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jeudi 27 avril 2023

Vers l'infini et au-delà

 J'ai eu récemment l'insigne privilège de me rendre au BIFF, dans cette nouvelle contrée lointaine qu'est le plateau du Heyzel, sorte de décor post-apcolyptico-stalinien d'une autre époque qui est, à en croire la région Bruxellois, le futur de la ville. Hé bien c'est pas mal. C'est loin, me direz-vous, mais c'est tout près de chez moi donc je m'en fous pas mal. Entre autres films pas mauvais (Life for sale, n'importe quoi mais mignon comme tout) ou tout à fait mauvais (Saturn Bowling, une aventure de l'inspecteur Dumou avec un tueur en série charismatique comme un mollusque sans nom), j'ai eu la chance de voir Infinity Pool du fils Cronenberg.

Comme un graphiste post-moderne a fait le title shot du générique, on dirait que le film s'appelle Infinity Puul donc ça commence assez bien.


On y suit James, écrivain ultra gaulé à la belle chemise qui prend des vacances en Croatie  sur une île ultra chelou où les riches sont confinés dans leur hôtel pendant que rôdent des autochtones sans foi ni loi prêts à tout pour en découdre (ils font du quad sur la plage et écrasent même le chapeau d'une dame, ça fait froid dans le dos). On se croirait dans le métro de Charleroi. Bref. James est accompagné de sa femme, dont je n'ai pas retenu le nom car je l'ai nommée dès le début Mérou-sans-frontière, vu la taille de ses lèvres (qui semblent augmenter au cours du film, d'où l'adjonctif 'sans-frontière'). James a écrit un livre et doit en écrire un deuxième. Sa femme ne doit rien faire du tout et est donc surtout là pour signer les factures. Tout est donc extrêmement jovial et sympathique, jusqu'à ce qu'ils fassent la connaissance de Mia Goth dont je ne me rappelle pas du nom et de son mec, Ratiches Suisses. Quoi de mieux que de rencontrer un couple en vacances! C'est sûr, on va bien s'amuser et faire les fous. Bon bref, les deux décident donc de partir faire un tour sur l'île, ha la bonne idée et pan, c'est l'accident.

 

S'ensuit une histoire ultra bizarre mixant clonage, privilège de classe et ultra-violence en bande. Je ne sais même pas comment décrire ce truc mais c'est dans l'ensemble bien foutu: il se passe toujours quelque chose (comme à Walibi ou aux galeries Lafayette) et chacun pourra y trouver son compte. Les images sont plutôt bien foutues, la bande-son un peu indus dépouillée fonctionne bien, et Alexander Skarsgard est comme à son habitude tout nu et couvert de sang, donc je dirait que c'est un win-win-win. Reste qu'il faut se taper Mia Goth et son accent british, mais bon, l'espoir qu'elle meure à la fin fait vivre!

 

Côté Cronenberg, on retrouve la papatte du fiston qu'on voyait déjà l'œuvre dans Possessor, pas chroniqué ici: des petites séquence hallucinatoires stroboscopiques, du cul gentiment décadent et des longs plans vides. On retrouve un peu de l'ambiance de Papa avec quelques anatomies douteuses et des explosages de têtes aux détails bien soignés (même si peu réalistes). Il y a aussi quelque chose en lui de Tenessee  J.G. Ballard, qui est un peu l'âme sœur littéraire de Cronenberg pour moi (Crash est sans doute une des meilleure adaptation de livre au cinéma): on pense beaucoup à Super Cannes pour le côté futur balnéaire et un peu à High Rise pour le côté lutte des classe.

 

Infinity Puul, Cronenberg, 2023

Super-Cannes, J.G. Ballard, 2000

High Rise, J.G.Ballard, 1975

samedi 25 juin 2022

Crimes of the future: et si le futur du passé, c'était le présent du futur?

 J'ai enfin réussi à voir Crimes of the future, le nouveau (?) film de ce cher Cronenberg. Après une errance d'un bon quart d'heure dans ce cinéma fantôme qu'est le Palace, je m'introduisis dans une salle immense aux grands rideaux rouges. Nous étions 6, un samedi soir, preuve que les subventions de la FWB portent leurs fruits en terme de dissémination culturelle! Mais revenons en aux faits: un peu interloquée par ce film, qui somme toute porte exactement le même titre qu'un des premier films de Crocro, je me demandais à quoi m'attendre. Les premiers retours critiques nous promettaient du Cronenberg Belle Epoque, à savoir du sang, des protubérances, de la rate et des outils chirugicaux chelous. 

Un prologue indéfinissable nous montre un enfant qui mange un poubelle. Etant moi-même le fier parent d'une progéniture d'environ deux ans, c'est une scène plutôt commune pour moi, mais passons. Ici, ça finit mal pour le moutard (on n'est visiblement pas fan de l'éducation bienveillante, mais ne jugeons pas). Spécial dédicace à la poubelle FINISS que j'ai reconnu parce que j'ai la même. C'est visbilement un accessoire tendance salle de bain de pauvre, merci les gars, c'est la crise pour tout le monde.

Ce prologue passé, on découvre ce bon vieux Viggo aka Tenser, déguisé en vieux gothique un brin japonais qui, acoompagné de l'horripilante Seydoux - Caprice, comme le fromage -, nous montre sa collection de jouets organico-mécaniques. On retrouve avec bonheur les joujoux délirants tendance Existenz ou Double Bangers: un lit avec des petits bras tout mignons qui chipotent le monsieur pendant son sommeil, une chaise pour bébé géant visiblement mal réglée et un ensemble de petits trucs indéfinissables pour regarder à l'intérieur de quelqu'un. 

Tout ceci parce que oui, nous sommes dans un futur dystopique dans lequel l'homme ne ressent plus de douleur ( même si Viggo passe son temps à chouiner qu'il a mal, mais bon) et puis l'évolution tout ça, fait que certaines personnes chanceuses se font pousser des organes dans tous les sens. Tenser fait partie de ces petits veinards et comme tout bon citoyen de la FWB, décide d'en faire une pratique artistique. Il s'exhibe donc avec son fromage (Caprice) sur les scènes de lieux culturels significatifs mais glauques (un peu comme le Palace, tout ça est très méta) au cours de performances où le seul but est de se faire enlever un organe, sous les yeux ébahis de quidams qui filment et instagramment à tout bout de champ.

On découvre aussi avec bonheur que la bureaucratie n'est pas morte dans ce futur improbable: la bureaucratie, la vraie, avec des petites souris de bureau qui sont enterrées dans des piles de dossier, des vieux classeurs dégueus et de stores sur les fenêtres (comme quoi, le futur ressemble aux chemisettes de Frank Robben). Dans ce petit bureau se trouve le registre national des organes, dont la fonction est explicite: enregistrer les nouveaux organes. Un peu comme l'urbanisme de corps humains: si tu construis quelque chose, il faut bien le déclarer. Le bureau est d'ailleurs consitué de deux fonctionnaires, ce qui semble tout à fait adéquat pour traiter tous les nouveaux organes d'une population - comme l'urbanisme de la ville de Bruxelles donc. Une des petites souris qui traquent l'erreur anatomique, c'est Mimi (non, c'est autre chose, mais je ne me souviens plus de son nom) ou Kristen Stewart qui joue la petite fonctionnaire effacée à merveille. Visiblement, elle n'a jamais rencontré un employé administratif de sa vie mais bon. Comme prévu, Mimi est un peu fan de Tenser et des ses beaux gros organes. 

But trouble is breeding my friend! Parce que oui, tout ce petit monde pourrait vivre en paix et il n'y aurait pas d'histoire, mais quid de la poubelle du prologue alors? Hé bien dans ce monde dystopique, il existe une faction de résistants (de terroristes? Ce n'est pas très clair) qui détient une vérité que le pouvoir veut cacher - on ne comprend d'ailleurs pas bien pourquoi, mais passons.

Je n'en dirais pas plus, car ce film est à voir! Il est encore au cinéma et avec un peu de chance vous serez seul (si vous allez au Palace en tout cas), conditions parfaites pour voir ce film dans une ambiance postapocalyptique. 

C'est effectivement du pur Cronenberg, un vrai retour aux films de l'organo-mécanique, des jolis objets plutôt bien branlés, une ambiance architecturale bien glauque et des visuels sexy-gore à l'ancienne. C'est par contre aussi beaucoup plus léché, arty voire poseur par rapport aux films des 80's qui étaient plus rythmés, gluants et délicieux. Il paraît que certaines personnes se sont barrées des projections presse: on aurait tort de penser que ce sont des gros sensibles. Ils se sont peut-être tout simplement un peu fait chier - comme moi- et sont sortis prendre l'air. La direction artistique (photo et BO) est vraiment réussie mais encore une fois, un peu tristoune, lisse. Chouette bande-son (Howard Shore) mais qui ressemble parfois trop à Woodkid pour être honnête. Un Papy Cronenberg donc.

Crimes of the future, Cronenberg, 2022



vendredi 5 juillet 2019

Total conspiration

En cette période de grosse canicule et donc de grosse conspiration, des gentilles séries plein de méchants cachés, de secrets d'état et de types louches qui effacent leur traces derrière eux.

Tchernobyl, je n'avais pas follement envie de la voir, mais j'aime des images vintages et les paysages postpocalyptique post-sovétiques. Alors bon. C'est en somme pas trop mauvais, ça ne verse pas trop dans l'anti-communisme primaire qui semble démanger le cinéma US en ce moment (hasard du calendrier? Je ne pense pas.) Donc ça tape plutôt du côté de la Vérité, cette chère amie que l'on croit toujours tenir au moment où elle nous échappe (c'est beau, je sais). Certes, l'incident de Tchernobyl a l'air d'avoir été un sacré foutoir. Certes, la gestion n'a pas l'air démente. Mais si un truc pareil se produisait aujourd'hui, au hasard, à Tihange, je ne suis pas certaine qu'on s'en sortirait mieux (déjà qu'on a perdu les plans, haha). Mais je m'égare (c'est la chaleur). La série tape donc bien sur l'idée de vérité: tout le monde ment et c'est très mal. A force, on finit par faire des conneries. La narration n'est pas mauvaise en soi, passée à la moulinette d'un Hollywood qui ne comprendra sans doute jamais rien à une société qui échappe à l'idée d'individu et qui place le collectif au-dessus. Du coup, ça héroïse à tout va, ça dramatise par le petit bout de la lorgnette, ça réindroduit la petite histoire dans la grande et tout ça. Ca donne quelque chose de très romantique finalement, avec une fin tragique mais qui s'insère tellement bien dans dans le paysage hollywoodien que c'est un peu gênant: encore un truc cool que les Yankee ont piqué aux Russes! Suffit de voir les hordes d'instadébilos qui se précipitent depuis sur le site afin de faire eux aussi partie de l'histoire mondiale de la connerie. Le réalisme visuel est par contre hallucinant, la recherche documentaire bien faite et semble complète. Un peu dommage du coup de manquer d'imagination à ce point-là au niveau construction, de s'être contenté d'absorber complètement une histoire somme toute très soviétique dans un paradigme hollywoodien pour en faire un tire-larme assorti d'une pseudo sonnette d'alarme du niveau d'une moral d'un épisode de Trotro. 

Aussi avec des conspirations mais beaucoup plus réussi, c'est The patriot, un genre de Homeland écrit par les frères Cohen pour faire court. John est un espion américain qu'on envoie en deux temps trois mouvement dasn une opérations de financement secret d'un candidat iranien. L'idée est assez simple (et expliquée dasn une scène de 5' montre en main), il s'agit de filer du fric au candidat du bien pour éviter un candidat du mal au pouvoir. Fastoche. John doit donc se trouver une couverture et pour ça, se faire engager par une entreprise de tuyau basé dans le Midwest afin de se rendre au Luxembourg pour filer tout simplement un paquet de fric (littéralement) à un mec qui l'acheminera ensuite en Iran. Trop simple me direz-vous, c'est un plan qui tient à peu près 20' dans une série d'espionnage habituelle. Sauf que. John n'est pas super vaillant. Et pas hyper réveillé. Et pas un très bon espion d'ailleurs. Et puis tout foire. Il se fait à moitié griller. On lui pique son sac. Il est nul en tuyaux. Et de fil en aiguille, un truc qui devait être réglé en deux coups de cuillères à pot devient une intrigue complètement délirante, où chaque noeud devient plus noueux au fur et à mesure. Autour de John, on trouve son père, figure assez flippante et bien culpabilisante, limite atroce derrière l'air bonhomme et bienveillant. Son frère, comique pataud un peu mou du genou mais tendre jusqu'à la moelle et fan de training Jackie Chan. Il y a aussi une ribambelle de personnages tous aussi hétéroclites, bizarres, rassemblés là par hasard et qui donnent à l'histoire cet aspect complètement bizarre, désorganisé mais surtout hyper humaine. En fait, c'est une histoire super touchante, probablement la première fois que je vois un truc d'espion qui touche à quelque chose de tellement humain, chacun avec ses imperfections, ses limites et son absurdité. Il y a des frères Coen dedans, dans le genre des personnages de losers un peu mou sans pathos comme on en trouve dans A serious man ou Miller's crossing. Quelque chose aussi de cette inertie de gens trop fatigués par la vie pour faire un geste. De longs plan qui laissent venir les choses sans chercher à presser l'action. Pleins de petits moments drôles dans des détails de l'action, dans des images, des rencontres. C'est parfois contemplatif mais jamais chiant, toujours superbe autant dans l'image que dans le jeu des personnages. Ca tourne beaucoup autour du folk niveau musical mais, surprise, même ça ça n'a pas réussi à me refroidir. Plein d'amour et de gros poutou pour une première saison extra. Je crains un peu la deuxième d'ailleurs (c'est toujours mieux la première fois).


Dernier truc d'espion planqués qui font des mauvais coups, c'est Deep state, qui avait l'air bien cool quoique moins intello mais qui promettait des baston et des heures de supputations délicieuses (et avec Walton Shane-the-Shield Goggins qui joue sans doute un méga ripou). On a honnêtement tenu trois épisodes et on s'est un peu forcés sur la fin. C'est un peu Homeland mais réécrit par Donald Trump (pas pour l'idéologie, pour le côté scénario écrit par un personnage Duplo). Un type qui n'a plus servi depuis perpet et qui coule une vie tranquille en France, aux côtés d'une épouse française qui a un putain d'accent chelou et un frère qui doit sans doute écouter Manu Chao casse-couille à fond, se voit proposer de reprendre du service. Genre. Il accepte mais en fait il veut pas mais en fait y'a son fiston dans l'histoire. Bon. On découvre un genre d'enroule dans les trois première minutes, quelque chose est louche. On est en train de le piéger en fait (bah tiens). Des types en cravate à Washington essaient de couvrir leur cul pour des affaires conclues avec régimes ennemis mais amis du pétrole et vont pour ceci sacrifier de courageux espions qui ne sont au courant de rien et sont des bons gars dans le fond. Pendant ce temps, la pauvre meuf à Bidule fuit le sud de la France car elle est poursuivie par des types qui veulent aussi la buter (genre elle a vu une vidéo, en plus avec son frère Greg-le-chichon) et donc voilà. Pff. Un scénar' cousu à la grosse ficelle bien rouge bien voyante, des personnages d'une épaisseur inversément proportionnelle à la taille des poutres utilisées pour faire marche l'action, un gros tas de muscle rasé comme héros principal: on redira encore Merci à Fox (bah tiens) de nous avoir faire perdre ces heures, à tout jamais envolées.

Tchernobyl, 2019
The patriot, 2018
Deep state, 2019

vendredi 17 août 2018

Total nanard

Du beau, du chaud, du vrai de vrai nanard, avec des morceaux de terreur ménagère, des flic à perruque sauvage et des skieurs norvégiens con/gelés.

Après la Bricosploitation (== la déclinaison à l'infini de films d'horreur basés sur des power tools), la Cleansploitation, à savoir l'horreur bien connue du ménage. Ouuuh. The vacuum killer, de ce cher Dr Chris (dont la bio un peu mégalo fait pressentir un destin à la Wiseau), parle donc d'un tueur au bras en forme d'aspirateur. Dit comme ça,on dirait un pitch pour une campagne de Bxl Propreté. Hé bien c'est pire. Dans ce film belge comme on n'en fait plus, on voit le jeune Chris, aspirant laborantin chez un savant fou et musicien jim-boum à ses heures perdues, se muer en tueur assoiffé de sang et de moutons sous les lits après le suicide de sa pauvre mère, poussée à bout par l'infâme producteur de musique jim-boum qui l'emploie (et qui refusera d'ailleurs à Chris un contrat juteux qu'il mérite, parce la vie est trop dure pour un artiste incompris). Alors un bras en forme d'aspirateur, ça ne fait pas si peur que ça, mais ça permet de se mettre de grande quantité de drogue dans le nez en une fois et c'est finalement assez létal. Sans compter la musique (angoisse!), les dialogues (effroi!) et les effets spéciaux (OMG!). C'est un nanard très sincère, sans vraiment de second degré et ce genre d'interview nous fait éprouver la même tendresse à son égard que pour un The Room. Mention spéciale à des seconds rôles assez épiques: le facteur ignoble, le père sac-à-vin, le meilleur ami neurasthénique, le dealer italo-disco en peignoir léopard et caleçon lurex (je crois), l'ami artiste/scientifique qui peint des filles avec des composés chimiques (on n'a pas bien compris non plus, mais l'essentiel était là: BOOBS!).

J'avais déjà tenté de regarder Samouraï cop mais sans succès (c'est assez laid). J'y suis enfin parvenue, à force de ténacité et de Duvel tiède. L'histoire de ce Z assez historique et hystérique, est simple: Joe AKA Samourai Cop, est un flic qui a l'air normal, aves son maillot string et sa crinière de poney Panthène, mais il n'en est rien. Il a été entraîné par les plus grands maîtres ninja (ou samourai, enfin un truc avec des nouilles dedans) et est donc carrément balèze. Il arrive donc comme une étoile au milieu de la nuit dans un petit commissariat de LA afin de contrer une histoire sombre de gang japonais. Flanqué de son sidekick noir à l'humour ravageur, ils vont faire régner sur le crime une odeur de pure terreur. Tout ceci est très drôle mais parfois un peu fatigant: des courses poursuite dans tous les sens, des histoires de fesses intenses, des roulé-boulé dans la poussière à s'en décoller la perruque: waouh. Le tout en version française, parce que c'est encore meilleur.

Pour finir, Cold Prey (Fritt Vilt en VO), dont le titre ressemble à un mauvais groupe de pop, est un mauvais film pop. Survival en mode en mode congèle, il nous raconte la mésaventure de cinq beaux et jeunes novégiens partis faire du snow-board en mode hors-piste. Fatalement, quand Morten_Tobias se pète un tibia, les voilà bien dans l'embarras. Le reste, on connaît: un chalet isolé, une présence inquiétante, une hache et un garde-manger assez grand pour contenir un Tobias. Pas aussi mauvais que les autres, il y a un bel effort et ça fait même parfois peur. C'est assez mou dans le gore par contre, un peu guimauve dans les sentiments parfois. Et puis si peu de détails croustillant sur le sémillant tordu qui poursuit nos petiots! Ca nous manque un peu, cette présence rassurante d'un serial killer fou avec une backstory consistante. Mais bon.

Vacuum killer, Dr Chris, 2006.
Samourai Cop, Shervan, 1991.
Cold Prey, Uthaug, 2006


mardi 21 novembre 2017

Mauvais total

Vus il y a fort longtemps mais trop dommage de ne pas en parler: des films de série Z qui font zizir.

SSSSSS est un film qui parle de serpents (tiens, comme c’est fin) et plus précisément, d’homme-serpent. Le Dr Stoner (huhu) est un scientifique renommé, fan de serpouze et qui propose au gentil Blake de devenir son assistant, le temps d’un été. Il avait bien un assistant l’été dernier, mais voilà celui-ci est parti, en voyage, quelque part (mystère !). Blake, qui a un peu de l’eau de Javel dans le cerveau visiblement, accepte et part donc joyeusement faire des mamours à ses amis reptiliens. Arrivé chez le professeur, il découvre un univers bizarre et inquiétant plein de serpents (bah oui) mais aussi de Kristina (non, le parallèle femme-serpent n’est PAS du tout grossier) fille bien avenante du professeur Dujoint (qui elle aussi s’inquiète vaguement de la disparition de l’assistant de l’été dernier mais bon).  Blake apprend alors à s’occuper des serpents tout meugnons, leur changer leurs croquettes, leur prendre leur venin tout ça. De temps en temps, il se fait injecter des trucs dans le bras par le doc et ne se pose visiblement aucune question – c’est pour son bien. L’idylle naît évidemment entre Kristina et ce cher Blake, tandis que celui-ci commence à sentir des trucs bizarres se passer dans son corps (sous l’effet du serpent-femme et des injections chelous). Qu’est-il en train d’arriver à Blake ? Il devient tout froid, sa peau est toute dégueu : il aurait bien besoin d’une bonne séance au hammam. Je n’en raconterai pas plus, c’est péché. Film pas mauvais mais un peu fatigant. On se pose aussi des questions sur les motivations du Pr Stoner : a-t-il bien réfléchi à son plan diabolique pour sauver le monde, mhhh ?

Bug est encore plus fort dans le genre insectes dégueus qui font peur. Un jour, dans une petite ville du Texas, des insectes genre cafards volants se mettent à s’abattre avec véhémence et force flammes sur des pauvres paroissiens en train de se prémunir de l’enfer (pas de bol !). On se rend compte que ces créatures maléfique sortent d’un genre de fosse ouverte dans le sol et semblent être en fait des trucs quasi immobiles car trop gros pour galoper comme le font si bien les cafards en général mais que leur pression intérieure extrême est ce qui leur permet de faire des flammes par le cul quand on le touche. On est donc bien devant un film d’horreur à base de cafards peto/pyromanes. Ach. Après moult morts et trucs sanglants, ces créatures finissent par rentrer dans le sol dont ils étaient sortis. Sauf que. Un type décide qu’en fait il veut comprendre d’où viennent ces trucs et va donc en conserver un ou deux dans un bocal pour les étudier. Et les cultiver. Pas très malin donc. C’est de nouveau un trip savant fou mais ici c’est quasi le sujet du film – l’histoire de l’invasion et de la disparition des cafards sataniques étant finalement circonscrite à une petite partie de l’histoire. Assez bizarre donc mais tellement sympa – surtout pour les fans de blattes.

Dans le genre mauvais mais alors très mauvais, on a le Nailgun massacre, film qu’on pourrait qualifier de Bricoxploitation (= des films d’horreur à base de tooling de supermarché). On attend encore Massacre à la ponceuse, Massacre à la décapeuse à chaleur, Massacre à la scie sauteuse. Celui-ci est très clairement assez atroce. On y voit d’abord un viol, somme toute banal et relativement vite troussé. Sans transition apparaît un être vengeur, pourvu d’un casque de moto et d’un voocoder qui fait Mouahahah ainsi que d’un superbe pistolet à clous qui part à la recherche d’une vengeance – enfin ça on le sait grâce au synopsis parce que c’est pas super clair. Une vendetta qui ne dit pas son nom, est-ce bien utile ? Mais bref. Ce Daftpunk DIY psychopathe a une force de persuasion assez extrême puisqu’il parvient à tuer un homme avec un simple clou dans l’épaule : il est très fort. On découvrira à la fin le vrai visage du tueur (surprise !) et en attendant, on peut compter les morts et tenir une statistique du pourcentage d'innocent bystander dans le tas (surtout la meuf en plein milieu).

SSSSSSSS, Kowalski,1973
Bug, Szwarc, 1975
Nailgun massacre, Lofton  Leslie, 1985

lundi 1 mai 2017

Total freak

C'est parti d'une proposition indécente - le film Pieles - pour devenir un freak fest cette semaine - et pour une fois, pas tout à fait de ma faute, faut arrêter de me suggérer des trucs tordus, merde.

Dans le genre gluant, j'ai vu Hellraiser dont je pensais que c'était un jeu vidéo (??) mais en fait non. Steve et Julia ont bien de la chance: ils viennent de récupérer une super baraque en héritage, la chance! Comme souvent, la maison n'est pas en top état et la déco, pas trop ça. Entre les rats qui gazouillent et les asticots qui grouillent, c'est ambiance. D'autant plus que Frank, frère de Steve (et amant de Julia, c'est du joli) a laissé de ci-delà des trucs à lui dans la baraque avant de disparaître mystérieusement. Il a aussi laissé une partie de son ADN dans le sol, tiens, et va être ramené à la vie grâce au sang de Steve qui ne se doute mais alors là, de rien. A partir de là, le Frank est un truc plutôt gluant qui se met à retenter le coup avec Julia tout en lui expliquant un truc abracadabrant sur des Cenobites, un univers parallèle et des pratiques SM assez gore/ Mouais. En gros, il a accès à un autre univers dans lequel plaisir et douleur ne forment plus qu'un, mais qui est gardé par des types patibulaires avec des têtes chelous, dont mon préféré est sans aucun doute l'adipeux-cool:
Beau Goooosse!
Parce qu'on sait que toutes femmes sont des suckeuses pour n'importe quel type un peu ténébreux qui a mal à sa vie (et à son vit), Julia se laisse tenter par le diable et c'est le début de la fin. C'est pas mal fait, surtout les monstres, vraiment bien dégueu; par contre le truc de la boîte qui fait entrer dans un univers alternatif c'est un peu bof, on capte pas trop le truc SM - enfin c'est un peu torché n'importe comment.

Un poil au-dessus dans le bizarre, il y a The Greasy Strangler qui comme son nom l'indique, parle d'un étrangleur mystérieux recouvert de graisse bien gluante. Miam. Ronnie et son fils Brayden, un peu looser sur les bords, organisent des circuits touristiques consacrés à l'histoire de la disco, pipotant de ci delà des touristes en déroute. A part ça, ils mangent des saucisses grasses, du bacon graisseux et ajoutent un peu d'huile dans leur café le matin. La nuit, parfois, Ronnie se relève, se roule dans le gras, assassine un quidam puis passe au carwash se refaire une beauté. La routine quoi. Comme très souvent, arrive une femme dans cette dynamique bien huilée - et c'est le bordel. Janet, rencontrée au détour d'un tour, avenante et sympathique, commence par jeter son dévolu sur le fils pour se demander si le père n'est pas mieux membré (véridique Rivers). Pour l'intrigue, c'est à peu près tout: il ne se passe pas grand chose mais il s'en passe des belles. C'est difficile à décrire comme film, mais ça fait très très fort penser à du John Waters période Divine: des dialogues ultra plats déclamés dans un style de mauvais sitcom, des situations tendance scato, des personnages ultra-freak, pas mal de trucs sexuels un peu chelous et une petite musique qui fait ouin-ouin ( comme parfois dans Pecker). Au final, ça donne un truc plutôt drôle si on aime le wtf et les yeux qui font plop!

plop
Point de départ de ces tribulations, Pieles, truc de freak complet avec des fétiches sexuels bizarres, des détails anatomiques difformes, des sentiments gluants et quand même, au final, de l'amour - parce que c'est la vie! On suit en fait les tranches de vie de quelques personnages tordus, du dedans ou du dehors, qui se croisent, se touchent, se parlent parfois. Entre la fille qui a un anus à la place la bouche (et vice versa), la pute sans yeux, la fille au visage qui dégouline et le type qui rêve d'être une sirène, y sont mal barrés. Heureusement, le monde est bien fait et de freak à freak, on finit pas trouver un équilibre dans la névrose entre corps imparfaits et esprit vicieux. C'est un truc assez radical à plein de niveaux: ça va relativement loin dans le côté weird tout en se déclinant dans un univers complètement pastel, mauve et rose, avec des pulls assortis aux rideaux. Comme dans les deux films précédents, on se rend compte que les films de freak sont très souvent organisés autour du rapport au sexe et au désir (du  paragonique Freak à la saison 5 AHS qui s'amusait pas mal avec ça): pourquoi et comment on aime, on baise, on désire quand on est dans cette zone à la limite de la normalité tout en étant (quand même) humain? Que la sexualité soit un référent pour mesurer le degré de normalité et le centre autour duquel se cristallisent les questions de difformités, c'est pas nouveau et Foucault en parle sur des pages assez magnifiques ici - parce qu'on y revient toujours, à Michel.

Hellraiser, Barker, 1987
The greasy strangler, Hosking, 2016
Pieles, Casanova, 2017

mercredi 29 mars 2017

Ecran total

Cette semaine, c'est un peu le retour du printemps et pour moi, des trucs sanglants. Un peu par hasard et dans le désordre: un orange mécanique dans la campagne danoise, une révolte des clodos en mars et de la pulsion scopique que tes yeux te sortent par le psychisme. Miom.

The absent one (ou Hööüthrtegdrä en VO) est issu d'une série de films autour d'une unité d'enquête criminelle de mecs un peu rebuts/loser qui travaillent dans une cave en fumant des havanes et en buvant du mauvais rhum. The Wire much? Carrément, puisqu'en plus d'être une bande de branques, ils s'occupent de cas dont personne ne veut, à savoir des cold case vieux comme la mort que tout le monde a oublié. J'avais déjà vu le premier épisode, Thaezroööä en VO, mais sans être convaincue. Pourquoi avoir sauté au 5e direct, comme ça? Bonne question. Bref. Toujours est-il que je le vis et qu'il est bien. Il y a pas mal de trucs chouettes: un pensionnat flippant, des jeunes méga riches et totalement psychopathes, cette idée un peu conne que les ados sont tous trop beaux et fougueux et pas du tout flaves et boutonneux (genre!). C'est aussi très bien rendu dans l'image, scandinave comme il faut: froid, gris, bleu, vert; des espaces un peu perdus, des villas Ikea et des clodos presque propres. Pas trop de suspense par contre, et une histoire que d'aucuns pourraient trouver un poil téléphonée (les riches sont tout méchants et ils font rien que ce qu'ils veulent, bouh!). Mais ça tient, c'est empaqueté comme il faut, alors quoi.

Les clodos en mode indignés, c'est Prince of Darkness deuxième partie d'une trilogie (tiens?) de Carepenter comprenant aussi The Thing et In the mouth of madness dont on a déjà parlé. L'intrigue est plutôt simple: à la mort d'un prêtre, on découvre qu'il cachait chez lui un cylindre plein d'un truc vert et brillant: bizarre! Ce truc est en fait une substance maléfique caché par l'Eglise depuis deux mille ans (et qui a vu moins de déménagements que mon canapé, vu son état impeccable), et comme on cherche une réponse sur ce que c'est quoi, on fait bien sûr appel à des scientifiques de tous bords – car analyser la semence du diable, c'est clair que c'est plus simple quand on est spécialiste de physique cantique, arf arf. Tout ce petit monde, composé exclusivement de jeunes cools beaux et  chauds comme des bouillottes, comme il est courant d'en trouver dans des départements de recherche en sciences dures, va analyser sous tous les angles ce truc gluant qui fait de l'eau qui tombe au plafond et qui fait se coller les vers de terre sur les vitres (wtf?). En plus de ça, y a des clodos qui se mettent à zoner dans le coin, dans le genre inquiétants, surtout quand ils se mettent à zigouiller nos pauvres petits matheux à coup de fourche de vélo fixies (en voilà une façon hipster de mourir, tiens). Alors, pourquoi, comment et surtout pour qui sont ses cafards qui sifflent sur vos sandales? C'est bien dégueulasse en tout cas, et très réussi, surtout au niveau des insectes qui sont bien gluants. Il y a une belle scène de possession et une fin à la Terminator, mais j'en dis pas plus.

De la pulsion scopique plein les yeux, c'est dans Opera de ce cher Argento, qui est un obsédé des yeux, de la vision et tout ça quand même (quelle bonne idée d'être devenu cinéaste plutôt qu'ébéniste du coup). Bon , il y a déjà pas mal de vision en caméra subjective avec les yeux dans ceux du tueur, pas mal de trucs dégueus avec des yeux dans d'autres films (les paupière cousues dans Felt par exemple), et toujours un voyeur quelque part, tapis dans l'ombre, bouh. Obsessionnel, pépé Dario? Voui. Ici il s'agit de l'histoire d'une jeune chanteuse d'opéra qui récupère un rôle dans un Macbeth top classe et super moderne, avec des vrais oiseaux sur scène, genre Kusturica mais en plus Berlin années 60. Bon, c'est pas vraiment un coup de bol, comme on l'apprendra en voyant ces étranges plans d'un rôdeur qui l'observe dans la nuit en tuant de-ci, de-là, des gens qui se mettent sur son passage. On ne comprend pas vraiment pourquoi et comment ce type a une idée aussi chelou que celle qu'il a (on raconte pas, c'est trop chouette à découvrir) mais disons qu'il y est question de forcer à regarder des choses pas jolies à une pauvre fille qui n'a rien demandé à personne. La technique utilisée est super tordue et on admire donc une fois de plus l'habileté de l'Argento à trouver des trucs inventifs pour faire mal aux yeux et à la pulsion de voir. Dans l'ensemble bien sauf quelques passages un peu wtf dans le genre je me jette dans la gueule du loup comme si c'était les soldes chez Primark.

The absent one, Nørgaard,  2014
Prince of Darkness, Carpenter,1987
Opera, Argento, 1987

mercredi 28 décembre 2016

Life is a beach

Pour passer le cap de l'hiver et des légendaires fêtes de fin d'année psychotiques, j'ai ma recette: je me barre aux Maldives pendant deux semaines et je jette mon téléphone par la fenêtre de mon jet. Bon, comme cette année je suis un peu short niveau portefeuille, j'ai fait the next best thing: j'ai regardé des films de plages pleins de soleils couchants, de filles découchées et de surfeurs éventrés.

Humanoid from the deep est aussi connu sous le titre, remarquable d’imagination de:


C'est donc un film dans lequel il y a... des monstres, bien vu. Une petite ville tranquille de la côté Atlantique (Pacifique?? enfin). En fond sonore: une corporation de gros méchants qui veut installer une usine de mise en boîte et instaurer la pêche industrielle, des scientifiques qui promettent de multiplier les saumons comme jésus les petits toast au foie gras et un conflit territorial ethnique entre des descendants d'Indiens et des blancs pas commodes. Tout ce bel équilibre bien cliché se voit pourtant troublé par d'étranges événements: des chiens meurent comme ça, sans prévenir et c'est pas beau à voir.... des adolescents en chaleur partis s'ébouriffer la virginité dans une grotte maritime disparaissent..... tout ça. On commence à douter d'un truc bizarre (et on voit de plus en plus de plans sous-marins avec des grosses mains-nageoires qui se frayent un chemin parmi les algues en plastique d'un aquarium subtropical, ce qui nous fait savoir à nous spectateur, que ça va chier (enfin, le temps que la créature sorte la tête de son cul et qu'elle évolue rapidos pour prendre l'avion jusqu'en Atlantique)). Comme souvent dans les patelins de province insignifiants, il se prépare un festival lié à une spécialité à la con - ici, le saumon évidemment. Un festival où les gens se déguisent en poissons et essayent de remonter le cours des rivières? Un festival sous forme de giga flashmob sur la salmon dance? Pas vraiment, c'est surtout une sorte de plaisir d'hiver fumés (pour le côté saumon). Toujours est-il que, pendant que tout le monde prépare sa plus jolie robe pour aller danser et raccommode ses préservatifs (au cas où...), l'équipe envoyée en reconnaissance a tout compris: des monstres! Mutants! Je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir, mais c'est plutôt rigolo. Pour le soleil, on repassera, mais si comme moi vous aimez la Bretagne et ses marins amers, les plages grises de sable volcanique et les naissances contre-nature, vous êtes chez vous.

Santa's little helper
Psycho Beach Party est d'un autre genre, puisque c'est un film de surf: pas de saumon, plus de filles en zlip et de surf rock. Florence est une jeune un peu nerd qui n'a pas d'amie, sauf une clenche à lunettes  (qui ne deviendra hélas pas bonne à la fin). Parfois, Florence pète un peu un plomb et pense qu'elle est quelqu'un d'autre. Mais sinon, tout va bien. Elle décide un jour que le surf, c'est pas qu'un truc de mec, alors non, et qu'elle veut elle aussi faire la maligne et se prendre des grandes vagues dans la gueule avec une planche de trois mètres accrochée au pied (parce que c'est vraiment trop fun). Elle réussit à convaincre le roi du freeride de la plage, oui, celui qui vit dans une cabane au bord de l'eau et a un tatoo maori sur le cul. Tout cela pourrait n'être qu'une parodie d'un film de surf type 60's mais c'est aussi un slasher avec serial killer mystérieux et étudiant suédois en échange. C'est franchement drôle et plutôt réussi dans la parodie - surtout les montages de surfeurs sur la vague - et ça fait du bien de rigoler un peu avec le surf, ce sport de Satan. La chanson de générique aurait d'ailleurs bien convenu comme hymne de campagne à un certain DT.



Humanoid from the deep, Peeters, 1980
Psycho Beach Party, King, 2000

mardi 25 octobre 2016

Ecran total

Pas grand-chose de nouveau cette semaine, entre cow-boy du dimanche, cow-boy du mercredi après-midi et cow-boy du vendredi soir : tout le monde peut être un héros (juste pour un jour, une fois).

Cow-boy du dimanche, c’est dans Westworld, l’original. Comment en deux heures on liquide une série promise à moult saisons, c’est ça l’efficacité Bosch et c’est encore une victoire de Canard, à savoir Yul Brynner en cow-boy mutant qui promène sa vengeance de machine au crâne lisse, trop lisse. L'intrigue est sensiblement la même que celle de la série : une agence de vacances propose des séjours dans des mondes trop fun (époque médiévale, empire romain, cow-boy world). Trop fun, certes mais pas pour tout le monde – une preuve de plus que l’entertainment de masse est un truc fondamentalement patriarcal, tiens. Enfin bref. Comme prévu les robots se mettent à déconner et à tirer sur tout ce qui bouge, avec un méchant particulièrement vilain en la personne de Brynner qui fait tellement bien le robot qu’on se demande si l’URSS n’aurait pas eu une large longueur d’avance sur nous en termes d’intelligence artificielle. Il y a moins de considérations freudo-lacaniennes que dans la série (« mais quel est ce sujet qui se cache entre les plis, ciel mon phallus ») mais plus de pim pam poum et d’assassinats de sang froid (très froid). Pour pimenter le tout, les mondes collusionnent ce qui donne un chouette bordel de cow-boy dans des châteaux forts et d’orgies romaines avec des putes de saloon. Enfin, presque.

Les cows-boys du mercredi après-midi, ce sont les 7 (ou 8 ?) mioches du Wolfpack, documentaire hallucinant sur une bande de garçons élevés en huis-clos dans un appartement new-yorkais et qui connaissent le monde par la lorgnette ultime de notre ami cinéma (cinééééémaaa). De film en film et de salle en salle, ils lui ont donné leur existence. Bon pas vraiment. Il s’agit en fait d’une famille très nombreuse, composée quasi exclusivement de garçons à la longue chevelure Hare Krishna et au type mi-indien mi-chelou. Comment en sont-ils arrivés là ? Que font-ils de leurs journées ? Où en est leur virginité ?  A quoi ressemble un gaillard de 23 ans qui n’est jamais sorti de chez lui et qui ne connaît de la vie que Pulp Fiction et de l’amour que Blue Velvet ? Qu’est-ce qu’on mange ce soir, d’ailleurs ? Tant de questions auxquelles on n’aurait jamais imaginé avoir de réponse, et pourtant si ! Par la grâce des médias gonzos, on finit toujours par dénicher LA famille de cinglés qui fera l’affaire. Quelques plans mélancoliques, des cadrages un peu rapprochés, des scènes qui font peur (le bûcher d’Halloween au milieu du salon !), une dramatisation programmée (« tiens, et si je me réconciliais avec ma mère, perdue de vue depuis 50 ans ? Oups, une caméra ! ») et l’affaire est dans le sac. Au final, un truc fascinant mais pas non plus transcendant : on les voit rejouer leurs films préférés, parler de leur enfance pire que la nôtre et aller au cinéma pour la première fois (émotion !). On aimerait par contre savoir s’il est possible de louer ces jeunes garçons à l’heure pour animer des soirées de cinéphiles – mais ce n’est visiblement pas encore un produit téléachat.

J’ai beaucoup attendu Yoga Hosers, surtout après l’inénarrable Tusk mais je dois avouer que c’est un peu un truc de cows-boys du vendredi soir : une paire d’ados un peu concons mais vachement dégourdies combat le mal depuis derrière le comptoir d’un magasin de pompe à essence, en chouinant parce qu’elles ratent LA soirée qui aurait dû faire d’elles des femmes. Zutre. Il y a évidemment des choses intéressantes : l’addiction des jeunes filles pour un yoga d’un genre renouvelé, avec des postures vachement plus comiques que le pigeon royal ou que la demi-pince ; les gossbos du lycée qui s’avèrent être des infâmes satanistes plein de beuh, et surtout le méchant de ce film, consistant en une bande de « bradzis », pour « bradwurst » et « nazi » - un terme que l’on peut élégamment traduire par « knazis » ou encore par « zwanzis » - j’suis assez fière de moi. Ces petits hommes-saucisses maléfiques jaillissent de partout en criant « wunderbar » et aiment à remonter le rectum de leur victime. Miam. Qui est derrière ce complot ? Mystère! Il y a plein de références très cons mais assez jouissives à plein de trucs qu’on aime, dont une excellent citation du Children shouldn’t play with dead things, film de zombies trop souvent oublié dont on a d’ailleurs parlé ici (alors on est bien content de soi, didon). Pour le reste, c’est un peu « meh » comme on dit. Avec saumon mais sans cream cheese.

Auf Wiedersehen!

Westworld, Crichton, 1973
The Wolfpack, Moselle, 2015
Yoga Hosers, Smith, 2016

vendredi 23 septembre 2016

Hôpital massacre.

La nouvelle saison de Scream Queens a commencé et on est bien content de retrouver ce bonbon rose pop qui nous change un peu d’AHS  (trop de Gaga) et de Glee (trop de Gaga aussi). Le thème de cette saison sera donc l’hôpital, les maladies bizarres et les monstres des marécages. Histoire de se mettre en train, quelques suggestions de films rouge sang sur blouse blanche à voir ou revoir.

Coma est sans doute le plus classe, avec Michaeeeeeel Douglas quand il ne ressemblait pas encore à un pépé qui se serait fait greffer un cul de fœtus de souris à la place du menton (on est d’accord que cette fossette ressemble à rien ?), Michaeeeel donc, qui était certes jeune, mais aussi un peu un connard : alors que Suzanne, sa meuf se joue la vie pour devenir médecin respecté, il lui parle de faire la vaisselle. Bravo. Mais là n’est pas le point car Suzanne découvre que des choses bizarres se passent dans cet hôpital : mais oui, des patients entrés pour des opérations somme toute simples ne se réveillent jamais. C’est vrai qu’un accident d’anesthésie pour un coton tige coincé dans l’oreille, c’est louche. Dans cette enquête, elle ne sera pas vraiment aidée: Maïkeul fait la gueule (pour le coup de la vaisselle), le directeur pense qu’elle a ses règles, enfin c’est un complot de crétins finis. Mais qui se cache derrière ces anesthésies foudroyantes ? Suspensme ! 

Terminal choice est fun dans son genre mais un cran en dessous – les experts auront reconnus le programme du B to Z Medical Mayhem, vu dans un état de stupeur avancé après une demi-journée aux urgences de St-Pierre, autant dire en condition optimale. Ici, on est plus dans le délire A.I. gone mad : des patients traités par un super système de folaïe, genre Google Car mais en médical, quimpent pourtant dans d’étranges circonstances – généralement dans des bains de sang conséquents. Alors quoi, c’est y que c’est la machine qui se détraque ? Comme on l’apprend assez rapidement en IT, quand quelque chose merde, c’est quasiment toujours une erreur humaine. Rien ne sert donc de dire que «  c’est le système qui plante », non , c’est vous, pauvres cons d’humains qui faites de la merde. Passons. Heureusement, une vaillante doctoresse (encore une femme, parce qu’y a qu’elles pour être assez chiantes pour mener des enquêtes à la con et puis, c’est connu, elles zont que ça à foutre en attendant que leur vernis sèche), le Dr Lang, va suivre une piste qui la mènera loin au cœur de l’horreur humaine et du cynisme médical, mouahahaha. Très belles images de super-ordinateur, qui rappellent un peu Class of 1999, tiens.

Hospital Massacre faisait partie d’un cycle Cannon prod jamais relaté ici mais oh combien instructif. On y raconte une histoire d’amour et de scalpel. Susan (encore une), se fait hospitaliser un soir de St-Valentin (belle manière de se défiler quoiqu’un peu extrême sans doute) pour un truc  mystérieux. Comme beaucoup de patientes hystériques, elle répète qu’elle va bien, qu’elle n’est pas folle et que les monsieurs ont arrêté de parler dans sa tête alors elle peut rentrer chez elle, merci, et se gaver de chocolats à la liqueur. Mais pas si vite. On ne trouve pas ses résultats. Son médecin disparaît du coup elle en a un autre. Puis un troisième – un peu comme à St-Pierre, tiens. Tout ça sent le coup fourré, un coup en forme de vieille vengeance du genre mûrie et méditée pendant 20 ans, comme en atteste l’incipit du film : gaffe, les filles, vos amoureux éconduits de bac à sable seront les clous de votre cercueil. Je sais, je spoile, en même temps, vu le niveau du film, il se spoile tout seul on va dire.

Ça fait un bail que j’ai vu Pathology, mais je m’en souviens comme d’un truc plutôt rigolo, un peu dans la veine « sexe+sang = cool) avec des jolies couleurs verdâtres et des néons blafards de morgue plutôt avenants. On retrouve ici une bande de jeunes étudiants en médecine un peu connards (ils sont à Harvard, ces petits cons) qui décident de faire joujou avec des cadavres. Cadavres ? Pas si sûr, j’en vois un qui bouge, là dans le fond. Ne s’embarrassant que peu de scrupules, ils tranchent, découpent, baisent et prennent de la drogue sans vergogne, ces fripons. Heureusement, comme tous les méchants, ils finiront par payer ! (ou pas, je ne me souviens pas de la fin en fait).

Il en reste quelques-uns qui me font de l’œil, dont  Les  insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock, erotico-slasher italien ( La besta uccide a sangue freddo en VO) connu sous une  chiée de titres différents un peu partout et Dr Giggles, qui mêle vengeance et docteur psychopathe.

Coma,  Crichton, 1978
Terminal choice, Larry, 1985
Hospital Massacre, Davidson, 1982

Pathology, Scholermann, 2008

mardi 2 février 2016

The King total

The mouth of madness m'avait plongée dans un nouvel abîme thématique: celui des adaptations de Stephen King au cinéma - méga-bon filon s'il en est. Y'a pas à chier, le vieux est productif - en fait, on dirait même qu'il écrit ses livres comme des films, ce qui est un peu le cas quand même, hein. Après, fastoche à mettre à l'écran, les scènes sont déjà découpées, les plans quasi définis et les coupures de pub au bon moment. Ceci dit sans mépris ni pour l'auteur - que j'adore, même si j'ai un peu chouiné sur le Doctor Sleep, moyen bof - ni pour les moult réalisateurs qui s'y sont attaqués - pas tous avec le même talent par contre.

J'ai un peu commencé par le top, donc ça va être simple!

Il y a The Mist, adaptation d'une nouvelle bien classique: une ville, quelque part dans une région rurale quelconque, avec un camp militaire dans le coin, est en un coup envahie par un brouillard vachement épais avec des trucs dedans qui font sluuuurp et crooounch. Bouh. Pris à partir du point de vue d'un type normal comme il faut qui fait ses courses au supermarché du coin, on vit le développement d'une situation fantastique à partir d'un cadre ultra réaliste: se retrouvent enfermés dans l'enfer des surgelés et de la litière en promotion tout un petit échantillon d'humanité yankee de base, des types un peu redneck, des soldats en goguette, des citadins prétentieux en vacances et bien sûr, des tarés cathos en furie. Tout ce petit monde va donc s'organiser pour survivre face à un ennemi invisible et on va vite voir (original!) que l'enfer, en fait, c'est les autres. Bah ça. Bon, c'est un truc très kingien - l'interruption de l'anormal sous forme atmosphérique qui se transforme petit à petit en horreur de plus en plus précise, l'isolement dans un lieu clos où toute une petite société improvisée va se révéler être une belle bande de bâtards sous la pression. Je n'ai pas eu le texte en main, donc c'est difficile de juger, mais j'ai trouvé que ça entrait vite dans du visuel gore très concret - tiens, une grosse tentacule! oh, des moustiques géants! ça alors, des araignées mutantes! - alors qu'on aurait pu rester dans le brouillard, justement, un peu plus longtemps. C'est Fred Darabont qui signe ça, et dieu sait s'il aime travailler les dynamiques sociales post-apocalyptiques, du coup cet aspect là est très bien foutu. La dernière demi heure est aussi ultra-scotchante et très belle, avec des belles idées de monstres - le gros truc à mille pattes de la fin genre, mais WOW - un  morceau magnétique qui pique l'échine et une fin sublimissime de désespoir. Il faudrait voir The Fog pour voir c'est quoi cette histoire de brouillard, dans le fond. Et relire Lovecraft, sans doute.

J'avais l'impression d'avoir déjà vu Dead Zone, mais c'est à cause des Simpsons, comme d'hab. C'est un des rares Cronenberg qu'il me reste à voir et j'étais toute chose, mais en fait, je reste un peu sur ma faim: où sont les trucs organico-gluants qui poussent sur les gens? Les épidémies ontologiques? Les massacres à coup de gros Dasein? Bah pas trop ici, zut alors.L'histoire est simple: Johnny se fait un gros coup sur la tête en conduisant n'importe comment. Tellement gros qu'il reste 5 ans dans le coma et que sa copine se tire avec un concon républicain. Par contre, il est devenu médium dans l'entre-deux, et peut désormais voir le futur en touchant les gens (oh la technique de drague de fou!). Mais comme Johnny est trop coule, il ne l'utilise qu'à bon escient alors que ça le fait un peu chier son don - tout le monde veut savoir des trucs et passe son temps à lui tapoter les mimines, ce qui le rend un peu chafouin. On retrouve des obsessions des deux compères: le milieu médical qui fait un peu joujou avec les gens, l'idée de traitement spécial et le rapport corps/esprit pour Cronenberg; les visions fulgurantes, le sens "en plus" et la bizarre excitation sociale que ça soulève pour King. Alors, tout le monde est content? Moui. Y'a quand même Walken, ma tête de fraise préférée, alors ça va. 

J'ai fini avec Creepshow, petit film à sketch de ce cher Romero qui se fait un bon kif tendance comics ultra graphique et sans prétention ni prise de tête deleuzienne - pour changer, haha. Creepshow est donc une bande-dessinée jetée à la poubelle un soir de tempête et qui nous raconte des petites histoires, comme ça - on va pas toutes les résumer, tout est . J'ai bien aimé l'histoire du redneck qui trouve une comète dans son jardin - qui s'avère être une sorte d'entité extra terrestre ou un engrais superpuissant, va savoir. On y trouve une illustration de l'ultime hipster organique: la barbe bio

Posé!
Ça relance aussi la vieille querelle : à partir de quand c'est redneck/clodo et plus hispter. Abstrus.
Il y a aussi un chouette morceau sur un genre de Howard Hughes obsédé par les cafards qui a la malchance de vivre dans un vieil immeuble roumain. Très jolies scènes de cafards qui se répandent - même moi, j'ai couiné - et parfois un petit côté Fassbinder dans les décors.

Ach! Das jukebox!
L'idée de comics est travaillée à fond, dans les raccords entre scènes, les ellipses et les interludes, avec un chouette sens du détail, comme par exemple ce courrier des lecteurs, la creepy correpondence - trop chou, non?



The Mist, Darabont, 2007
Dead zone, Cronenberg, 1983
Creepshow, Romero, 1982

lundi 11 janvier 2016

Isn't it cold out in space, Bowie?




... do you want to borrow my jumper, Bowie?

mardi 29 décembre 2015

Body bags (1993)

Que faire un jour de Noël, quand le temps est au beau et que tout le monde régurgite paisiblement sa dinde aux antidépresseurs? Hé bien pour éviter Sissi ou Beethoven, on peut regarder Body Bags, sympathique petite série de trois mini-films signés Hooper et Carpenter!

Les bodys bags, ce sont les corps d'une morgue passés en revue par ce cher Carpenter, coroner de son son (pas très bon) état et qui nous raconte les déboires des cadavres intéressants qu'il trouve dans ses placards - un peu en mode mamie dans sa cuisine. 

The gas station raconte une nuit à la pompe qui tourne mal. Une pauvre étudiante en psychologie, en pleine révision du chapitre "sociopathe", se retrouve aux prises avec un vrai - de sociopathe - employé du mois qui a mal tourné et décide de se venger - de quoi? mystère! Comme d'habitude, tout le monde est suspect, mais c'est toujours celui qu'on soupçonne le moins - sauf moi, mais j'ai l'esprit tordu. Notre héroïne est par contre un peu concon: une fois son ennemi abattu, elle persiste à ne jamais se retourner, permettant à celui-ci de se relever et de la poursuivre non pas une, mais deux fois - faut être un peu quiche. En même temps, faire des études de psycho n'a jamais été le signe d'une intelligence foudroyante, en plus d'être un signe de sexualité débridée comme l'indique le dicton bien connu, "psycho, nympho". Bref. Les appareils de garage donnent lieu à quelques jolis plans, dont une mort pas dégueu graphiquemen

Plop Art
Hair n'est pas une comédie musicale sur des hippie venus de l'espace - mais ça aurait pu être une bonne idée - et parle enfin de problèmes de cheveux avec franchise et réalisme. Richard, quadra début-de-bedonnant est obsédé par ses cheveux, qu'il perd à une vitesse grand V et commence à faire un peu chier avec ses techniques diverses pour feinter la Nature - dont un traitement qui consiste tout simplement à se peindre le crâne, malin! Jusqu'à ce qu'il découvre un type bizarre sur le téléshopping qui lui promet qu'il retrouvera ses tifs en appelant le numéro suivant. Chiche! Après une consultation étrange et (mal) conseillé par une infirmière salace (méfiance, donc), Bob se retrouve du jour au lendemain avec une tignasse de fou qui rendrait jalouse Jen Anniston. Il est donc totalement hystérique - scène assez géniale - et sa nana lui saute dessus - soi-disant qu'elle s'en foutait de sa calvitie, la salope. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais non! Les tifs à Bobby continuent à pousser comme des oufs et en plus, lui sortent de partout! En en arrachant un, il se rend compte qu'il s'agit en fait d'une forme de vie étrangère et pas sympa (ils mordent)
Cheveux te bouffer la mimine!
Franchement, c'est la première fois qu'un film me comprend aussi bien et je me sens moins seule. Ma chevelure est effectivement issue d'un univers qui m'est étranger, parfois frisant parfois lissant, sec au milieu, gras sur les bords et hésitante par temps de pluie et m'a longtemps interrogée sur mes origines véritables. Il s'agit en fait tout simplement d'une forme de vie extraterrestre! Tu m'étonnes John!

Dans Eye on parle bien entendu d'un œil. Après un accident de voiture, Brent, joueur de base-ball se fait greffer un œil tout neuf - la couleur n'est pas trop raccord, mais c'est pas grave et reprend sa petite vie parfaite dans sa white-picket-fence house, avec sa gonzesse agent immobilier. Hélas, sa convalescence ne lui laisse pas de repos, le pauvre: il voit des mains qui sortent du sol, hallucine des cadavres en pleine partie de jambes en l'air ( cela dit sa meuf a pas l'air de beaucoup y mettre du sien, alors bon) et se cogne des migraines pas possibles. Tout semble venir de cet œil maléfique - mais à qui appartient-il? Le vieux thème de l'organe malfaisant transplanté est pas mal décliné ici, avec peu de variations une fin plutôt classique - beurk pour moi. 


mardi 10 novembre 2015

Ecran total

Ouah, qu'est-ce que ça a castagné cette semaine! Rien que des films avec des agents secrets-doubles-indahood! Pim! Paf! Ouch!

J'ai commencé avec Sicario, de ce cher Villeneuve que j'aime de plus en plus - mais là un peu moins quand même. Sicario parle de cartel et d'opération méga-top secrète autour de la frontière mexicaine, avec une jeune-agente-du-FBI-idéaliste-qui-doit-renoncer-et-faire-des-choix face à des coéquipiers-méga-burnés-mais-un-peu-chelous-quand-même-dis-donc. Une bonne vieille histoire de Juste VS Bon, la fin VS les moyens, l'Aile VS la Cuisse, enfin tout ça. Bon, le film est quand même ailleurs pour moi. Tout d'abord, cette petiote (Emily Blunt qui a un problème de soutif (??)) n'a à aucun moment le choix - elle se fait entuber dès le départ, et puis s'associer avec un Alejandro (Benicio, sérieux), franchement, même Lady Gaga l'avait prévenue. Enfin. D'ailleurs, il ne s'agit pas que d'une histoire de cartel, mais surtout d'une vengeance personnelle, idée que Villeneuve explore à plusieurs reprises ( Prisoners, Incendies, et d'une façon un peu bizarre Polytechnique) et qui donne à l'ensemble du film une lecture qui dépasse largement l'aspect dirty harry. Donc voilà: film sur le libre arbitre, le respect des règles, moui; mais pas que. Visuellement c'est très joli - dans la lignée des longs plans aériens sableux, du désert vide, des villes tentaculaires - avec un chouette son saturé sans trop de chichis, un rythme qui arrive à être lent mais nerveux. La scène de récupération du méchant au Mexique est très bien foutue (mis à part pour le côté placement de produit Chevrolet), tendue comme un zlip colombien (hint hint) et ultra dense. Après, il y a quelques trucs qui louchent parfois vers le blockbuster concon (Benicio seul contre tous, wouah!) mais pourquoi bouder son plaisir (finalement, hein).

Pour me remettre, j'ai maté Cobra, le bras droit de la loi qui fait mal. C'est un film plein de fougue et de Sly qui m'a rendue toute chose: quelle poésie sous ces muscles herculéens! Car Stallone ne se contente pas de faire des choses avec ses bras musclés, il fait aussi des trucs avec sa bouche (parler, on dit) et a probablement dû passer pas mal de temps avec un dictionnaire de rimes pour écrire les dialogues. C'est beau comme du Proust en moto. Comment résumer Cobra? Difficile. Il s'agit d'un jeune éphèbe épris de justice qui parcourt la vie dans une voiture (immatriculée "AWESOM 50") pourvue d'un accélérateur au nitrus et qui nique tout ce qui bouge et se gare sur les places handicapés indûment. Quel homme. Quand il s'agit de sauver Ingrid, mannequin qui cherche à se lancer dans le porbot (ou robno, du porno avec des robots, donc) mais qui pour le moment est poursuivie par une bande tueurs fous fans de Einstürzende Neubauten qui font de la zicmu avec des haches et des clés à molette, son sang (à Cobra) ne fait qu'un tour. Il saute sur sa moto, puis dans sa voiture, puis sur Ingrid en passant et va défourailler tous ces super-méchants (qui sont un peu cons, quand même). Cobra a une vision bien à lui de la justice (un peu comme Alejandro, tiens), qui ressemble à un gros tatouage sur le bras d'un fermier texan - dans un monde idéal, il précipiterait toute l'institution judiciaire dans la faillite la plus totale. C'est un foucaldien dans le fond, mais je l'ai toujours su. Bref. 

Histoire de faire pire, j'ai vu Stargrove et Danja, agents exécutifs (Stargrove et Danja.exe pour les intimes) dont le titre original est encore plus inexplicable que la traduction - Never too young to die (mais heu, en fait oui, non?). Un film proposé par cette méconnue institution sporadique bruxelloise les Films à deux balles, qui se réunit parfois, comme ça, sans prévenir, à la Porte Noire. Merci LFADB. Stargrove, un jeune homme sans histoires, découvre à la mort de son père que celui-ci ne travaillait pas pour une agence pétrolière en Libye (le métier le moins suspicieux du monde, c'est vrai) mais était en fait agent secret et partenaire d'une méga-bonnasse qu'il lui avait même pas présenté (pas cool). Face à lui, une bande de méchants, eux aussi fan de musique industrielle qui tache, habillés comme un groupe serbe de cover de Kiss/The Cure (oui, je sais, bizarre) et emmenés par un chef hermaphrodite, Velvet von Ragner (un mix de ragnagna et de Wagner, donc) qui fait (très fort) penser à Frank-N-Furter, joué par un Gene Simmons étonnamment agile en talons aiguilles. Von Ragner a dégommé le papa pour une affaire de disque qui devrait lui permettre de contaminer l'eau potable du monde entier - enfin un truc du style - mais le jeunot, après avoir découvert la planque de son vieux dans une ferme en Ohio, va s'associer avec Danja, la bonne donc, qui va, en passant, faire de lui un homme au cours d'une scène d'amour assez somptueuse, et va récupérer le disque - ou plutôt, régler le problème de la méga bombe en la jetant tout simplement par dessus bord; malin! C'est un nanard réel et sincère, et je l'ai trouvé beau dans la façon qu'il a d'aborder le monde en disant "Hello World! C'est moi! Je suis un film de merde et je m'en moque!". Rien de plus beau que l'acceptance. Le doublage est lui aussi riche de surprises dignes d'un Translator devenu fou - "Oh, je vais désactiver cette bombe, c'est super facile, tranche de cake" - à moins qu'il s'agisse de "tronche de cake"? Herméneutique, quand tu nous tiens... Il y a aussi des vrais moments de philosophie: on interroge son grrros Dasein ("Je suis sans doute un peu con, mais je comprends pas ce qu'on est venus faire dans cette galère"); on fait de la théorie du genre (" Tu es peut-être mi-homme, mi-femme, mais moi je suis un homme à part entière") et surtout, on offre à Cobra une réponse cinglante - en parlant des méchants: "Non, ce sont des victime de la société". Snif.

Sicario, Villeneuve, 2015
Cobra, Cosmatos, 1986
Never too young too die, Bettman, 1986

mardi 18 août 2015

Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi! Ne me mangez pas, ne me mangez pas, ne me mangez pas!

En lisant récemment un article sur la culture fooding, je me suis mise à me poser des questions: j'étais par ailleurs en vacances dans un lieu magique qui comprenait, ô joie, une télévision avec le câble. J'ai donc pu constater que moi aussi, j'étais capable de passer des heures difficile à justifier à regarder un jeune-cool expliquer la recette de la choucroute 2.0 en teuton. A partir du moment où MTV décline le concept de l'émission culinaire au format étudiants attardés en pleine fringale de shit, on est en droit d'avoir un peu peur - surtout quand on s'aperçoit qu'on vient de passer la bonne partie d'une heure de liberté à s'imploser les neurones devant ce truc innommable. Entre ça et les food trucks qui prolifèrent comme les cafards de la piscine d'Ixelles, les rayons de supermarché dignes d'une bibliothèque borgésienne et une nouvelle néo-langue culinaro-boulshite dont l'inanité n'a d'égale que la prétention: wtf?

The fuck, c'est une espèce d'utilisation bien tordue du surmoi par un système capitaliste aussi fier de lui qu'un prépubère qui découvre sa main droite. Le surmoi est défini comme l'instance de régulation du psychisme: c'est à dire qu'en gros, quand vous monte une subite envie d'enfoncer délicatement vos deux pouces dans les yeux de votre contrôleur onem jusqu'à ce que ça fasse pop, le surmoi intervient "Désolée (mon surmoi est une meuf) mon grand, ça va pas être possible. Non seulement c'est interdit, mais en plus, ça va certainement être beaucoup plus crade que ce que t'imagines et pour une fois que t'as un chemisier propre, bon, hein...". Mais il y a autre chose, qui est nettement moins connu, c'est que le surmoi est aussi cet enculé qui nous encourage, cette petite voix qui nous souffle "just do it" - c'est ce qu'on appelle l'injonction surmoïque obscène. On a donc une instance qui nous ordonne de jouir tout en l'interdisant - une vraie saloperie.

Un excellent exemple de ce type de fonctionnement est la publicité alimentaire qui nous dit "Salut! Achète moi! Mais ne consomme pas trop-gras-trop-sucré-trop-salé! Ce que je suis! Mais achète moi quand même!" A ce stade de contradiction, l'insouciant consommateur des 60's qui avalait son demi-litron de coca au réveil pour faire passer ses 10 tranches de bacon est réduit à l'état de petite chose fragile et tremblotante qui ne sait plus quoi faire. Heureusement, il y a Findus! Et face à une jouissance rendue aussi complexe, on se met à déployer des stratégies de Sioux hystériques qui nous permettent de jouir (un peu quand même) mais jamais de façon trop frontale: ritualisation, intellectualisation, déplacement sur les objets... On finit par passer plus de temps à parler, à expliquer, à thésauriser la bouffe qu'à grailler ( parce que c'est sale!).

Ça ressemble parfois à du fétichisme, parce que c'en est. D'une logique où la nourriture avait soit une valeur réelle (nutritive) soit une valeur sociale - et dans ces deux cas, la complexité de la nourriture n'est pas vraiment pertinente - on passe à une logique dans laquelle la ripaille vaut en elle-même et par elle-même. Ceux qui ont bien rempli leur cahier de vacances du petit Marxiste à la plage (supplément gratuit avec le Pif de juillet) ont bien évidemment reconnu le concept de fétichisation de la marchandise. La becquetance cesse d'avoir une valeur utilitaire, elle se charge d'un ensemble de significations sociales, de façons de se positionner dans la société qui en font un marché bien juteux. 

J'aime la candeur, et penser qu'on est dans un univers de fooding parce que le gens ont envie de manger mieux, diversifié, parce que le peuple est devenu curieux, aventureux, original, c'est mignon, mais la vérité c'est que si, aux gens qui disaient "Nous voulons consommer différemment", le marché alimentaire n'avait pas répondu "Ha ben ça ça tombe bien alors, on cherche justement à vous vendre de la merde différemment", on ne se retrouverait pas à passer une heure au rayon pain à se demander quelle est la différence entre le grand et le petit épeautre. 

Le capitalisme n'est pas intelligent, mais il est malin, il a bien compris que la diversification du marché alimentaire passerait par une fétichisation de l'aliment, et a largement réussi son coup en faisant nous faisant croire qu'on est trop cool quand on cuisine du quinoa (qui a fait 10000 km en avion) plutôt que des bêtes lentilles, qu'on a une conscience quand on achète du vin chilien (qui a probablement pris le même avion que le quinoa, c'est plus écolo) et qu'on a une vie plus intéressante quand on possède du poivre noir ramassé sur les flancs du mont Ararat par des chèvres géorgiennes. 

vendredi 24 juillet 2015

Le contrôleur sonne toujours deux fois ( mais il peut crever pour que j'y ouvre)

On en rêvait, ils l'ont fait: la loi permettant le contrôle des chômeurs  sans préavis à été votée. Même si on s'y attendait,  il y a deux choses dans cette histoire qui me chiffonnent.

La première, c'est l'absurdité du point de vue pratique : une des raisons pour lesquelles on prévient d'une visite  c'est pour que la personne concernée se trouve à son domicile - et pas pour qu'elle ait le temps de cacher ses éventuels juifs dans le grenier. Sans avis préalable, ces apprentis gestapistes risquent fort de trouver porte close. Je n'ai dès lors qu’un conseil: chômeurs,  ne restez pas chez vous! Allez faire un tour au parc, prenez un bol d'air, discutez le bout de gras avec votre boucher, prenez le temps de faire des études comparatives du prix des patates chez Lidl et Aldi, respirez l'odeur des fleurs, mettez vous à la natation ou à l’arménien oriental;  de toute façon, tout le monde sait qu'un bon chômeur est un chômeur actif et qu'on ne trouve pas un boulot en restant chez soi. 

L'aspect débile de cette mesure potentiellement génératrice d’un foutoir Brazilesque étant assez clair, reste une deuxième chose, qui est plus grave, c'est le mécanisme invasif que ça représente et l'ancrage dans une conception de la transparence plutôt dangereuse. Un des arguments que j'ai pas mal lu consiste à dire que ceux qui n'ont rien à se reprocher n'ont rien à craindre - et par extension, que ceux qui s'y opposent sont d'une manière ou d'une autre coupables.

Cette conception n'est pas nouvelle, qui lie vertu et transparence. Elle a déjà fait débat pendant la renaissance - et je me réfère ici à l'analyse  de Thomas Berns  qui travaille sur le concept de transparence, en m'excusant pour les raccourcis. Ça consiste en gros à dire que le désir de garder un pan de notre vie privée et hors du contrôle de l'état signifie forcément qu'on a quelque chose à se reprocher. L'ordure qui dirige Google justifie d'ailleurs la surveillance généralisée par le même concept. 

A ceci s'ajoute une putain de morale judéo-chrétienne à la con qui associe le secret à la faute, à ce dont on doit avoir honte - tout ça via des montages ultra compliqués de pathologisation et de contrôle de la sexualité entre autres (Foucault is in da hood) et qui finit par faire s’équivaloir vie privée = secret= sale.  Or le secret, le fait qu'une partie de nos existences échappe à la scrutinisation étatique n'a rien  à voir  avec une chose honteuse que l'on cherche à cacher, ni avec des pratiques illégales. C'est le noyau même de notre être,  de ce qui fait de nous des individus à part entière, c'est un des derniers lieux où nous sommes libres.

Face à une machine bureaucratique dont la débilité  semble ne connaître aucune limite, la seule résistance est éthique,  c’est celle d’être humains et dignes, de refuser cette intrusion permanente dans nos vies. En tant que chômeurs, nous avons le droit de refuser ces contrôles; en tant que citoyens, je pense que nous en avons le devoir et ce, que nous ayons quelque chose à "cacher",  à nous "reprocher" ou non.

En ce qui me concerne, il est hors de question que des ersatz d'agents Securitate débarquent chez moi sans prévenir pour foutre le nez dans mes factures,  compter les brosses à dents dans ma salle de bain ou les poils de cul différents dans la bonde de la douche. Ils peuvent s'amuser à aller chercher des mandats chez un juge d'instruction - qui n'a certainement rien d'autre à foutre que de signer des autorisations d'intrusion à des kgbistes en herbe - et ils reviendront me voir après. Par contre, ça risque d'être pile au moment où j'ai piscine, c'est ballot...

jeudi 2 juillet 2015

Gaia is a bitch!

En voilà un genre qu'il est drôle: sans le faire exprès (ou presque), j'ai vu dans la même semaine une série de films qu'on pourrait qualifier de slasher écolo - quoique Google ne semble pas être d'accord avec le concept, mais foutre! En gros, il s'agit de films dans lesquels des humains trop méchants se font niquer la race par une Mère Nature qui en a marre qu'on lui balance des déchets à la gueule. 

The Long Weekend est à cet égard parangonique (?): un petit couple bien mignon se met en route pour un sympathique weekend de camping au bord de la mer. On ne sait pas trop bien où on est, alors ils écrasent un kangourou dans les 15 premières minutes, histoire d'éviter les malentendus. Au départ, on espère un bon vieux slasher rednecko-rural, vu la scène classique de l'arrêt dans une station essence remplie de fermiers patibulaires aux pupilles grasses qui répondent de façon cryptique-mais-inquiétante à notre héros jovial "Hiiiin, vous allez camper là-bas.... connais pas.... gnééé". On attend donc à chaque instant qu'une fine équipe en mode Deliverance fasse son entrée, alors que s'installe une tension palpable du milieu naturel, houuuu. En fait, il n'en est rien: le seul tueur, c'est la nature qu'est pas bien aise qu'on l'envahisse comme ça. Il faut dire que le type ne fait vraiment aucun effort: il tire sur tout ce qui bouge, jette ses bouteilles partout sans même les ramener à la bulle à verre, canarde un marsouin qui avait rien demandé, bref, c'est un vrai salopard. Il est d'ailleurs aussi teigne avec sa gonzesse qu'avec son habitat - ce mufle mérite donc bien de crever dans d'atroces souffrances. Des invasions de fourmis, des opossums acrimonieux, un aigle pas très cool et des cris bizarres dans la nuit: tout ça finit par porter ses fruits et pousser notre petit couple à bout et lorsque le marsouin censément mort se met à les poursuivre insidieusement, c'en est trop.  Ah, les joies d'un weekend à l'air pur!

Dans le même registre, Frogs est plus frontal:  on sait à l'avance qu'il ne sera pas question de la troisième topique lacanienne. Des grenouilles tueuses, donc, mais pas que, puisque les grenouilles sont ici les chefs d'une armée grouillante pas dégueu, qui telle la légion étrangère ratisse large et souvent en dépit des classifications animales de base: batraciens, reptiles, rampants divers: si c'est gluant, c'est dedans! Tout ce petit monde va se venger d'un saligaud de vieux sudiste qui rejette allègrement des déchets toxiques dans les marais. Des petits meurtres collatéraux, puis un étau qui se resserre tandis que les grenouilles montent au filet pour anéantir l'anachronique fossile (qui est aussi raciste par-dessus le tas). On remarque un bel effort pour rendre les grenouilles flippantes: finalement, elles ne demandent qu'à sauter, les pauvres (merci à gridoon sur imdb pour cette analyse affûtée). Les autres animaux ne sont pas en reste, qui arrivent finalement à faire presque peur malgré des moyens plutôt limités.

Avec Slugs (en VO: La muerte viscosa) on glisse (haha) déjà plus vers le film d'envahisseurs/insectes maléfiques classiques, mais l'explication écologiste est quand même là: c'est la faute à la décharge géante! Rendre des grenouilles effrayantes, voilà bien un truc pas facile, mais essayez un peu avec des limaces: d'accord c'est mou et dégueulasse, mais vu la rapidité du truc, on a du mal à les prendre au sérieux. Pourtant le film fonctionne presque bien. L'absolue nullité des dialogues et des jeux d'acteurs fait parfois penser à un exercice de style rohmerien, mais le grouillement gélatineux constant (à la limite du vers, ce que les puristes trouveront un peu dommage) finit par porter ses fruits.  Au niveau sonore, surtout, on aime le bruit des limaces un matin d'été frais, c'est bucolique.

Long Weekend, Eggleston, 1978
Frogs, McCowan, 1972
Slugs, Simon, 1988

samedi 30 mai 2015

Alien: Das Ding is in da house.

J'ai enfin terminé la trilogie Alien. Bon techniquement, il en reste un, mais j'ai tendance à préférer les choses qui vont par trois - la Trinité, le triangle œdipien, les trois mousquetaires -, je trouve "quadrilogie" un peu mesquin comme mot  d'ailleurs. 

Les trois premiers volets forment un ensemble plutôt cohérent, je vais donc m'y limiter - ça et je commence à voir des trucs bizarres dans mon sommeil. Sur le fond, il n'y a pas vraiment grand chose à raconter: c'est une histoire d'extraterrestre superméchants, bien dégueus et qui pondent des œufs dans les gens. L'espèce d'intrigue politique autour de la Compagnie qui veut en faire des armes est un peu lourde sur la fin, mais passons. Deux choses m'ont surtout frappée: l'évolution de Ripley et toute une fable bizarroïde sur la maternité

Ripley commence par être une gentille, plutôt badass mais relativement normale. Au fur et à  mesure des films, elle est plongée dans des univers toujours plus machos - pour finir dans une prison entourée des pires spécimen phalleux de l'univers intergalactique. Sa transformation est éloquente; cheveux de plus en plus courts, gonades de plus en plus grosses. 

Paradoxalement, elle devient de plus en plus Môman. Dans le premier, cette dimension n'intervient pour ainsi dire pas - sauf à la fin. Dans le deuxième, elle se trouve un enfant par procuration, et retrouve cette fibre (qui ne semblait pas vraiment lui avoir manqué tandis qu'elle zonait dans l'espace avec son matou) maternelle, qui la pousse à faire un peu de la merde. C'est d'ailleurs dans ce film qu'elle est confrontée à la pondeuse, dont l'agonie est difficilement interprétable autrement que celle d'une mère à qui on retire ses chiards. Dans le troisième, on atteint un paroxysme du paradigme: elle est infectée, haaa, elle porte donc en elle cette nouvelle vie, hiiii et pour cela est épargnée par les gluants. Il faudrait relever toutes les lignes de dialogues au sujet de ce monstre en gestation, dialogue qui ressemble furieusement à une séquence de 16 ans et enceinte. Jusqu'à la dernière image de Ripley, qui enlace délicatement son avorton pointant le nez hors de son bidou alors qu'elle se jette dans les flammes. 

Zizek a analysé le concept d'Alien - un truc gluant qui se colle aux gens et les féconde - comme un exemple de ce qu'est l'objet a dans la théorie lacanienne: cette chose un peu sale, collante, humide et chaude, cet objet vague et sans contour qui dégoûte mais qui donne envie en même temps. Pour être honnête, je doute parfois de la probité philosophique de ce cher yougo, mais je dois dire que cette analyse me plaît, surtout si on la couple à l'idée de fœtus: c'est bien cette chose innommable et molle, déjà perdue mais jamais réellement possédée, cette horreur intérieure qui est en même temps aux fondements de l'être de Ripley et qui la fait d'ailleurs dire un truc du style "Alien et moi, genre ça fait tellement longtemps que je ne sais même plus comment faire sans". Et oui, c'est donc ça, Alien: ce truc immonde, dont on ne saisit ni la début ni la fin, dont on ne peut mesurer l'étendue, qui nous débecte et nous aliène en même temps, mais dont on aurait bien du mal à se passer. Un peu comme la sauce Américaine.