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vendredi 18 décembre 2020

L'incroyable Monsieur bébé.

 En ces temps où l'on attend sous peu un baby-boom affolant des nombreux enfants conçus pendant le premier confinement (lol), petit tour d'horizon des meilleurs films d'horreur pour attendre bébé!

1er trimestre

Le fameux premier trimestre, qui peut être réduit à pas grand-chose si on reste dans l'ignorance (bénie) de sa grossesse pendant un mois ou deux, est la partie la plus étrange de la grossesse: on y est, mais pas vraiment, on ne peut rien dire, on s'endort partout sans raison et on mange pas vraiment plus mais des trucs chelous. Un peu comme l'héroïne de Swallow, qui justement, avale un peu tout et n'importe quoi.

Hunter est une jeune femme à l'air un peu paumée, voire taiseuse comme dirait ma mère. Mariée à un type qu'on pourra à loisir qualifier de connard, elle vit dans une villa ultra chicosse au bord d'un fleuve quelconque, entourée de beaux-parents méga-flippant et du vide intersidéral d'une femme au foyer. Pour se distraire un peu de sa grossesse, elle se met à bouffer des trucs qu'elle trouve: petit bout de métal, épingle à cheveux, bille… pas super tout ça. On finit par s'inquiéter pour la pauvre fille, qui visiblement n'en demande pas tant. A partir de l'histoire d'un manie bien réelle, le pica, qui touche certaine femmes enceintes, on plonge dans très joli film sur la famille névrotique, le couple et les rêves sans imagination d'une gentille fifille. C'est très joli, assez lent, très léché dans la photo qui est parfaite, symétrique et toute en harmonie de métaux glacés et de verre design. En espérant que toutes ces petites lames avalées finissent par percer l'abcès.


2e trimestre

Le deuxième trimestre est celui où on commence à sentir des mouvements, et où on pense très souvent et très fort à Alien. Je ne reviens pas sur la trilogie, mais j'ai eu la chance de voir The Covenant qui est à la hauteur de la daube que fut Prometheux: une merde gigantesque, avec un scénario improbable dont la débilité n'a d'égale que la laideur des alien, devenus des petites choses à papattes vicelardes sans âme. On préférera revoir l'original et pourquoi pas, visiter le musée Giger dans la charmante ville de Gruyère.


3e trimestre

Ca fait un bout de temps que j'ai vu A l'intérieur, mais je me rappelle assez précisément d'un plan qui m'avait marquée – il s'agit d'un gros plan de Nicaolas Duvauchelle qui se prend une flash-ball entre les deux yeux, le regard qui devient noir aussitôt. Bref. Dans cette sympathique comédie des familles, XX, enceinte jusqu'aux yeux, est seule à la maison et se la coule douce en attendant bébé gnangnangnan. Quand tout à coup sonne à sa porte XX une bien sympathique psychopathe qui veut lui piquer son charlot. Pas sympa ça (quoique…) L'horreur s'ensuit ( je me rappelle plus des détails, mais c'est assez graphique).


0 à 3 mois

J'ai attendu un peu avant d'oser regarder Servant - si vous êtes encore dans la phase où vous vous réveillez en panique la nuit parce que votre progéniture dort depuis plus de trois heures, attendez encore un peu. Mini série pondue par ce cher Night M Shymalamalan, ça raconte l'histoire pas du tout glauque d'un couple en deuil de son nouveau-né et dont la poupée 'reborn' - un poupon ultra réaliste destiné à aider le deuil à se faire, je ne sais pas dans quel univers de délire freudien quelqu'un pense que ça peut être une bonne idée, mais bon - se met à vivre à l'arrivée de la nouvelle nounou. Histoire délirante de déni complet, de couple enthousiasmant d'hystérie et de magie noire un peu religieuse sur les bords, c'est extrêmement réussi! Une mère complètement cinglée, jouée et dirigée superbement, une nounou flippante de mutisme, un père à peine en meilleur état et le tout dans une ambiance de demi-mots, traduits par des plans jamais complets, très cut, un montage assez chirurgical. On retrouve joliment cette thématique de précision médicale un peu légiste via l'activité de monsieur Papa, cuistot expérimental qui passe une partie des épisodes à trancher du lard, démotter des entrecôtes ou assommer des anguilles; le tout pendant que Maman (et tous les autres adultes qui passent par là) sirotent du jaja de luxe à tout heure du jour et de la nuit. En voilà une belle famille! Les épisodes déroulent une folie collective qui gagne un peu tout le monde, tout en donnant à voir les circonstances de la mort de l'enfant - parents sensibles s'abstenir. Vu le cliffhanger, il y aura une deuxième saison. Ou pas, ce qui serait bien énervant mais sans doute encore plus génial d'un point de vue narratif.


3 mois et plus

Après trois mois, c'est connu, votre michot est tiré d'affaire: il dort, boit, joue aux cartes et vous ne verrez pas le temps filer qu'il sera déjà en train de passer son permis. C'est ce qui arrive à deux couples, dans deux films sortis quasi en même temps mais pas du même calibre.

The room raconte l'histoire un peu neuneu d'un couple qui achète une maison dans laquelle une pièce permet d'exaucer tous les souhaits. Tarkosvky nous voici! Mais en fait non. A part pour le côté mou du genou, on en est loin. Bidule et Machin (j'ai sincèrement oublié leur nom et tellement peu d'affection pour ce film qu'il m'est déplaisant de vérifier sur wikipédia) vont donc formuler plein de voeux concons - du fric, de la  booze, des vêtements de créateur et des tableaux de van Gogh. Convenu. Puis évidemment, quelqu'un va vouloir un enfant - ben tiens. Débarque un poupon bien mignon qu'on voit grandir à vitesse prime, pour la bonne et simple raison qu'il vieillit à la seconde dès qu'on le sort de la maison. Zut alors! S'ensuit.... bah pas grand chose justement. Le gamin grandit. Ses parents vieillissent. Tout le monde aimerait bien déménager, mais ce n'est pas possible. Un bon film de confinement donc!

Vivarium raconte aussi une histoire de bébé tombé du ciel. Gemma et Tom, jeune couple mignon comme tout qui cherchent une maison (encore une) suivent un vendeur chelou qui tient à leur montrer un nouveau lotissement de pavillon de banlieue bien dégueu. Ils y vont un peu pour rire et visitent en ricanant sous cape une maison Thomas et Piron dans un ensemble vert immonde du plus mauvais goût. Au moment de reprendre la voiture, bah ça alors: comment qu'on sort d'ici? Tergiversations après tentatives de fuite n'y font rien et le charmant couple trouve un jour un minot dans une caisse hello fresh devant leur porte. Un post-it collé sur le front: démerdez-vous. J'en raconte déjà un peu trop, mais le reste est absolument génial. Photographiquement superbe, génialement écrit et joué, avec une fin du plus glauque effet: c'est vraiment un film dément. Soyons honnête: c'est un film qui nous a un peu traumatisés, et c'est surtout pour ça qu'on l'a aimé. Avec très peu de moyens et une histoire somme toute banale, sans effet de narration ou de twist de fou, on est scotchés et bien malaisés après l'avoir vu. A éviter si le premier confinement vous a laissé un petit goût de claustrophobie.


Swallow, 2019, Mirabella-Davis

Alien, 1979, Scott

Covenant, 2017, Scott

A l'intérieur, 2007, Bustillo

Servant, 2020, Shyamalan

The room, 2019, Volckman

Vivarium, 2020, Finnegan

vendredi 22 juin 2018

Sad And Bitching About Me.

Dieu décapitateur.

J'ai beaucoup fomenté sur une façon de nuire à la Sabam, après la triste démonstration de connerie d'hier au Café central. Finalement, je pense que c'est la créativité qui les fait le plus chier et qui a l'air de leur rester méchamment en travers de la gorge. 

Alors, à votre bon coeur:

Société Anonyme de Braqueur Artistiques Maudits. 
Système Autocratique Béat d'Assistés Maniaques. 
Saloperie Autonome de Braquemards Antisociaux Manipulateurs. 
Saison Autoproclamée des Barbelés Anachroniques Maussades. 
Salon Autogéré des Bureaucrates Assistés Mythomanes. 
Secte Anatomique du Barracuda Antithétique Malade.
Salade d'Avocats BIzarres Analytiques Mais (pas que). 
Sournoise Association Belge d'Apathiques Minables. 
Splendide Antinomie Batave Acronymique et Métaphysique.
 Sérieux Androïdes Bourgeois Angulaires et Médiocres. 
Suspicion Automatisée Barbare d'Anémones Mélancoliques.
Salopards Atrophiés Bons à Accaparer les Mérites.
Supoprters Actifs des Bonniches Antipathiques de Merde.
Soulards ArchaÏques de Base à Morigéner.
Saccage Actif de Beaux artistes Mignons.
Secrets Admirateurs du Berlusconisme Ambiant Moderne.
Sanguinaires Asssassins  de Bonne Ambiance Matinale. 

Si on s'y met tous, on aura bientôt une chanson. Et on pourra la déposer. A la Société Atrophiée des Baiseurs Amateurs et Maffieux.

samedi 16 septembre 2017

Also sprach Gudetama.

The answer is in the yoke. As usual.

Who are we ?



Where are we going ?



Are we alone in the universe ?



What is love ? (Baby don't hurt me)



What's  the point ?



How does it end?

vendredi 31 mars 2017

Bon, c'est quand qu'on crève ici?

Le vide à l’intérieur d’une existence autotélique. Dans les yeux des gens, une question un regard qui plaide «  et l’amour ? » Il n’y a pas d’amour, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des histoires, des récits qu’on se raconte, des denrées analysables, des complexes décorticables et des envies remplaçables. On peut tout expliquer, tout intriquer, tout détricoter, tout déterritorialiser. Vouloir encore rêver, se prendre les pieds dans des textes tragiques, se manger la tête avec des idées romantiques et que le ciel est gris quand tu es partie et que la mer est agitée quand tu m’énerves avec tes grandes idées et que je souffre en accord avec le crachin bruxellois gris, bas, une ligne d’horizon unique entre la mer et les nuages…. Mais quelle idée débile. Il n’y a pas d’amour d’abord, il n’y a que du désir, une envie de chair, un corps qui palpite au bout des doigts ; l’interdit peut-être, l’inconnu, sans doute ; il n’y a que des échanges ratés, des messages qui se perdent, des espérances gâchées et des gens qui s’emmerdent (au final). Tous les jours j’en vois, des perdus, des désespérés, des qui –croient encore et qui viennent ici comme on vient à Lourdes, demander, quémander, exiger d’avoir eux aussi leur dose, le droit, leur dû d’amour : mais quoi ! Il n’y a pas d’amour bande de débiles finis à la pisse, on vous vend une idée depuis un  peu plus de deux millénaires pour vous donner l’impression d’exister, mais au final, quand on pèle un peu l’orange, quand on finit par ouvrir l’huître, quand on enlève cette peau de banane qu’est l’amûûûr, on voit quoi ? Un chouia de sexe, souvent même pas génial, un gramme de complexe œdipien mal réglé, un soupçon d’amitié, de complicité – allez, on va dire d’intérêts en commun comme le macramé ou le double gode – , pas mal de peur de perdre, d’être perdu, d’abandonner ou d’être abandonné, et surtout, surtout, une immense, gigantesque, insondable peur du vide, de la mort, d’être seul, de finir bouffé par ses labradors. Voilà, l’amour, chers commensaux. Parce qu’à force de le voir, de l’analyser, de le triturer, de le retourner, j’en perd le nord, les mots et les idées. Plus rien non, seulement une suite de données, de faits, de théories qui s’emboîtent avec une cohérence et une facilité tellement déconcertantes qu’on en vient à se demander ce qu’on a réellement vécu. Il n’y a pas d’amour, ça non. En même temps, j’en vends, j’en propose, j’en deale à moindre de prix pour des drogués du rêves, des fans de rom’com prêts à n’importe quoi pour continuer à avancer les yeux dans le rose. Je fais semblant de régler des problèmes qui n’existent pas, pour des gens qui ne trouvent pas ce qu’ils n’ont de toute façon jamais eu ni voulu. Et moi, j’attends. J’attends peut-être de retrouver cet état béat d’avant ma chute, d’avant ma pomme à moi, malédiction d’un savoir incontrôlable et qui bouffe tout. Je rêvasse en regardant ces imbéciles se rouler dans leur bonheur factice sans savoir qu’ils ne sont qu’une suite de clichés médicaux. Je rêve moi aussi d’un jour retourner à cette bêtise infinitésimale qui nous fait croire que tout reste à venir ; j’attends le gros coup de massue qui m’enlèvera définitivement une partie de mes capacités intellectuelles pour que je puisse à nouveau en être : des gens amoureux, malheureux en amour, suicidés du romantisme, souffreteux du sentiment. Les cœurs dans les messages et les mots doux sous l’oreiller, les disputes mesquines et les jalousies ridicules : putain, qu’est-ce que ça me manque.

mardi 3 janvier 2017

Ecran total

Toujours dans la joie et la bonne humeur pour ce début d’année, on a regardé des films qui vont nous aider à commencer l’année de façon positive en répondant à des questions cruciales : comment survivre à un crash d’avion ? Votre fille est-elle possédée par un esprit coincé dans une voiture en flammes ? Comment réussir son bac en Roumanie et à qui s’adresser pour avoir un foie ? Ça ressemble un peu à une Une du Soir, mais bon.

Fearless répond à notre première question : on y entre en découvrant un homme plutôt banal, dans la force de l’âge mais évoluant dans un champ de maïs un peu cramé, un peu avec des débris de trucs partout et un silence assourdissant de gens qui hurlent. On est en plein crash d’avion et Max ( Jeff Bridge, assez lumineux) est encore debout. Il rend négligemment un bébé braillant à une mère en pleine hystérie, saute dans un taxi et se pose à l’hôtel. Pas un mot, pas un geste : Max est vivant et part en road-trip en mode chien content (il passe sa tête par la fenêtre en tirant la langue) et en oublie même de prévenir sa femme restée à la maison. Merci Max. Tout ça pour aller faire une petite visite à une ancienne flamme ( ou pas ?) à qui il montre que son crash l’a rendu plus fort : il peut même manger des fraises didon ! S’ensuit un récit assez bien foutu du rétablissement de Max : comment revivre, comment dormir, comment parler aux autres, comment retrouver un équilibre, se pardonner les erreurs, et mettre ses chaussettes à l’endroit. A travers une amitié bizarre avec une autre survivante, une crise familiale et des flashbacks de crash (à regarder si vous avez les chocottes de l’avion), Max finit par retrouver sa voie (et redevient allergique aux fraises, c’est malin). C’est très étrange, avec une certaine lenteur et un côté très énigmatique : on est rarement dans la tête de Max tout en y étant toujours un peu, sans vraiment comprendre la pourquoi du comment mais en assistant à son parcours de l’extérieur. On comprend sans comprendre quelque part et c’est très joli.

Audrey Rose nous fournit une série de conseils sur un autre sujet épineux : votre enfant est-il possédé par l’esprit d’un autre enfant mort grillé dans une voiture ? Si oui, appelez Anthony Hopkins, l’homme qui murmure/hurle de façon démoniaque à l’oreille des enfants possédés. Tout commence comme ceci : un jeune couple méga successful avec appart vue sur Central Park et peintures au plafond, se fait suivre par un type un peu chelou au regard vide et à la fausse barbe. Ce n’est autre que Eliott Hoover (Hopkins), père esseulé d’une petite Audrey Rose, morte dans un crash 10 ans plus tôt. Laquelle Audrey Rose est d’après lui, réincarnée en Ivy, fille de ce couple, ce qui explique pourquoi elle fait des cauchemars et se brûle les mimines sur les vitres. D’abord incrédules, ses parents finissent par se poser des questions, puisque seul Hoover est capable de calmer la petiote quand elle fait ses crises et qu’elle se met à tout bazarder dans l’appart. Ça pourrait n’être qu’un film de possession mais la dernière partie lui donne une tournure plutôt originale puisqu’on en arrive à un procès : un père peut-il avoir un droit de visite sur une fille dont il pense qu’elle est une réincarnation de sa propre gamine ? Mais ouiiii.  Sans grande prétention, il faut avouer que le tout est plutôt bien foutu, avec une petite fille assez flippante et convaincante et un très chouette travail sur l’architecture : fenêtre, plafond baroque, gargouilles gothiques : on joue beaucoup avec l’espace et ses confinements.


Notre dernier film, Bacalaureat est pour le coup un véritable guide de survie en Roumanie : comment passer son bac ? Comment trouver un foie ? Où trouver un bon orthophoniste ? Comment écraser un chien proprement ? Tout cela et moult choses encore y sont expliquées sous la forme d’une histoire banale qui voit se tisser un réseau complexe d’échange de faveurs bien balkanique (ta mère). Eliza, fille de Romeo, passe son bac. C’est important, parce qu’elle part en septembre dans une université à Londres. L’enjeu est assez massif : ses parents ne veulent pas qu’elle croupisse dans la campagne roumaine et l’exil est une chose décidée. Malheureusement, pour passer son bac à l’aise, il faudrait éviter de se faire quasi violer devant l’école, ce qui arrive à la pauvrette (en même temps, elle pourrait faire attention, hein). Du coup, c’est un peu difficile de se concentrer et Roméo, médecin incorruptible jusque-là, se retrouve petit à petit pris dans un imbroglio de services rendus contre services prêtés qui lui échappe un peu. Tout en devant expliquer à sa fille que contrairement à ce qu’il lui a toujours appris, parfois, il faut un peu tricher. C’est très bien fait, pas chiant du tout et très fin sur toute une culture assez ancrée (ici aussi d’ailleurs) de petites magouilles sans grande importance mais qui s’entremêlent pour parfois changer complètement le cours d’une existence. Ça parle aussi avec beaucoup de délicatesse de parentalité et de projection, d’un certain désespoir issu du déclassement social, de l’abandon de valeurs chéries quand il s’agit de défendre les siens. Et puis il y a des chiens, un peu partout, qui trottinent. 

Fearless, Weir, 1993
Audrey Rose, Wise, 1977
Bacalaureat, Mungiu, 2016

dimanche 17 juillet 2016

Boyz n' da wood

Il y a pas longtemps, je suis tombée sur cet article, pas mal branlé (huhuhu) il faut l'avouer, et qui résume assez bien l'état d'ignorance par rapport à leur sexe où se trouvent beaucoup de jeunes femmes. Je suis à la base plutôt anti-sexiste que féministe: je trouve ça fondamentalement assez con de penser que l'appareil génital de quelqu'un détermine sa manière d'être et je me suis du coup posée la question: quid des conneries qu'on raconte aux garçons? Parce qu'il y en un tas, et pas beaucoup de gens pour s'en offusquer. Loin de moi l'idée de faire une étude sociologique poussée, un article scientifique ou de prétendre à quoi que ce soit d'autre qu'une simple idée, comme ça, du nombre de mensonges dont on gave les hommes quant à leur sexe - très souvent entendus de la bouche de femmes qui, comme on le sait souvent, sont les premières ennemies du féminisme dans le fond.

1: Etre un homme, c'est niquer des meufs (beaucoup, des bonnes, bien, souvent et sans les mains).
Alors qu'une femme d'une trentaine d'années qui n'a eu que quelques partenaires, c'est plutôt normal, l'inverse n'est pas vrai pour un homme: il a peu d'expérience, il est bizarre ("fais gaffe, c'est soit un puceau soit un psychopathe"). Un type qui fait ceinture pendant un, deux trois, ans: mais noooon?! Et ce type de réaction n'est pas qu'un truc de macho entre eux, c'est aussi quelque chose qui est renvoyé par les femmes elles-mêmes dans certaines situations: on considère normal qu'un mec ait plus baisé qu'une femme ce qui rend bizarre, chelou et puceau tous ceux qui ont eut autre chose à faire de leurs années collège (genre étudier).

2: Toute façon, un mec ça a toujours envie.
C'est bien connu, un mec pense au sexe toutes les 2 secondes, il a le cerveau entre les jambes, il pense avec sa bite; en gros, ils sont pas comme nous. Comme bien pointé dans l'article cité, ce truc ne représente pas qu'une oppression pour les femmes, mais pour les hommes également. Et alors que ça fait quelques années déjà qu'on commence (certes, pas partout et pas dans tous les milieux) à accepter le désir des femmes et que celuci s'exprime, c'est le silence absolu sur l'éventuel non-désir des hommes. Bah oui, et si il a pas envie? Bah rien. De même qu'une femme a le droit d'avoir beaucoup envie sans être une nympho, un homme a le droit de n'avoir pas plus envie que ça sans pour autant être bizarre, moins viril, moins mec. L'absence de désir de la part d'un mec plonge parfois les femmes dans des abîmes de perplexité: pourquoi? Et pourquoi pas, en fait? 

3: Mais c'est parce que les mecs, c'est plus simple.
Parce que nous, femmes, avons une sexualité mystérieuse, complexe,avec des orgasmes à plusieurs étages, des points G, des fantasmes, des trucs cérébraux; enfin, une pléthore de façon de faire du sexe, d'en parler, d'y penser et une littérature sur le sujet qui ressemble parfois à une diarrhée de Bukoswki au réveil (mou et odorant mais poétique pour ceux se demandent). Les hommes, par contre, c'est fastoche: bander, rentrer, juter et c'est réglé! Pas besoin de sentiments, c'est connu, pas un gramme de subtilité (bander=désirer, pénétrer=baiser, éjaculer=jouir), pas de complication; quand monsieur a son compte il s'endort et on n'en parle plus. Parce que les hommes, c'est un peu des animaux, c'est certain. Ils n'ont donc pas le droit d'avoir eux aussi des façons diversifiées d'aimer, de jouir et de désirer, non, ça c'est "un truc de fille", on se pose peu la question de l'orgasme masculin et on ne s'intéresse à la sexualité masculine que lorsque celle-ci tombe "en panne" (comme une petite machine qu'on répare à coup de pilules avalées honteusement). En dehors du fait que ça cantonne l'homme dans une position de brute épaisse et de chien lubrique peu enviable, ça oblitère l'idée d'un territoire sexuel aussi immense que celui d'une femme et d'une sexualité qui va largement plus loin qu'une sexualité génitale.

4: Quand c'est non, c'est non
Celle-là, je l'aime bien et elle va être un peu casse-gueule. Alors oui, il faut bien rappeler au genre masculin qu'une femme qui dit non dit non et pas autre chose. Mais si on pouvait par la même occasion arrêter ce petit sexisme ordinaire qui consiste à faire croire que les femmes ne disent pas ce qu'elles pensent et disent toujours le contraire parce qu'elles ont plein de sentiments à l'intérieur et de trucs bizarres et complexes et qu'elles sont toute pleines de sensibilité et d'émotion et que tout ça, ben c'est compliqué. Alors que les hommes, quand ils disent non, c'est non, oui, c'est oui, gné, c'est gné. D'ailleurs ces trois mots composent à eux seuls la totalité de leur vocabulaire. Les hommes ne savent pas parler de leurs sentiments, ils sont incapables de sensibilité, de poésie et dans la lignée du point précédent, sont finalement des genres de bœufs aussi subtils d'un tweet de Bart de Wever (encore un mec, tiens). Pour répondre à cette idée au-delà de la connerie, je n'aurai qu'un mot: Proust (et le premier qui ose me dire que "c'est parce qu'il est pédé en fait", je lui mets une mandale littéraire dans la face). 

5: Un pervers, c'est masculin.
Probablement ce qui m'énerve le plus, c'est l'impunité totale dont bénéficient les femmes sur ce terrain. On peut avancer que les statistiques montrent que dans une écrasante majorité des cas, les actes d'attouchement sont le fait d'hommes mais je pense qu'il y a quelque chose qui se situe en deçà de ces statistiques. Les femmes sont aussi perverses que les hommes dans leur gestion de la sexualité infantile et parfois plus parce que jamais inquiétées. Non, c'est de l'amour maternel: donner le sein jusqu'à 4 ans, dormir dans le lit matrimonial avec un chiard de 10 ans, présenter son fils en disant l"homme de ma vie", non, c'est pas de l'amour, c'est bizarre et à la limite de l'inceste, en tout cas symboliquement. Et qu'on le veuille ou non, ces comportements ont un impact réel et profond sur la sexualité adulte. Qu'on essaye d'imaginer la situation inverse (avec un père), et on voit tout de suite où se situe l'inégalité flagrante. 

6: Plus c'est gros, mieux c'est
Celle-la je l'aime: non, c'est pas un truc de mecs qui font entre eux le concours de celui qu'a la plus grosse, c'est AUSSI un truc que les femmes entérinent et dans lequel elles jouent. On ne parle pas forcément de phallus réel mais aussi de trucs symboliques: mon mec a une plus grosse bagnole, un plus grand appart, un plus gros compte en banque, il m'achète des plus gros bijoux et des pompes de plus grosses grognasses que les tiennes d'abord. Et pour revenir à l'engin à proprement parler, il suffit de se rappeler des minauderies de cette décérébrée de Bradshaw et de ses crétines de copines finies à la pisse dès qu'elles parlent gros zizi pour se rendre compte que ça ne vient pas que des mecs. Mise à part récemment dans Broad City, je n'ai JAMAIS vu une évocation ouverte, décomplexée et décomplexante de cette histoire de taille. Ben non, contrairement à la politique de la gauche française, plus c'est gros, plus ça passe pas en fait. 

Bon, y a encore un paquet de trucs qui ne concernent pas directement le sexe mais qui sont tout aussi drôles: les femmes sont plus propres (haha), plus soigneuses (houhou), moins bruyantes (heuuu) et façon générale, plus polie et gentille (aheum). On est bien d'accord que c'est une question d'éducation mais c'est qui qui fait cette éducation, huuum? Comme on le couine à tout bout de champs, 80% du temps, ce sont les femmes qui éduquent les enfants à la maison et comme on s'en aperçoit assez facilement, le corps enseignant, en tout cas jusqu'au moins au secondaire inférieur est massivement féminin. Sans en tirer des conclusions hâtives, on peut quand même se poser des questions.

mercredi 23 mars 2016

Les tripes à l'air

J'ai pas l'habitude de commenter autre chose que des films avec des types qui aiment trop les tronçonneuses, mais là j'arrive pas à m'enlever un truc de la gueule et ce, depuis un moment: c'est comment qu'on en arrive là, au juste?

Comment on se lève un matin et on se dit qu'on va juste aller buter des gens qui ont rien demandé, des papas qui vont au boulot, des gosses en retard pour leurs cours, des vieux qui veulent être les premiers à la poste? C'est qui, c'est quoi, qui peut rendre suffisamment fous les gens pour leur faire croire que c'est une bonne idée? 

Parce qu'on peut dire que c'est des barbares, des animaux, des pas-humains qui ont fait ça, mais ce qui est effarant, terrifiant, ce qui glace le sang, c'est que ces types-là y sont nés comme vous et moi, avec deux petites jambes, deux petits bras, ils ont appris à écrire en tirant la langue sur le côté, ils se sont battus à la récré, ils ont fumé des clopes dans les chiottes, ils ont dragué des petites meufs rue Neuve et ils les ont emmenées manger des sunday au McDo. Ces types, ils sont nés ici, là, à 15 km de chez moi, on a été aux mêmes écoles, aux mêmes soirées, on s'est peut-être bien croisés à l'occasion.

Alors c'est quoi qui fait qu'ils se réveillent un matin avec rien, pas de vie, pas d'amour, pas d'envie, rien q'un putain d'horizon barbouillé de merde et même pas un bout de PQ pour se nettoyer un petit coin bleu, rien qui existe au-delà du néant, du désespoir pur, rien à part l'envie de se mettre une ceinture d'explosifs autour du bide et d'appuyer sur un bouton. Putain, mais mon bide j'y pense que pour savoir quand j'arrête la spéciale et que je commence à mettre un môme dedans, y'a pas moyen qu'on me fasse avaler que c'est une bonne idée de lui mettre du TNT autour. 

Parce qu'on peut dire salafisme, radicalisme, islamisme, mais les fanatiques ils se sont contentés de cueillir un désespoir absolu, un manque de sens total, qui pousse, là, ici, bien enraciné, bien nourri des mécanismes de notre société à moitié dingue. Putain, la société, c'est nous, les quidams en short, les connards en 4x4, les pouffes à faux ongles, c'est nous les étudiants, les parents, les profs, c'est nous et on a rien su, rien pu, rien vu mais il va aussi falloir arrêter, parce que c'est notre monde, à nous, celui pour lequel on lève les rideaux tous les matins, c'est à nous aussi, ça, cette histoire de fous qui produit des bombes faites de petits bouts de haine coincés entre les dents. Alors il va falloir se faire ds bisous, c'est certain, mais il va aussi falloir commencer à trouver un truc, parce que ça suffit, quand même, d'avoir envie de crever comme ça.

samedi 13 février 2016

do { it (a,b);} while (!= death): amour et ordinateurs

Ça y est, vous y êtes, vous avez chopé le Graal de la femme moderne: un informaticien, un geek, un petit lunetteux chafouin trop chou que vous ramenez chez vous tel un trophée cybernétique. Prudence cependant: même si ça vous semble bizarre, ces êtres fragiles et sensibles ne sont pas tous les mêmes quand il s'agit de passer aux choses sérieuses et vous devez avoir en tête un certain nombre de choses avant de jeter votre culotte en l'air. 

De votre point de vue, l'informatique c'est un truc vaguement compliqué, écrit avec du code et qui fait marcher Facebook. Pour lui, c'est autre chose. La machine a longtemps été son confident vespéral et le langage grâce auquel il communique avec elle est donc capital dans la façon dont il se comportera dans les moments les plus intimes. On peut me dire que c'est un gros cliché, mais il suffit de passer une demi-heure à une conférence du Fosdem pour sentir le degré de puceauitude de l'assemblée. 

Plaie d'amour n'est point mortelle, ceci dit, et chaque développeur a ses avantages selon son langage de prédilection. Petite récap' pour vous y retrouver.

Il programme en C++
Accrochez-vous. Le C++ est un langage capable de puissance calculatoire complètement dingue, mais est super chiant au niveau du détail - voire un peu facho. Attendez-vous à devoir déclarer toutes vos options en début de séance (pilule/capote, sodomie/non, sado/maso etc) sinon, il ne compilera pas au niveau local par manque de scope. Une fois ces précautions prises - un peu fatiguant, car les prologues durent une plombe -, vous pouvez vous attendre à une explosion de puissance sexuelle. Prudence, cependant: plutôt radin au niveau allocation de la mémoire, il aura probablement réécrit très vite sur vos variables et ne vous rappellera sans doute pas.

Il se touche en PHP
Amant probablement très cool, robuste et ouvert. Le PHP est en effet un langage qui sert un peu à tout, permet de gérer des trucs dynamiques et prend les datatypes comme ils  viennent - pas besoin de préciser si vous êtes plus bises ou baffes, il l'interprétera sur le moment - souvent correctement d'ailleurs. Il a l'habitude de gérer des morceaux de programme en langages relativement divers et sera donc probablement ouvert à des expériences insolites - c'est un peu le cousin échangiste du tas.

Il développe en Java
Ha, en voilà un type bien! Solide, simple, direct, le java s'adapte un peu à tout et est plutôt tout terrain. Il ne fait pourtant pas forcément rêver et n'est pas un fan d'exotisme sexuel à tout va. Attendez-vous à quelques positions classiques, avec éventuellement un petit twist (vu les nombreuses extensions et langages associés, JSON, JS etc.): une amazone avec la jambe sur le côté, un missionnaire sans les mains. Rien de bien folichon, mais un système de mémoire qui le fera vous rappeler plus facilement.

Il fait du Perl.
Warning. Vous êtes tombée sur un tordu  - il est peut-être bien pervers narcissique. Ce langage est - censément - ultra puissant mais abominablement abscons, pas du tout intuitif et injustement compliqué. C'est probablement un poète raté devenu informaticien  par dépit et il vous le fera sentir. Si vous aimez la prise de tête, allez-y et préparez-vous à passer de longues heures de préparation tantrique, d'exercices respiratoires et de positions tordues dont personne n'a jamais entendu parler - le sauna suédois, la cravate arménienne. Ce sera peut-être l'extase absolue, cela dit. 

Il claviote en Python
Ne vous laissez pas tromper par le nom sans aucun rapport métaphorique à son engin. Un peu comme pour Java, mais en plus cool - il est open source - et avec un côté un peu hacker libre qui pourrait donner lieu à une partie de jambes en l'air un peu moins sage que son confrère. Attention par contre: il est un peu chiant sur les positions: un peu trop à gauche , un chouia trop à droite et paf, vous sortez du bloc d'une instruction - porte ouverte à un certain nombre de malentendus.

Il utilise Logo 
Trop mignon, c'est un père de famille - sauf s'il a l'air suspicieusement jeune, auquel cas, tirez-vous, c'est un mineur. Il programme des Legos avec ses enfants ou fait des expériences robotiques avec des tortues, il sera donc doux, pédagogue et vous guidera pas à pas dans l'exécution de votre étreinte. Il a par contre un énorme inconvénient qui s'appelle un enfant. Sauf s'il est prof et engagé dans le développement du constructivisme et de l'alphabétisation numérique - dans ce cas, épousez-le.

Il travaille en Basic (variante: cobol)
Rallumez la lumière et observez-le de plus près: cette calvitie naissante, ces rides au coin des yeux... Hé oui, Robert n'a pas 40 ans, il en a 60 et son vit est flasque comme un disque mou. Agitez-vous encore un peu pour faire bonne figure et laissez-le s'éteindre doucement puis fichez le camps en schmet. Vu la taille de sa mémoire vive, il vous aura oubliée au réveil et vous pourrez frimer devant vos copines - vous avez fait du sexe totalement vintage.

Que faire si: il est webdesigner, graphiste, business analyst. Cet homme vous ment, il n'est pas informaticien. Si il est community manager, fuyez. Il s'agit en fait d'un sociologue raté qui passe ses journées à traduire des articles du Démotivateur pour le compte facebook d'un site de vente par correspondance de culottes amincissantes. Pendant que vous avez le dos tourné, il poste des insta de vos fesses.

La semaine prochaine, nous répondrons à la questions suivante: NoSQL et sexfriends: vers la fin du relationnel en format binaire?

vendredi 5 février 2016

Smart is sexy: draguer avec les philosophes.

Un des trucs qu'on découvre en prenant de l'âge, c'est qu'il est moins évident de choper avec le temps: si à 20 ans on se saute dessus les uns les autres en laissant nos hormones faire le travail, après 30 ans, la drague devient une activité, un truc travaillé, voire compliqué pour certains. Il n'est plus suffisant de s'enfiler trois shots et de mettre sa langue dans le premier gosier venu, non, une part pas insignifiante du processus de séduction est à présent dévolue à la conversation.

Ouille.

Mais si vous faites partie des bienheureux qui ont passé une partie de leur belle jeunesse enfermés dans une chambre de bonne serbe à essayer de comprendre l'analyse lacanienne de la topologie bourbakienne, votre temps est venu. Vous avez probablement laissé passer un nombre affolant de parties de jambes en l'air, mais vous vous êtes aussi évité pas mal de coups pouilleux. Et vous vous retrouvez aujourd'hui plein d'une connaissance totalement, inutile (une thèse à moitié écrite, un article dans une revue yougoslave surréaliste, une exposition conceptuelle à Skopje), absolument invalorisable sur le plan professionnel et finalement peu utilisable en ce qui concerne les problèmes de la vie - difficile de réparer une ampoule avec La philosophie des formes symboliques. Par contre, vous êtes carrément sur les starting-blocks en ce qui concerne la drague, puisque vous êtes capable de parler d'un tas de trucs intelligents avec un naturel qui désarmerait le plus fervent fan du Standard. 

Cependant, attention! Si on peut parler de n'importe quoi à n'importe qui (et vice-versa), il y a une certaine gradation à respecter en ce qui concerne les philosophes: vous êtes tentée, face à ce bel inconnu que vous venez de rencontrer, de vous lancer dans une critique en règle du Tractatus - malheureuse! Surtout pas! À chaque étape son penseur.

Stade 1: le philosophe light.
Pour commencer, toujours un truc un peu soft, type Rancière, ou Agamben par exemple. Perso, j'utilise beaucoup Žižek, qui fonctionne très bien: il permet de parler d'un nombre assez vaste de sujets - des attentats aux films de Lynch en passant par la philosophie Starbuck - , si vous êtes douée en imitation, vous pouvez faire des blagues sur sa prononciation rigolote et ça vous permet de faire votre pétasse slave en corrigeant la prononciation - on ne dit effectivement pas [zizek] comme [zizi], mais bien [jijek] comme [joujou]. Si comme moi vous affectionnez les architectes - qui sont un peu comme des artistes, mais avec des sous - rabattez-vous sur Augé: il y a du léger et du plus lourd, des concepts applicables à pas mal de choses et c'est un hit en terme de philosophie de l'urbanisme (= vous êtes moderne, urbaine mais pas bécasse. Compte double si votre architecte est flamand).

exemple: "Le piétonnier, en fait, si tu le vois du point de vue d'Augé c'est une tentative de se réapproprier la ville, on va dire, anthropologiquement, mais le problème, c'est que c'est fait avec une tendance patrimonialo-touristique qui annule complètement la démarche"

Stade 2: Foucault
Ne pas en parler, c'est péché. Foucault est un peu le Barack Obama de la philosophie: il est frais, tout le monde le kiffe, il fait pas sa pétasse et reste relativement accessible, et, tel un couteau suisse, il sert à tout et n'importe quoi. Avec un peu d'entraînement, vous pouvez le placer partout: société de surveillance, discipline scolaire, néo-libéralisme, origines politiques de l'Europe ou statuts juridiques des hermaphrodites au 18e siècle - il existe d'ailleurs probablement quelque part un livre de cuisine foucaldienne avec des pures recettes généalogiques.

exemple: "Mais tu sais qu'en fait, quand tu relis Foucault, l'individualisme moderne, c'est surtout parti d'une tentative de contrôler la population? C'est fou, non, quand on y pense, parce que le contrôle, aujourd'hui, on pense que c'est ce qui empêche l'épanouissement personnel, alors qu'en fait..."

Stade 3: le philosophe hard
Si votre proie rechigne encore, lancez-vous dans du solide. Deleuze par exemple, si vous êtes face à un cinéphile. Naïvement, il vous parlera de l'image-temps en ayant l'impression d'avoir compris un truc. Acquiescez. Puis parlez-lui de Différence et répétition. Au besoin, sortez votre Logique du sens. Finissez avec un extrait de l'abécédaire et le petiot est cuit.

exemple: "Ben tu vois, j'ai longtemps rien compris à Deleuze, c'était un peu freestyle pour moi, mais quand j'ai lu Différence, mais genre épiphanie! C'est un philosophe avec des bases, mais de fou en fait, tu vois, la relecture de Nietzsche, la structure de l'Événement, enfin tout ça quoi."

À utiliser avec précaution:
- Nietzsche: évitez si vous êtes un peu emo, un peu dark avec des marques de scarification sur les poignets (=  vous prenez le suicide philosophique trop au sérieux) À l'opposé, si vous êtes girly pop et que tout ce que vous connaissez de Nietzsche, c'est la citation qui a inspiré Kelly Clarkson, abstenez-vous également (= vous êtes une cagole ontologique à faux ongles). Sinon, impeccable (= vous êtes nihiliste, mais pas chiante)
- Castoriadis: toujours génial, surtout avec un mec de gauche (voire gauche de la gauche). Mais casse-gueule si vous confondez Platon et Aristote et que le seul mot grec que vous connaissez est "salakis-au-bon-lait-de-brebiss". 
- Merleau-Ponty: fascinant, mais un peu relou, sauf si vous lui parlez du paradoxe touché/touchant (= vous lui touchez la main, le bras, le chibre pour illustrer votre propos)

Stade 4: Lacan
À n'utiliser qu'en cas d'urgence absolue. À ce stade, il est normalement bientôt 3h du mat', vous entamez votre sixième Duvel et vous commencez à avoir faim. Vous avez l'impression de vous être égarée dans des discussions à n'en plus finir sur la réforme de l'orthographe et l'avenir du piétonnier. Lacan est indiqué dans ce cas-ci pour deux raisons: premièrement, vous êtes suffisamment torchée pour faire des phrases kilométriques qui ne se terminent jamais et auxquelles personne (y compris vous) ne comprend rien, mais qui ont l'air fulgurantes d'intelligence. Deuxièmement, ça vous permet de placer les mots "désir" "objet" et "sujet" à moult reprises et dans maintes locutions - ce qui devrait finir par faire tilt dans le subconscient de votre victime ( objet sujet désir = toi moi baiser). Technique utilisée et infaillible: au bout de 5', vous devriez être parvenue à vos fins. J'aime à penser que c'est cette débauche d'esprit qui finit par abattre la bête, mais on m'a un jour suggéré que c'était tout simplement parce que c'est tellement chiant que l’intéressé n'a qu'une chose en tête - vous faire taire (et quoi de plus efficace pour cela que de vous fourrer sa langue dans la bouche?).

exemple: " Non, parce que ce qui est fascinant, dans cette histoire, c'est toute l’ambiguïté structurale du désir qui est contenue dans l'expression "désir de l'Autre". Parce que c'est à la fois de l'Autre, mais aussi de l'Autre, dans le sens du génitif objectif. Tu vois?"

Que faire si: il vous parle (en bien) d'Onfray. Fuyez. Vous n'avez pas envie de vous réveiller à côté de cet individu, croyez-moi.

La semaine prochaine, nous nous pencherons sur le sujet épineux des vacances: que faire de votre deleuzien pendant l'été, avec notre sélection des meilleures garderies déconstructionnistes de la Côte.

vendredi 16 octobre 2015

Fear (and) the working dead.

J'ai parfois du mal à croire qu'il fut un temps où je pensais au travail en termes d'envie - qu'est-ce que je veux faire dans la vie? Un an plus tard, je me rends compte que mon discours a changé de "j'aimerais faire ça" à " ce que j'aimerais vraiment, si c'était possible, ce serait" à " bon, le rêve ce serait de " pour finir par ne même plus en parler, comme un petit secret sale - ce que j'aimerais vraiment faire dans la vie.

Ça sonne presque comme un gros mot, comme une exigence de sale gosse pourrie gâtée, de vouloir faire ce qu'on veut (dans mon cas, de la tautologie appliquée) surtout dans le climat actuel qui cherche à construire un rapport au travail assez abominable,  auquel je me demande si on a vraiment réfléchi du point de vue des conséquences profondes. 

Reprenons. A la base, on exerce une profession parce qu'on l'a choisie, en tout cas plus ou moins. Dans cet état de fait, un certain nombre de gens se sont retrouvés au chômage, et au lieu d'en conclure de façon logique, que le problème était dans le travail plutôt que dans le chômeur, le marché (who dat?) a conclu que c'était parce que le chômage était trop confortable (et pas du tout parce que le travail était trop débilitant). On a donc rendu le chômage le plus inconfortable possible, histoire que ceux qui ne travaillent pas par envie le fassent au moins par nécessité. Faut bien bosser.

Je suis convaincue qu'il faut que tout le monde travaille, mais il faudrait s'entendre sur ce que travailler veut dire. A mon sens, ça signifie exercer une activité qui permet à l'homme de s'épanouir, de contribuer à la société et de construire quelque chose. Servir des bières est un travail, tripoter des ordinateurs est un travail, écrire des films de zombies est un travail, se poser la question de savoir si Lacan et Foucault aurait fait un beau couple est un travail (on aurait dit Lacault, ou Foucan, trop <3). Résumer le travail au fric qu'il génère est un truc plutôt crétin et c'est d'ailleurs probablement pour ça qu'une partie des gens a fini par ne plus avoir envie de travailler. En termes de salaire, être instituteur est un travail de merde comparé à être DRH chez Air France. En termes d'utilité sociale, on a du mal à justifier qu'un type qui vire des gens avec le sourire est plus utile que quelqu'un qui fait en sorte qu'une chiée de gamins ne soient pas juste analphabêtes (sic) toute leur vie.

Mais bon, de toute façon, travailler par nécessité n'est plus vraiment sur la table. On est en train de créer un monde dans lequel on travaille parce qu'on a peur de ne pas avoir de travail. Normal. Après avoir fait du chômage un truc suffisamment insupportable pour ne pas pouvoir y survivre sur le long terme, on est en train de le transformer en expérience existentielle qui, quelque part, finit par briser quelqu'un et en faire une chose réduite en miettes, prête à tout  (ou presque) et surtout, qui une fois réinsérée joyeusement dans la société, aura une telle trouille d'avoir à le revivre, qu'elle se tiendra à carreau.

Je ne sais pas quel connard pense encore que des travailleurs qui bossent la peur au ventre sont une chose profitable pour une entreprise. Ça fait quand même un moment qu'on sait qu'un bon travailleur est un travailleur heureux, alors un travailleur peureux? En même temps, les sociétés basées sur la peur fonctionnent plutôt bien, si on en croit le résultat des dernières élections biélorusses.

Et l'utilité sociale dans tout ça? La voilà: on se retrouve avec une bonne petite société de gens pétrifiés par la peur - de tout, de la crise au réchauffement climatique, en passant par la grippe hivernale et la peau sur le lait chaud -, une société dans laquelle un politicien pas loin du fascisme est invité comme orateur à la séance inaugurale de l'institut de sciences politiques d'une des rares universités du pays à avoir encore un peu de crédibilité et peut se permettre de tenir un discours inqualifiable sans que personne,ou presque, ne moufte. Quand on voit ça, on a presque envie d'aimer l'ULB (qui avait de son côté pensé à Laurent Louis pour son ouverture académique, mais il avait perdu son ticket de bus).

De mon côté, il semblerait qu'à l'instar des Cold War Kids, il y ait quelque chose "que je fais mal" (dixit la gentille madame d'Actiris), raison pour laquelle "je suis encore là" (chez Actiris donc.) Le pire, c'est que j'ai fini par y croire. Alors je vais aller voir un gentil conseiller qui va soigner mon CV (j'espère qu'il réglera aussi mon Œdipe du même coup, il y a peut-être moyen de prendre un forfait) pour que je puisse moi aussi me lever tous les matins, aller bosser, avoir peur, me coucher et recommencer. Trop hâte <3 <3 <3

mardi 18 août 2015

Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi! Ne me mangez pas, ne me mangez pas, ne me mangez pas!

En lisant récemment un article sur la culture fooding, je me suis mise à me poser des questions: j'étais par ailleurs en vacances dans un lieu magique qui comprenait, ô joie, une télévision avec le câble. J'ai donc pu constater que moi aussi, j'étais capable de passer des heures difficile à justifier à regarder un jeune-cool expliquer la recette de la choucroute 2.0 en teuton. A partir du moment où MTV décline le concept de l'émission culinaire au format étudiants attardés en pleine fringale de shit, on est en droit d'avoir un peu peur - surtout quand on s'aperçoit qu'on vient de passer la bonne partie d'une heure de liberté à s'imploser les neurones devant ce truc innommable. Entre ça et les food trucks qui prolifèrent comme les cafards de la piscine d'Ixelles, les rayons de supermarché dignes d'une bibliothèque borgésienne et une nouvelle néo-langue culinaro-boulshite dont l'inanité n'a d'égale que la prétention: wtf?

The fuck, c'est une espèce d'utilisation bien tordue du surmoi par un système capitaliste aussi fier de lui qu'un prépubère qui découvre sa main droite. Le surmoi est défini comme l'instance de régulation du psychisme: c'est à dire qu'en gros, quand vous monte une subite envie d'enfoncer délicatement vos deux pouces dans les yeux de votre contrôleur onem jusqu'à ce que ça fasse pop, le surmoi intervient "Désolée (mon surmoi est une meuf) mon grand, ça va pas être possible. Non seulement c'est interdit, mais en plus, ça va certainement être beaucoup plus crade que ce que t'imagines et pour une fois que t'as un chemisier propre, bon, hein...". Mais il y a autre chose, qui est nettement moins connu, c'est que le surmoi est aussi cet enculé qui nous encourage, cette petite voix qui nous souffle "just do it" - c'est ce qu'on appelle l'injonction surmoïque obscène. On a donc une instance qui nous ordonne de jouir tout en l'interdisant - une vraie saloperie.

Un excellent exemple de ce type de fonctionnement est la publicité alimentaire qui nous dit "Salut! Achète moi! Mais ne consomme pas trop-gras-trop-sucré-trop-salé! Ce que je suis! Mais achète moi quand même!" A ce stade de contradiction, l'insouciant consommateur des 60's qui avalait son demi-litron de coca au réveil pour faire passer ses 10 tranches de bacon est réduit à l'état de petite chose fragile et tremblotante qui ne sait plus quoi faire. Heureusement, il y a Findus! Et face à une jouissance rendue aussi complexe, on se met à déployer des stratégies de Sioux hystériques qui nous permettent de jouir (un peu quand même) mais jamais de façon trop frontale: ritualisation, intellectualisation, déplacement sur les objets... On finit par passer plus de temps à parler, à expliquer, à thésauriser la bouffe qu'à grailler ( parce que c'est sale!).

Ça ressemble parfois à du fétichisme, parce que c'en est. D'une logique où la nourriture avait soit une valeur réelle (nutritive) soit une valeur sociale - et dans ces deux cas, la complexité de la nourriture n'est pas vraiment pertinente - on passe à une logique dans laquelle la ripaille vaut en elle-même et par elle-même. Ceux qui ont bien rempli leur cahier de vacances du petit Marxiste à la plage (supplément gratuit avec le Pif de juillet) ont bien évidemment reconnu le concept de fétichisation de la marchandise. La becquetance cesse d'avoir une valeur utilitaire, elle se charge d'un ensemble de significations sociales, de façons de se positionner dans la société qui en font un marché bien juteux. 

J'aime la candeur, et penser qu'on est dans un univers de fooding parce que le gens ont envie de manger mieux, diversifié, parce que le peuple est devenu curieux, aventureux, original, c'est mignon, mais la vérité c'est que si, aux gens qui disaient "Nous voulons consommer différemment", le marché alimentaire n'avait pas répondu "Ha ben ça ça tombe bien alors, on cherche justement à vous vendre de la merde différemment", on ne se retrouverait pas à passer une heure au rayon pain à se demander quelle est la différence entre le grand et le petit épeautre. 

Le capitalisme n'est pas intelligent, mais il est malin, il a bien compris que la diversification du marché alimentaire passerait par une fétichisation de l'aliment, et a largement réussi son coup en faisant nous faisant croire qu'on est trop cool quand on cuisine du quinoa (qui a fait 10000 km en avion) plutôt que des bêtes lentilles, qu'on a une conscience quand on achète du vin chilien (qui a probablement pris le même avion que le quinoa, c'est plus écolo) et qu'on a une vie plus intéressante quand on possède du poivre noir ramassé sur les flancs du mont Ararat par des chèvres géorgiennes. 

vendredi 24 juillet 2015

Le contrôleur sonne toujours deux fois ( mais il peut crever pour que j'y ouvre)

On en rêvait, ils l'ont fait: la loi permettant le contrôle des chômeurs  sans préavis à été votée. Même si on s'y attendait,  il y a deux choses dans cette histoire qui me chiffonnent.

La première, c'est l'absurdité du point de vue pratique : une des raisons pour lesquelles on prévient d'une visite  c'est pour que la personne concernée se trouve à son domicile - et pas pour qu'elle ait le temps de cacher ses éventuels juifs dans le grenier. Sans avis préalable, ces apprentis gestapistes risquent fort de trouver porte close. Je n'ai dès lors qu’un conseil: chômeurs,  ne restez pas chez vous! Allez faire un tour au parc, prenez un bol d'air, discutez le bout de gras avec votre boucher, prenez le temps de faire des études comparatives du prix des patates chez Lidl et Aldi, respirez l'odeur des fleurs, mettez vous à la natation ou à l’arménien oriental;  de toute façon, tout le monde sait qu'un bon chômeur est un chômeur actif et qu'on ne trouve pas un boulot en restant chez soi. 

L'aspect débile de cette mesure potentiellement génératrice d’un foutoir Brazilesque étant assez clair, reste une deuxième chose, qui est plus grave, c'est le mécanisme invasif que ça représente et l'ancrage dans une conception de la transparence plutôt dangereuse. Un des arguments que j'ai pas mal lu consiste à dire que ceux qui n'ont rien à se reprocher n'ont rien à craindre - et par extension, que ceux qui s'y opposent sont d'une manière ou d'une autre coupables.

Cette conception n'est pas nouvelle, qui lie vertu et transparence. Elle a déjà fait débat pendant la renaissance - et je me réfère ici à l'analyse  de Thomas Berns  qui travaille sur le concept de transparence, en m'excusant pour les raccourcis. Ça consiste en gros à dire que le désir de garder un pan de notre vie privée et hors du contrôle de l'état signifie forcément qu'on a quelque chose à se reprocher. L'ordure qui dirige Google justifie d'ailleurs la surveillance généralisée par le même concept. 

A ceci s'ajoute une putain de morale judéo-chrétienne à la con qui associe le secret à la faute, à ce dont on doit avoir honte - tout ça via des montages ultra compliqués de pathologisation et de contrôle de la sexualité entre autres (Foucault is in da hood) et qui finit par faire s’équivaloir vie privée = secret= sale.  Or le secret, le fait qu'une partie de nos existences échappe à la scrutinisation étatique n'a rien  à voir  avec une chose honteuse que l'on cherche à cacher, ni avec des pratiques illégales. C'est le noyau même de notre être,  de ce qui fait de nous des individus à part entière, c'est un des derniers lieux où nous sommes libres.

Face à une machine bureaucratique dont la débilité  semble ne connaître aucune limite, la seule résistance est éthique,  c’est celle d’être humains et dignes, de refuser cette intrusion permanente dans nos vies. En tant que chômeurs, nous avons le droit de refuser ces contrôles; en tant que citoyens, je pense que nous en avons le devoir et ce, que nous ayons quelque chose à "cacher",  à nous "reprocher" ou non.

En ce qui me concerne, il est hors de question que des ersatz d'agents Securitate débarquent chez moi sans prévenir pour foutre le nez dans mes factures,  compter les brosses à dents dans ma salle de bain ou les poils de cul différents dans la bonde de la douche. Ils peuvent s'amuser à aller chercher des mandats chez un juge d'instruction - qui n'a certainement rien d'autre à foutre que de signer des autorisations d'intrusion à des kgbistes en herbe - et ils reviendront me voir après. Par contre, ça risque d'être pile au moment où j'ai piscine, c'est ballot...

samedi 15 novembre 2014

Zbogom Andergraund!

                       



Zbogom Andergraund - Adieu, Underground est le titre d'un texte (et d'un livre récemment consacré à) de Saša Marković, connu aussi sous le pseudo Mikrob. Formé à l'école de la résistance au régime serbe des années 90, il fait partie de ceux qui ont fait la culture underground de cette décennie. Mais que devient le milieu underground quand ce par opposition à quoi il se définit cesse d'exister, le coopte, voire le rachète purement et simplement?

Rentrée à Bruxelles après une longue absence, je retrouve une ville que je peine à reconnaître. Que le centre-ville se soit transformé en gigantesque parc à thème pour touristes, que les galeries de la reine ne soit plus qu'un immense magasin de chocolat immondes, que Les Postiers soit devenu une banque, passe encore: finalement, on parle d'une microscopique partie de Bruxelles. 

Là où je suis plus marrie, c'est concernant le paysage culturel qui s'offre à moi: sans avoir été une grande activiste dans ce domaine, j'avais le souvenir d'une ville avec encore une certaine énergie alternative, des lieux pas complètement vendus, des zones encore non-balisées. Et là je me demande où the fuck est cette ville? En 6 ans, le Recyclart est passé de Poni Hoax à des après-midi kids, le Magasin 4 se retrouve le long du canal dans un putain de hangar, et la Batellerie est redevenue une école.

D'un autre côté, les institutions culturelles subsidiées se la jouent genre jeune cool en se rebaptisant à coup de langage SMS et en organisant des soirées electro dans des salles de velours capitonnées. Tout ce qui reste de culturel semble être destiné à un public unique, qui a entre 25 et 45 ans, plutôt arty, relativement friqué, à prétentions intellos sans en faire trop, à la recherche de sensations qui ont été testées pour lui, et souvent affublé de fausses lunettes de nerd. Que ce public ne représentent qu'un millionième de la société bruxelloise, on s'en balance royalement, c'est à lui qu'on cherche à faire plaisir, lui qu'on veut caresser dans le sens du poil de peur de le voir fuir cette ville nouvellement devenue "trop cool".

Ce qui me trouble un peu, c'est qu'une partie de la population bruxelloise semble adhérer complètement à ce switch vers une culture ultra polie, bien gentille, politiquement correcte et de façon globale, multiculturelo-boulechite. Bruxelles me fait penser à une vieille pute qui connaît un regain de gloire sur le tard et qui le prend pour elle sans se rendre compte qu'on la fourre plus souvent tout simplement parce qu'elle est moins chère, à peu près abandonnée par son mac et hyper accessible en train. 

Alors quoi, Zbogom Andergraund? Non pas encore. Dans mon malheur, je me suis trouvée quelques coins dans lesquels on peut encore voir une nana enceinte jusqu'aux yeux taper sur un tom basse en calant des accords (?) de piano avec ses pieds le regard complètement perché en altitude, un sosie de William Dafoe faire de la musique post-punk-cowboy et une foule bigarrée de gens qui dansent en patins, qui causent en javanais et tentent de survivre dans cette putain de capitale ultra ripolinée qu'est devenue Bruxelles. 

Zbogom Andergraund, Saša Marković Mikrob, Remont, 2013.