatique qu'on ne voit jamais. Autour de ça s'excitent tout un tas de gens - des cathos, des schizos, des sénateurs patauds, chacun avec son drame, ses excuses et sa trouille de la mort. Il y a une vraie endormie, droguée/suicidaire de son état, qui pose elle aussi la question de l'injonction postmoderne à vivre et à en plus aimer ça. Il y a une autre endormie  qui paralyse une famille entière malgré elle et qui transforme la vie de ceux qui l'entoure en une sorte de mort diffuse. Il y a enfin une morte endormie, par choix, mais dont l'ombre, enroulée dans les non-dits familiaux, porte toujours sur la vie de ceux qui restent. C'est à la fois politique, philosophique, religieux mais c'est surtout ultra humain, tout près, au creux de la peau des protagonistes dont la chair vive est la seule réalité tangible. Bref, c'est beau. Et y a un petit barbu qui fait bien envie (aussi).

Toujours en Italie, Il ritorno di Cagliostro est un faux documentaire hilarant sur une maison de production sicilienne illustre et pourtant oubliée par l'histoire. Ça commence plutôt sérieusement, et pendant 5 bonnes minutes, on y croit: une bobine inédite d'un film trop célèbre a été retrouvée dans une brocante, tiens, faisons un documentaire sur cette histoire-du-cinéma-d'une-époque-oubliée-aujourd'hui - dans la veine du très bon  Cinema Komunisto - mais bon, au lieu d'archives d'époque, on a un film N/B avec une bande de bras cassés qui montent leur affaire avec un évêque du cru qui reçoit ses visiteurs flanqué de sa mamma qui lui tricote des chaussettes à longueurs de journées. Un autre indice qu'est c'est pour déconner, c'est qu'il y a des prêtres en soutanes qui swinguent dans l'antichambre. 

Hum. Le reste est totalement loufoque, entre interventions de personnages "réels" contemporains, comptes-rendus des déboires de ces pauvres frères La Marca et extraits de films super-Z. Le centre et l'apogée de cette histoire, c'est leur dernier film, Le retour de Cagliostro, sorte de Faust wellesien raté jamais fini, avec des acteurs locaux complètement freak, une star américaine alcoolo qui finit dans un asile et un conseiller de production spécialiste de magie noire qui vomit du blanc dans des moments d'inspiration trop intenses.Il y a plein de trouvailles géniales: du foutage de gueule du paradigme Leone (chacun tourne dans sa langue, tout ça) avec des acteurs qui ne pipent rien à l'anglais et qui jactent en sicilien, un mignon clin d’œil au rêve italien du cinéma d'exploitation, pas mal de vannes sur les bons vieux rednecks siciliens bouffés de religion; enfin, c'est très drôle.

Um filme falado, de Oliveira, 2003
Bella addormentata, Bellochio, 2012
Il ritono di Cagliostro, Cipri & Maresco, 2003

samedi 24 octobre 2015

Fin(s) de mondes

Toujours occupée à scruter la fin du monde, j'ai vu trois trucs complètement surprenants. 

Ce vieux rêve qui bouge est un film en forme de faux documentaire sur une usine qu'on démonte. Il s'agit des aciéries du Tarn - pastis, donc - dans lesquelles débarque un petit jeunot, mécanicien nomade venu démonter une machine. Seul dans un hangar vide, il s'active pour récupérer les derniers bouts encore utilisables d'une affaire classée. Au passage, il discute, rencontre, parlote, boit des coups avec les types du coin, une petite troupe décimée de travailleurs plutôt désabusés, pas révoltés, qu'on sent fatigués d'une agonie qui n'en finit pas. Tout ça n'est pas bien joyeux. J'adore les histoires de crépuscules industriels, de démontage de morceaux de tôle rouillée - LA séquence du chantier de démontage de bateaux au  Pakistan de Manufactured Lanscapes - et c'est ici impeccablement travaillé dans des tons rouges/orange, une lumière de fin de journée qui n'en finit pas de finir, un ensemble vaguement rouillé, ocre, terreux. Et puis les conversations entre deux boulons, toujours d'un jeu un peu blanc, déclamatoire, des commentaires parfois un peu désincarnés, las. Il y a aussi une histoire de désir étrange qui s'immisce entre les failles - parfois l'air de sortir de nulle part, en même temps non.

D'ailleurs, le désir est la question de Les derniers jours du monde, un film dont je n'avais jamais entendu parler - alors qu'y joue mon décavé préféré du monde, Mathieu Amalric (<3). Comme dirait Chloé (Karin Viard, pas mal) "c'est fou ce qu'on baise quand ça va mal". Hé oui! Ce film raconte donc les derniers jours du monde, sans grande surprise, dans une France ultra-contemporaine où une sorte de vague catastrophe écologico-politique est en cours - des cendres qui tombent du ciel, des sirènes qui hurlent, de l'eau verdâtre et des types en combinaisons sur la plage - tandis que Robinson (Amalric) cherche à comprendre et à raconter l'enchaînement des événements qui le font se retrouver là, seul, au bord du monde avec un bras en moins. Parce que l'histoire de cette fin, sa fin à lui, c'est une histoire de cul, bon allez, de passion disons, vieille comme le monde - " je veux un truc parce que je sais que je peux pas l'avoir gnagnagna"(paye ton originalité) - pour une fille qui ne fait que passer, qui est toujours ailleurs et qui finit toujours par se tirer. Le récit du passé accompagne une fuite dans le présent au cours de laquelle Robinson récupère une quinqua à la ramasse avec qui se noue un truc bien œdipien, puis finit par retrouver son ex-officielle enfin,  tout ça. Ces deux fuites en avant (celle de la relation amoureuse qui foire à la base et celle de la fin du monde) se nouent dans un récit finalement bien maîtrisé, qu'on n'a pas cherché à trop compliquer, avec toujours cette urgence du désir qui ressemble quand même foutrement à un désir de crever - l'instinct de mort, tout ça. L'aspect apocalyptique est ultra bien fait, sans grandes bravades techniques mais ultra efficace. Et puis Mathieu, aaaaahh Mathieu...  

Dans Rêve de singe aussi on baise beaucoup - mais c'est parce que c'est un film post-Factory qui louche vers du Fellini postmoderne (enfin genre baroco-shoegaze quoi). Dans un NYC de fin du monde - il y a des gens en combi blanches dans la rue quoi -, un type au métier par très clair (Depardieu! Mince alors!) vivote entre une troupe de danseuses-performeuses féministes, un groupe de petits vieux tendance freak/artistes à la retraite et un musée de cire dédiée à la mémoire de l'empire romaine  tenu par un certain Mr Flaxman, sorte de mix improbable entre Jacques Villeret et Néron (??). Il ne se passe pas grand chose: les performeuses l’émasculent un peu symboliquement et se posent des questions, le musée de cire se voit obligé de changer les visages de ses empereurs pour des trucs plus contemporain (Jules César devient ainsi habilement JFK, un compromis historique, donc) et les vieux ont des problèmes de mort, de baise, d'articulations, enfin de vieux quoi. Pourtant, un jour, qu'il promène Luigi, coco italien/peintre (Mastroianni, hihi), notre Gégé trouve sur une plage un singe géant échoué (géant, genre King-Kong size). Mastroianni qui en a marre de passer ses films à trouver des trucs morts échoués sur des plages, se met à chouiner (il chouine d'ailleurs pendant tout le film, littéralement) mais trouve ensuite, dans la pogne du grand, un miiiiiiiignon bébé singe, lui bien vivant et qu'il aimerait bien garder mais il est allergique aux poils, du coup, il rechouine un peu et le refourgue à Gégé. S'ensuit une belle histoire de parentalité chelou, qui finit par une parentalité réelle - mais encore plus chelou et dans un grand embrasement - Rome, tout ça. C'est plutôt bizarre comme truc, mais pas dégueu. Le gros singe donne plutôt bien - ça fait un peu happening à la Banskys.

Not again!
Ce vieux rêve qui bouge, Giraudie, 2001
Les derniers jours du monde, Larrieu,, 2009
Ciao Maschio, Ferreri, 1978