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vendredi 28 avril 2023

L'être et le néon

 Je suis tombée par hasard sur la dernière livraison de Nicolas Winding Refn (NWR, comme il a décidé de se brander lui-même pour des raisons évidentes de nom foireux) qui, ce petit coquin, est parti jouer sur Netflix après avoir truandé Amazon d'une coquette somme pour son particulier Too young to die old, polar mou au protagoniste poisson rouge. J'ai donc regardé Copenhague Cowboy avec circonspection, me rappelant des longues heures passées à contempler le vide de TYTDO qui était comment dire… un peu trop NWR pour moi (= une succession de plans vides que traverse un personnage hébété à l'expression vide entouré de néons fluos entrecoupés de scène de violence gore et muettes). Mais cette fois-ci, je trouve ça bien réussi!

 On reste dans la pègre et les ripou, chez les ultras riches et les vieux dégueus libidineux qu'on trouvait un peu partout dans TYTDO, mais cette fois-ci donc un joli triptyque épique plein de rebondissements porcins.

 Mia est une jeune pauvrette, à la mine menue et au cheveux triste, vendue comme porte-bonheur à une Madame serbe qui a besoin de chance. Pas de chance, à force de faire chier Mia, la Madame en question finit par ne plus en avoir de chance. Mia est donc expédiée au sous-sol avec les autres filles, harem glauque d'un pimp chanteur de turbo folk un peu flippant. La deuxième partie de de tryptique, c'est Madame Moor, une petite chinoise menue elle aussi qui tient un restaurant toujours vide où aime à dîner un boss de la mafia chinoise qui gère un business difficile à définir (en tout cas, pas l'horeca) mais qui a l'air de faire pas mal de victimes. Là aussi, une histoire de fille enlevée et de vassalité donne à Mia moult excuses pour s'interposer e faire quelques beaux mouvements de kung-fu.  Le dernier volet, qui entrecoupe le reste de l'histoire, se passe dans un château plutôt chic, peuplé d'un couple de vieux beaux au fils unique… particulier. Celui-ci, toujours tapi dans l'ombre, s'entrelace aux deux autres histoires sans jamais servir à grand-chose, si ce n'est donner prétexte à de belle scène de cochonnades (au sens propre comme figuré). Mia navigue entre ces différents cinglés, droite dans son training et peu impressionnée par tout ce bordel.

 C'est assez bien foutu et la déclinaison en trois arcs rend l'ensemble un peu moins lourd – il se passe de trucs quoi – par rapport à TYTDO qui semblait n'en jamais finir d'aller nulle part. La concentration de mecs bizarre au m2 reste assez effrayante et devrait nous avertir quant à l'opportunité d'aller vivre au Danemark, mais je m'égare.

Du point de vue visuel, on est quand même un peu toujours dans le même délire: des espace vides, des gros néons, des visages impassible, des explosage de têtes. Il y a des jolis combats, chorégraphiés comme il faut – je ne sais pas si l'élément chinois sert de prétexte au kungfu ou l'inverse, mais osef en fait – et on s'amuse donc beaucoup. Bande-son canon mais ça c'est toujours le cas et toujours les mêmes obsessions: la beauté, la jeunesse, l'exploitation des corps, la pègre; les poupées désincarnées dans des vitrines de couleurs qui brillent dans la ville morte, la nuit.

 Copenhague cowboy, NWR, 2023

mardi 30 août 2022

The Expanse

 Après avoir erré un certain temps sur mes divers comptes de TV on demand, j'ai fini par m'intéresser à ce beau morceau qu'est The Expanse.Sans vraiment savoir où je mettais les pieds, je m'y suis mise, sans grande conviction à la base.

Alors pour être honnête, le début n'est pas toujours super foufou. Plein d'explication sur plein de trucs avec beaucoup trop d'informations à retenir.. pffoui. Je préférais Selling sunset. Mais bon, au bout de 4 épisodes, j'ai enfin commencé à capter quelque chose, dans un unnivers finalement pas si compliqué.

Nous sommes en (vachement loin dans le futur, mais pas précisé), dasn le futur donc, et la Terre, Mars et le reste du système forment trois entités plus ou moins politiques, plus ou moins en guerre, plus ou moins exploitées les uns par les autres. Dans le tas, les Belter sont les moins bien lotis - les pauvres n'ont même pas de planètes et vivent dans des vaisseaux sans jamais voir la lumière du jour ou sentir le petit crachin bruxellois sur leur peau (un peu verdâtre). Les terriens sont pareils à eux-mêmes, un peu des gros enculés mais avec beaucoup de sentiments. Les martiens (qui ne sont, attention pas DU TOUT des martiens, mais bien des humains qui vivent sur Mars donc, mais genre depuis super longtemps grosse déception donc) sont aussi de beaux enculés en puissance sauf qu'ils n'ont pas d'atmosphère, les pauvres.  Et ne peuvent donc pas non plus sentir la douce brise pollué qui nous caresse le visage certains soir de smog, le long du canal. Fi, que ces gens sont misérables. 

Notre histoire commence quand un type (Holden) entend un appel à l'aide. Comme souvent dans l'espace, c'est une très mauvaise idée d'y aller, alors il y va. Quelle mauvaise idée en fait! Le voilà pulvérisé mais vivant, avec deux trois bras cassés qu'il recueille tels des petits chatons galactiques et forme un nouvel équipage, que dis-je, une petit famille de l'espace qui va se mettre en quête de vérité! Très beau.

Tout cela les mène à moult découvertes, dont celle de la protomolécule, un composé hyper cool, au nom visiblement chié en dernière minutes par un stagiaire, et qui a l'air à la fois super puissant mais aussi super dangereux... Serait-ce une arme? Le future de l'humanité? Who knows, it's nebulose. 

Difficile d'en dire plus sans en dire trop, mais sachez que cette protopute va nous en faire voir des vertes et des pas mûres. 

Dans l'ensemble, le scénario se tient bien, surtout au niveau géopolitique (un délice à voir en ces temps troublés où l'Occident est en train de faire un gros caca sur la démocratie à l'Est). Les factions sont relativement crédibles, avece des méchants, des gentils, des couci-couça et toujours notre petite famille de l'espace qui fait durer l'histoire bien au-delà de ce qu'elle aurait pu être grâce à des décisions toujours plus connes les unes que les autres. La saison 4 est particulière bien partie avec l'hypothèses d'infinité de monde. Bon ça se plante un peu en cours de route, mais on peut pas tout faire visiblement.

Bien sûr certains trucs sont un peu neuneu (beaucoup même). Vers les dernières saisons, on a parfois des épisodes entiers qui alternent entre combats intergalactique incompréhensibles et longues discussions sur le sens de la vie. Bah. Parfois, les méchants ne sont pas bien finauds et ils empirent avec le temps. Mention spéciale au super-vilain de la saison 4, Murtry, qui n'a probablement jamais joué d'autre rôle que celui d'un officier nazi. Ici, il joue un officier un peu nazi sur les bords. Il est vraimeent très très méchant. Le dernier surper vilain, le commandat Marcos (lol) est pas piqué des vers non plus. son jeu dans la dernière saison est un peu à la limite du sketch mais bon. A ce stade, on a investi tant d'heures dans cette série à la con, trop tard pour lâcher.

Ceci nous a par contre donné une autre idée de série: the Expense. Un homme est son tableau Excel contre le monde. L'histoire de Jean-Pierre, plancton ordinaire qui se trouve face à une dépense imprévue. On voit alors ce homme lambda, un parmis nous si je peux dire, se débattre pendant toute une saison pour faire rentrer ce magnifique nouveau taille-haie dans son budget. Y arrivera-t-il? Pourra-t-il lui aussi battre l'inflation rampante? Comment ventiler sa nouvelle facture de chauffage? Le super vilain de la 4e saison, Super Pivot, vous étonnera dans cette aventure humaine qui rend hommage à ce pilier de l'informatique contemporaine qu'est le programme Excel.

mercredi 13 mai 2020

Das Grösse Ordinateür

C’est un pur hasard de calendrier, mais la diffusion combinée de deux séries pré-apocalyptiques qui parlent toutes deux d’un futur proche dominés par des AI maléfiques ne pouvait pas mieux tomber : que dire de Westworld III et DEVS donc ?

A première vue, ces séries ne racontent pas vraiment la même chose : DEVS est un thriller numérique autour d’un programme top ultra secret développé par un gourou new-age type Silicon Valley tandis que Westworld, déjà à sa troisième saison, prenait le chemin d’une révolte des robots échappés d’un parc à thème contre leurs créateurs.

On avait bien aimé Westworld, la saison 1 était super bien foutue, visuellement et scénaristiquement, les personnages impec, des super twist et un peu de réflexion çà et là. La base existait déjà (le film de 1973 avec l’inénarrable Yul Brynner). La deuxième saison nous avait laissés un peu confus : trop de fils narratifs, trop de niveaux temporels différents, des trucs qui se tenaient de moins en moins au niveau concept – ça commençait à ressemble à un cahier de charge à la GoT, à savoir une grosse bagarre par épisode + des répliques sentencieuses sur la vie, la mort, tout ça. Beaucoup de twist aussi, surtout sur le thème « En fait, c’était un robot tout du loooooong  mince alors ».

La saison 3 fait la même chose mais en mille fois pire : les robots sont toujours de robots mais presque des méta-robots parce qu’en plus la réalité dans laquelle ils évoluent est elle aussi une simulation d’un laboratoire dans lequel on fait des robots. Woua. Les super-robots sont donc sortis dans le monde réel (mais est-il vraiment réel ? Mystère !) pour on ne sait pas trop quoi faire – reprendre le contrôle du monde ? Vivre libre comme des bons robots ? Buter tous les humains ? – ce qui est certain c’est qu’ils sont vénères. A partir de là, le truc part en sucette narrative à une vitesse comparable à la propagation d’un virus à R = 10 pour finir par ressembler à un croisement entre Fast’n’Furious et Transformer avec pour thématique de fond Das Grösse Ordinatëur qui contrôle notre destin et quoi alors, sommes-nous encore libres, que diable ! Tout ça par l’intermédiaire d’un CEO ténébreux zet machiavélique qui apparaît via des hologrammes car il est avant tout français et qu’est tellement méchant qu’il a enfermé son frère, le gentil Jean-Mi (Jean-Mi, on t’aime !). Les deux héroïnes principales, sont féminines, pink washing oblige, mais ne sont au final qu’une seule et même personne. Ou pas. Je n’ai plus essayé de comprendre. Enfin bref, elles se battent au sabre non pas une mais deux fois (une bagarre par épisode), c’est joli, ça fait mauvais film de kung-fu et l’occasion pour des réalisateurs sans doute poussés par l’idéal féministe de mettre deux nanas en justaucorps tellement moulant qu’elles doivent avoir du mal à respirer à l’honneur. Clap clap. Je n’essaie même pas de relever les trous du scénario, à partir de l’épisode 4, il devient clair qu’on n’en a plus rien à foutre, et que tout est surtout prétexte à faire des courses en bagnoles volantes, en moto intelligente, et à sortir des gros flingues bien phalliques.

DEVS de son côté est à l’exact opposé du spectre cinématographique : hyper lent, contemplatif à mourir, avec un visuel très chiadé, une action parfois inexistante – y a un épisode dont la seule action = une discussion autour d’une table de salle à manger – et des personnages dans un anticlimax constant. L’intrigue est relativement simple : Sergei, développeur trop cool est invité à bosser sur un projet hyper top secret pour un gourou de la tech – joué par Nick ‘Ron Swanson’ Offerman, il faut un petit moment pour s’y faire. Le soir de son premier jour, paf, plus de Sergei. Sa copine, qui bosse pour la même compagnie, décide d’en savoir plus. Et à la fin elle en sait plus. C’est tout. Le projet top secret en question est bien évidemment en rapport avec la construction d’une super AI de fou qui devrait permettre de reconstituer un univers parallèle avec les mêmes coordonnées que le nôtre (et donc dans lequel toutes les actions à venir sont déjà déterminées). De nouveau, on se questionne sur notre libre arbitre, qui sommes-nous si tout est décidé, pourquoi vivre et tout ça. L’angle est un peu plus intello que Westworld puisqu’on se bagarre sur les mérites respectifs de la théorie de l’infinité de mondes possibles et le déterminisme absolu. D’ailleurs, on peut se demander pourquoi un type qui veut reconstituer un monde parallèle pour réparer le monde réel (dans lequel il a perdu sa fille et sa femme) refuse absolument que ce monde simulé diffère du réel. Parce que du coup, bah, il va quand même avoir perdu sa femme et sa fille, non ? Enfin. Tout ça me passe au-dessus de la tête, car comme dans beaucoup de séries sur la tech, on essaie surtout de vous montrer que tout ça est trop compliqué pour vous de comprendre. Bref.

Ce qui est commun au final dans ces deux productions, c’est cette idée qu’il existe et ce dans un futur relativement proche, la possibilité qu’une méga AI soit tellement évoluée au niveau algorithmique, présente au niveau surveillance, et puissante au niveau processing de données, qu’elle soit capable de prédire l’avenir. Nos comportements, nos réactions, les événements fortuits, le cours de la bourse et la date de péremption du gouda. C’est assez génial que ces deux projets soient diffusés à un moment relativement apocalyptique causé par un truc aussi con qu’un virus et l’incapacité assez générale à y faire face – qui aurait, dans ce cas précis, consisté à faire preuve d’un minimum de prévoyance. On a tout vu venir mais rien prévu en gros. Mais par contre, tremblez peuples de demain, car des super AI vont contrôler votre destin. Quand on constate qu’une épidémie va être gérée par des états modernes grâce à des « systèmes » de « tracking » qui sont en gros des fichiers excel remplis par des agents via google doc, je crois qu’on peut dormir tranquille : le libre arbitre et la libre connerie ont encore de beaux jours devant eux ! 

Westworld, Nolan, 2019

DEVS, Garland, 2019

dimanche 14 juillet 2019

Trou détective, again.


Je viens de finir le visionnage épique de la fameuse mini(!) série de NWR (comme il a visiblement décidé de se nommer lui-même ou en tout cas de faire une TM sous forme de # en début de chaque épisode heu bon). Je suis maintenant officiellement trop vieille pour mourir jeune. Sans déconner. Too young to die old m'a mis 10 ans dans les dents. En dehors du fait que ce soit long, ça a le don de rallonger le temps d'une façon jamais vue avant. Je ne sais pas trop quoi en penser, entre soulagement de l'avoir fini et, parfoi, regret de l'avoir jamais commencée. Il y a certes il y a des trucs pas mauvais, on finit par s'y laisser prendre mais bon, était-ce vraiment nécessaire?


Soyons honnêtes, j'ai des très mauvais souvenirs de NWR. Pusher et Bronson ne sont pas mauvais Drive passait encore mais God only forgives m'a donné l'impression de voir le même plan pendant 2h (Ryan Gosling traversant l'écran au ralenti d'un air hébété au milieu de néon dans une ambiance lourde) et Neon demon était à peu près du même tonneau (avec une morale à la Disney en plus). Du coup, bon, je l'ai surtout commencée pour ricaner (j'avoue, je suis mauvaise). 

Pendant tout le premier épisode, on s'est demandé c'était quoi le fuck. On y voit Martin, flic pas très rapide, faire des sales coups avec son pote qui finit par se faire gunner dans une rue, comme ça, pan. Y plein de néon partout, des nappes d'éléctro, des plans longs et lents d'endroits un peu postapo. Chaque réplique met une demi-heure à arriver, au point qu'on dirait parfois que Martin a tout simplement oublié la question. Ou la réponse. Pour être franc, c'est à partir de là que la série est devenue Martin-le-poisson-roug pour nous. C'est du Maeterlinck sous prozac en gros. 

"Martin ...............................................T'as une clope .........................................................?" 
"............................................................. Oui .................................. Attends , une quoi?"
"...................................................... Une ....................................... merde ..... Nevermind".



On remarque d'ailleurs dans cet épisode que Martin possède un poisson rouge. Enfin, il a un aquarium. Pas certain que le poisson y soit. Il l'a peut être oublié ("Wait what?"). Trou détective quoi.
On remarque aussi que Martin est entouré de gens chelous, une copine pas majeure, dont le  père est bien ridicule (le jeu d'acteur tout dans le nez est remarquable), toujours dans une ambiance avec full néon, détails un peu freak, ambiance étranges. Coucou Lynch,on a compris.

Bon le deuxième épisode nous envoie au Mexique voir la partie mexicaine de cette histoire. Même ambiance, mais en plus solaire. Endroits vides, longs plans, relations familiales tendues du slip, non-dits, violence à fleur de peau, cruauté et ralentis cruels. Bon.

On finit par revenir à LA avec le 3e épisode pour découvrir un troisième fil narratif, celui de la cinglée qui fait buter des pédophiles (heuuu ok) accompagnée de son homme de main à l'oeil de verre. Oh tiens, encore un freak. Et qui a une mère malade, tiens. Bon, vous voyez le genre.

Au bout d'un moment, on se fait au rythme, disons que ça décolle un peu et qu'il se passe des trucs (= des gens se font buter surtout) du coup, on revient pour le fun. On finit par apprécier les plans, l'ambiance musicale, la diction à deux de tension et on se laisse prendre au jeu. L'histoire part dans une direction à laquelle on ne s'attend pas vraiment et finit pas trop mal. Dans l'ensemble, ça reste regardable, il faut juste passer les trois premiers épisodes et faire un peu abstraction du style qui est un peu fatigant quand même. 

Il y a trois trucs qui pourraient bien marcher mais qui sont tellement utilisé que ça devient pesant:

- des très très très longs plans. Tableaux fixes, personnages immobiles, cadrages un peu abscons: alors oui, ça donne une patte visuelle un peu scandinavo-design, un côté observateur froid de la faune humaine mais pourquoi est-ce que chaque plan doit en être? On est par contre soulagée que NWR n'ai pas succombé (si peu!) à la tentation du drone. Probablement trop mainstream pour lui.

- des néons. Partout. Putain s'il y avat moyen de foutre un néon dans le cul d'un cheval, il l'aurait fait. Et quand y a pas moyen de foutre des néons, sursaturations de couleurs dans tes dents. C'est pas un peu déjà vu? Si. C'est du boocoo vu comme dirait James.

- des freaks, des marginaux, des personnages un peu cassés par la vie qui créent des situations bizarres, un peu tordues, augmentée par le ralenti. Ca, c'est encore intéressant. Ca devient gavant quand TOUTES les scènes sont identiques, quand TOUS les personnages semblent échappés d'un asile ambulatoire: pas moins de trois relations incestueuses, des pédophiles à tous les étages, des drag, des queer, des cartomanciennces, des chamanes non-descript; même les clébard ont une gueule à l'Arbus. 

Certaines personnes ont trouvé ça lynchéen, version Twin Peaks 3, dans ce rapport à la lenteur, aux personnages chelous. Honnêtement, on sent la tentative, mais c'est loin, très loin d'y arriver, entre autre parce que ça en fait trop, ça essaye trop. Il y a une superbe définition de ce qui fait l'essence lynchéenne quelque part dans Wallace et ça dit ceci:

Some guy killing his wife in and of itself doesn't have much of a Lynchean tang to it, though if it turns out the guy killed his wife over something like a persistent failure to refill the ice cube tray after taking the last ice cube or an obdurate refusal to buy the particular brand of peanut butter the guy was devoted to, the homicide could be described as having Lynchean elements. And if the guy, sitting over the mutilated corpse of his wife (whose retrograde 50's bouffant is, however, weirdly unmussed) with the cops on the scene as they all wait for the boys from Homicide and the M.E.'s office, begins defending his actions by giving an involved analysis of the comparative merits of Jif and Skippy, and if the beat cops, however repelled by the carnage on the floor, have to admit that the guy's got a point, that if you've developed a sophisticated peanut-butter palate and that palate prefers Jif there's no way Skippy's going to be anything like an acceptable facsimile, and that a wife who fails repeatedly to grasp the importance of Jif is making some very significant and troubling statements about her empathy for and commitment to the sacrament of marriage as a bond between two bodies, minds, spirits and palates...
David F.Wallace, A supposedly fun thing I'll never do again, 1997 
Ce qui fonctionne, c'est la subtilité, c'est justement l'instant à partir duquel la scène est trop lente, le petit point à partir duquel le personnage est étrange, le micro-décalage. Il y a un humour qui manque cruellement dans tout ça, très peu d'ironie, y compris pour soi-même.  Ici, c'est surtout une autocopie, un style qui finit par être plus de l'auto-érotisme artistique qu'autre chose (comprenez: de la branlette). NWR n'a visiblement pas décidé de se renouveller, et finalement, pourquoi le ferait-il? Avec un scénar de trois lignes, des néons de paki et des acteurs à la gueule tordue, il continue à faire mouiller les vioques des Cahiers + les jeunes Insta qui ont l'impression de voir un JLG (tiens, un autre accronyme) version 3.0. Pourquoi essayer de faire compliqué quand on peut faire simple, quitte à répéter encore et encore la même chose?

vendredi 5 juillet 2019

Total conspiration

En cette période de grosse canicule et donc de grosse conspiration, des gentilles séries plein de méchants cachés, de secrets d'état et de types louches qui effacent leur traces derrière eux.

Tchernobyl, je n'avais pas follement envie de la voir, mais j'aime des images vintages et les paysages postpocalyptique post-sovétiques. Alors bon. C'est en somme pas trop mauvais, ça ne verse pas trop dans l'anti-communisme primaire qui semble démanger le cinéma US en ce moment (hasard du calendrier? Je ne pense pas.) Donc ça tape plutôt du côté de la Vérité, cette chère amie que l'on croit toujours tenir au moment où elle nous échappe (c'est beau, je sais). Certes, l'incident de Tchernobyl a l'air d'avoir été un sacré foutoir. Certes, la gestion n'a pas l'air démente. Mais si un truc pareil se produisait aujourd'hui, au hasard, à Tihange, je ne suis pas certaine qu'on s'en sortirait mieux (déjà qu'on a perdu les plans, haha). Mais je m'égare (c'est la chaleur). La série tape donc bien sur l'idée de vérité: tout le monde ment et c'est très mal. A force, on finit par faire des conneries. La narration n'est pas mauvaise en soi, passée à la moulinette d'un Hollywood qui ne comprendra sans doute jamais rien à une société qui échappe à l'idée d'individu et qui place le collectif au-dessus. Du coup, ça héroïse à tout va, ça dramatise par le petit bout de la lorgnette, ça réindroduit la petite histoire dans la grande et tout ça. Ca donne quelque chose de très romantique finalement, avec une fin tragique mais qui s'insère tellement bien dans dans le paysage hollywoodien que c'est un peu gênant: encore un truc cool que les Yankee ont piqué aux Russes! Suffit de voir les hordes d'instadébilos qui se précipitent depuis sur le site afin de faire eux aussi partie de l'histoire mondiale de la connerie. Le réalisme visuel est par contre hallucinant, la recherche documentaire bien faite et semble complète. Un peu dommage du coup de manquer d'imagination à ce point-là au niveau construction, de s'être contenté d'absorber complètement une histoire somme toute très soviétique dans un paradigme hollywoodien pour en faire un tire-larme assorti d'une pseudo sonnette d'alarme du niveau d'une moral d'un épisode de Trotro. 

Aussi avec des conspirations mais beaucoup plus réussi, c'est The patriot, un genre de Homeland écrit par les frères Cohen pour faire court. John est un espion américain qu'on envoie en deux temps trois mouvement dasn une opérations de financement secret d'un candidat iranien. L'idée est assez simple (et expliquée dasn une scène de 5' montre en main), il s'agit de filer du fric au candidat du bien pour éviter un candidat du mal au pouvoir. Fastoche. John doit donc se trouver une couverture et pour ça, se faire engager par une entreprise de tuyau basé dans le Midwest afin de se rendre au Luxembourg pour filer tout simplement un paquet de fric (littéralement) à un mec qui l'acheminera ensuite en Iran. Trop simple me direz-vous, c'est un plan qui tient à peu près 20' dans une série d'espionnage habituelle. Sauf que. John n'est pas super vaillant. Et pas hyper réveillé. Et pas un très bon espion d'ailleurs. Et puis tout foire. Il se fait à moitié griller. On lui pique son sac. Il est nul en tuyaux. Et de fil en aiguille, un truc qui devait être réglé en deux coups de cuillères à pot devient une intrigue complètement délirante, où chaque noeud devient plus noueux au fur et à mesure. Autour de John, on trouve son père, figure assez flippante et bien culpabilisante, limite atroce derrière l'air bonhomme et bienveillant. Son frère, comique pataud un peu mou du genou mais tendre jusqu'à la moelle et fan de training Jackie Chan. Il y a aussi une ribambelle de personnages tous aussi hétéroclites, bizarres, rassemblés là par hasard et qui donnent à l'histoire cet aspect complètement bizarre, désorganisé mais surtout hyper humaine. En fait, c'est une histoire super touchante, probablement la première fois que je vois un truc d'espion qui touche à quelque chose de tellement humain, chacun avec ses imperfections, ses limites et son absurdité. Il y a des frères Coen dedans, dans le genre des personnages de losers un peu mou sans pathos comme on en trouve dans A serious man ou Miller's crossing. Quelque chose aussi de cette inertie de gens trop fatigués par la vie pour faire un geste. De longs plan qui laissent venir les choses sans chercher à presser l'action. Pleins de petits moments drôles dans des détails de l'action, dans des images, des rencontres. C'est parfois contemplatif mais jamais chiant, toujours superbe autant dans l'image que dans le jeu des personnages. Ca tourne beaucoup autour du folk niveau musical mais, surprise, même ça ça n'a pas réussi à me refroidir. Plein d'amour et de gros poutou pour une première saison extra. Je crains un peu la deuxième d'ailleurs (c'est toujours mieux la première fois).


Dernier truc d'espion planqués qui font des mauvais coups, c'est Deep state, qui avait l'air bien cool quoique moins intello mais qui promettait des baston et des heures de supputations délicieuses (et avec Walton Shane-the-Shield Goggins qui joue sans doute un méga ripou). On a honnêtement tenu trois épisodes et on s'est un peu forcés sur la fin. C'est un peu Homeland mais réécrit par Donald Trump (pas pour l'idéologie, pour le côté scénario écrit par un personnage Duplo). Un type qui n'a plus servi depuis perpet et qui coule une vie tranquille en France, aux côtés d'une épouse française qui a un putain d'accent chelou et un frère qui doit sans doute écouter Manu Chao casse-couille à fond, se voit proposer de reprendre du service. Genre. Il accepte mais en fait il veut pas mais en fait y'a son fiston dans l'histoire. Bon. On découvre un genre d'enroule dans les trois première minutes, quelque chose est louche. On est en train de le piéger en fait (bah tiens). Des types en cravate à Washington essaient de couvrir leur cul pour des affaires conclues avec régimes ennemis mais amis du pétrole et vont pour ceci sacrifier de courageux espions qui ne sont au courant de rien et sont des bons gars dans le fond. Pendant ce temps, la pauvre meuf à Bidule fuit le sud de la France car elle est poursuivie par des types qui veulent aussi la buter (genre elle a vu une vidéo, en plus avec son frère Greg-le-chichon) et donc voilà. Pff. Un scénar' cousu à la grosse ficelle bien rouge bien voyante, des personnages d'une épaisseur inversément proportionnelle à la taille des poutres utilisées pour faire marche l'action, un gros tas de muscle rasé comme héros principal: on redira encore Merci à Fox (bah tiens) de nous avoir faire perdre ces heures, à tout jamais envolées.

Tchernobyl, 2019
The patriot, 2018
Deep state, 2019

dimanche 27 novembre 2016

Preacher

                          
Je viens de finir après moult atermoiements, la première saison de Preacher, énième adaptation d'un roman graphique (?) en série, mais produit par Seth Rogen et Evan Goldberg. Comme souvent, je m'y suis mise sans avoir trop d'info sur le contenu - je savais juste que c'était un truc de redneck. C'est ça, mais en mieux.

Preacher raconte l'histoire de Jesse, de retour dans son patelin d'origine du bumfuck Texas pour reprendre l'église de son père (preacher avant lui). Mais Jesse n'est pas vraiment preacher, en fait. Non, il est plutôt ex-malfrat tendance cowboy, avec un ex aux trousses assoiffée de sang (pas le sien, hein). En plus de ça, il se prend une sorte de boule de feu lumineuse dans la gueule en plein sermon et se met à avoir des pouvoirs super chelou - il ouvre les yeux des gens dans le coma, il ramène des tycoon à Dieu et il simule des suicides pour faire peur; bref, il devient un peu Jésus. Comme si ça ne suffisait pas, atterrit dans un jardin un drôle de peye avec un teint blafard et un accent anglais (??) à couper au couteau, qui n'est autre qu'un vampire - d'où le teint livide. 

Mazafaka.
                                 
A partir de là, on se demande un peu comment tout ça va tourner: ça fait beaucoup de références pour un seul homme finalement. Mais en fait non: on se retrouve avec un truc entre True Blood, Banshee et Dogma: un peu redneck, un peu sanguinolent, un peu religieux-mais-pour-déconner. Il y a des courses-poursuites en pick-up sur les routes poussiéreuses, des mères de famille courageuses qui travaillent dans des dinner, des gros flics un peu mou du bide, des industriels de la viande impitoyables, une paire d'anges à grands chapeaux en mission sur terre, des suicides ratés (impressionnant!) et bien sur des cow-boys modernes à col romain. Le tout est entrecoupé de flashback (parfois pas super clairs si on suit pas), sur un son de guitare country, qui fait "boiiiiing" (genre Bwow) et toujours le désert, les plans en contre-plongé un peu comics, la sueur du Sud et des villes de bouseux qui suinte la graisse de porc et l'ennui vague. Yum.

vendredi 7 octobre 2016

2017, année du cowpster?

J’avais sans le vouloir eu du pif : les cow-boys c’est trop in cette année : entre les petites boots pointues chez Chanel, les chemises à carreaux,  la tendance burger à la viande cuite sur braises de chameau, les néo-westerns poussiéreux au cinéma et les folkeux dépressifs à cigarette molle, on a tous en nous quelque chose de Tennessee.  Ça tombe bien, les cow-boys, moi j’adore ça : y zont des jolies bottes, des beaux chevaux et ils vivent d’amour et de scalps frais. Un retour à la virilité 1.0 en quelque sorte – d’où le mot-valise concept du titre qui deviendra, j’en suis certaine, le hashtag trend de 2017.

HBO l’a bien compris : pour faire un switch en douceur et gérer la descente des fans de GOAT (qui ne savent même plus pourquoi ils regardent la série ( moi y compris), un peu comme un vieux couple qui baise par habitude), ils se lancent dans le western postmoderne. Oui, car western il y a mais avec des robots dedans. Un genre ultra codé + des problèmes super modernes+ des héroïnes avec des cheveux qui font des boucles = quasi la même recette que GOAT finalement, mais avec plus de poussière. 

En lisant le pitch de Westworld, on est toute chose : des cow-boys, des robots, de l’intelligence artificielle et un sentiment de perte de réalité : WOOAA.  Le pilote tient d’ailleurs ses promesses :  des bagarres de saloon, des mecs pas nets qui boivent des whisky sales, des cascades à cheval , le tout dans un contexte de questionnement existentiel du niveau du profil snapchat de Kimberley, 15 ans ("et si notre réalité était en fait un monde commandé par des gens supérieurs ? Et si je pensais que je vis mais en fait je vis pas vraiment et c’est quelqu’un qui me programme ?" (attention Kimberley, réfléchir ça va faire mal à ton lissage japonais)).

JJ Abrams est  derrière ce truc assez improbable – on sent revenir la vieille idée qu’il a peut-être eue  pendant Lost (et l’hypothèse que j’ai secrètement défendue pendant des années) : en fait, ils sont tous dans un parc à thème pour notre amusement – d’ailleurs c’est un peu vrai si on remplace parc à thème par HBO, mais bon. Il y a aussi Crichton, auteur de l’original Westworld (pas encore vu, mais hâte) qui est par ailleurs un homme bien perturbé par l’émergence des AI et par les parcs à thèmes , puisque c’est aussi le sujet de Coma, chroniqué ici et de Jurassic Park. Il doit être chouette à vivre ce monsieur.


Enfin bon : pour le moment tout va bien. Le premier épisode a donné lieu à des belles envolées foucaldiennes – les gens qui deviennent fous en fait y sont juste pas bien mis à jour, Michel n’aurait pas dit mieux – et à des  plans imprenables sur les steppes de l’Ouest. On aimerait bien plus de dragons, mais bon, on peut pas tout avoir non plus.

vendredi 23 septembre 2016

Hôpital massacre.

La nouvelle saison de Scream Queens a commencé et on est bien content de retrouver ce bonbon rose pop qui nous change un peu d’AHS  (trop de Gaga) et de Glee (trop de Gaga aussi). Le thème de cette saison sera donc l’hôpital, les maladies bizarres et les monstres des marécages. Histoire de se mettre en train, quelques suggestions de films rouge sang sur blouse blanche à voir ou revoir.

Coma est sans doute le plus classe, avec Michaeeeeeel Douglas quand il ne ressemblait pas encore à un pépé qui se serait fait greffer un cul de fœtus de souris à la place du menton (on est d’accord que cette fossette ressemble à rien ?), Michaeeeel donc, qui était certes jeune, mais aussi un peu un connard : alors que Suzanne, sa meuf se joue la vie pour devenir médecin respecté, il lui parle de faire la vaisselle. Bravo. Mais là n’est pas le point car Suzanne découvre que des choses bizarres se passent dans cet hôpital : mais oui, des patients entrés pour des opérations somme toute simples ne se réveillent jamais. C’est vrai qu’un accident d’anesthésie pour un coton tige coincé dans l’oreille, c’est louche. Dans cette enquête, elle ne sera pas vraiment aidée: Maïkeul fait la gueule (pour le coup de la vaisselle), le directeur pense qu’elle a ses règles, enfin c’est un complot de crétins finis. Mais qui se cache derrière ces anesthésies foudroyantes ? Suspensme ! 

Terminal choice est fun dans son genre mais un cran en dessous – les experts auront reconnus le programme du B to Z Medical Mayhem, vu dans un état de stupeur avancé après une demi-journée aux urgences de St-Pierre, autant dire en condition optimale. Ici, on est plus dans le délire A.I. gone mad : des patients traités par un super système de folaïe, genre Google Car mais en médical, quimpent pourtant dans d’étranges circonstances – généralement dans des bains de sang conséquents. Alors quoi, c’est y que c’est la machine qui se détraque ? Comme on l’apprend assez rapidement en IT, quand quelque chose merde, c’est quasiment toujours une erreur humaine. Rien ne sert donc de dire que «  c’est le système qui plante », non , c’est vous, pauvres cons d’humains qui faites de la merde. Passons. Heureusement, une vaillante doctoresse (encore une femme, parce qu’y a qu’elles pour être assez chiantes pour mener des enquêtes à la con et puis, c’est connu, elles zont que ça à foutre en attendant que leur vernis sèche), le Dr Lang, va suivre une piste qui la mènera loin au cœur de l’horreur humaine et du cynisme médical, mouahahaha. Très belles images de super-ordinateur, qui rappellent un peu Class of 1999, tiens.

Hospital Massacre faisait partie d’un cycle Cannon prod jamais relaté ici mais oh combien instructif. On y raconte une histoire d’amour et de scalpel. Susan (encore une), se fait hospitaliser un soir de St-Valentin (belle manière de se défiler quoiqu’un peu extrême sans doute) pour un truc  mystérieux. Comme beaucoup de patientes hystériques, elle répète qu’elle va bien, qu’elle n’est pas folle et que les monsieurs ont arrêté de parler dans sa tête alors elle peut rentrer chez elle, merci, et se gaver de chocolats à la liqueur. Mais pas si vite. On ne trouve pas ses résultats. Son médecin disparaît du coup elle en a un autre. Puis un troisième – un peu comme à St-Pierre, tiens. Tout ça sent le coup fourré, un coup en forme de vieille vengeance du genre mûrie et méditée pendant 20 ans, comme en atteste l’incipit du film : gaffe, les filles, vos amoureux éconduits de bac à sable seront les clous de votre cercueil. Je sais, je spoile, en même temps, vu le niveau du film, il se spoile tout seul on va dire.

Ça fait un bail que j’ai vu Pathology, mais je m’en souviens comme d’un truc plutôt rigolo, un peu dans la veine « sexe+sang = cool) avec des jolies couleurs verdâtres et des néons blafards de morgue plutôt avenants. On retrouve ici une bande de jeunes étudiants en médecine un peu connards (ils sont à Harvard, ces petits cons) qui décident de faire joujou avec des cadavres. Cadavres ? Pas si sûr, j’en vois un qui bouge, là dans le fond. Ne s’embarrassant que peu de scrupules, ils tranchent, découpent, baisent et prennent de la drogue sans vergogne, ces fripons. Heureusement, comme tous les méchants, ils finiront par payer ! (ou pas, je ne me souviens pas de la fin en fait).

Il en reste quelques-uns qui me font de l’œil, dont  Les  insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock, erotico-slasher italien ( La besta uccide a sangue freddo en VO) connu sous une  chiée de titres différents un peu partout et Dr Giggles, qui mêle vengeance et docteur psychopathe.

Coma,  Crichton, 1978
Terminal choice, Larry, 1985
Hospital Massacre, Davidson, 1982

Pathology, Scholermann, 2008

vendredi 23 janvier 2015

The Fall

Je n'ai pas l'impression qu'on ait beaucoup parlé de The Fall jusqu'à présent: allonzo. Très franchement, les séries policières à serial killer et figure féminine de proue, y'en a des masses: The Killing se distinguait un peu, pour l'ambiance glauquasse et la performance de Enos - quoi que parfois un peu trop gros-pull-et-cernes-sous-les yeux -, il y a eu aussi The Bridge, pas mauvais non plus pour la Krueger, et puis une triclée de truc british - dont on retient surtout Broadchurch, pas trop mal torché.

Le dispositif est presque toujours le même: l'enquête impossible, les pouvoirs locaux impuissants, l'outsider qui débarque, en général méga surdoué mais un peu cassé, les yeux dans le vague, les intuitions chelous planquées dans la manche, relativement asocial, silencieux, brisé: ça ressemble aussi à la formule de pas mal de grandes séries littéraires policières, dont l'énorme Nesbo et son personnage d'enquêteur alcoolo aux yeux de cocker.

L'outsider ultime étant une femme, il est intéressant de voir comment se positionne ce type de série: en général, on retrouve des femmes pas très girly ou bien franchement psychotiques, toujours dans l'idée de personnages qui n'arrivent pas forcément à entrer dans le cadre qui leur est imparti - genre si on veut être un détective trop badass, c'est impossible d'avoir une vie normale, ou le syndrome McNulty. Avec The Fall, un truc intéressant se produit: Gillian Anderson est une femme à  donf: attitude, fringues, gestuelle, sexualité; elle maîtrise les codes et n'est pas dans une situation de refus, de renoncement.

Il s'agit d'une féminité glacée, très froide et ultra obsessionnelle dans le soin du détail, mais pour une fois, on n'a pas l'impression d'être face à une gamine poussée trop vite qui ne tient pas sur des talons. L'idée n'est pas de rentrer dans une défense féministe du truc, mais ce positionnement fait une partie de l'originalité de la série, d'autant  plus qu'il s'agit bien ici de rapports de pouvoir entre le féminin et le masculin, que ce soit dans l'enquête ou son environnement.

L'intrigue est de son côté très bien foutue, avec un sentiment de lenteur et d'impuissance plutôt réaliste, un aspect anti-spectaculaire. Il y a bien des intrigues secondaires qu'on sait pas trop où elles vont parfois, probablement censées ancrer le tout dans un contexte spécifique - mouais...- mais ça ne gêne finalement pas le déroulement. Je regrette un peu la fin mais en même temps, pourquoi pas. C'est abrupt, mais au moins ça change.

lundi 11 août 2014

True Detective


Puisqu'on a certainement déjà tout dit à propos de cette série, je vais me joindre au concert des gens qui chouine leur mère sur cette série, sans vrai souci d'en dire quelque chose de mieux ou de plus malin. Trois choses seulement:

- le personnage de flic super freak, en général en tandem avec un type plutôt normal. Le frlic (frleak?) correspond à un type qu'on voit pas mal dans ces séries policières à ambiance grinçante un peu glauque: Linden dans The Killing, Cross dans The Bridge plus plein d'autres que je zappe. En général, le frlic est méga intelligent, possède une sorte d'intuition un poil zarbi, parle à ses mains et découvre des trucs que personne d'autre il peut les comprendre. Du coup, il est souvent tout seul, n'a pas vraiment de famille, s'habille comme un plouc et est pour ainsi dire légèrement autiste. Ici, on est en plein dedans, avec un petit truc en plus qui fait que. 

- le bayou et le Sud en général: déjà mentionné précédemment, le Sud fascine pour tout un tas de raisons: c'est un réservoirs à redneck et hillbillies en tout genre, c'est un peu le petit secret dégueu des USA, le truc qu'on range sous le tapis et qu'on préfère pas trop montrer aux visiteurs. Mais le bayou génère en plus une certaine fascination, qui joue à plein ici parce qu'il fonctionne à la marge à différents points de vue. Du point de vue géographique parce qu'il est aux confins d'une terre à moitié immergée, toujours à moitié en train de disparaître; du point de vue social, parce qu'il concentre une population plus ou moins livrée à elle-même (en tout cas dans l'image qu'on en donne) à la marge d'une société américaine au sourire bright; du point de vue anthropologique, parce qu'il semble concentrer et mêler des croyances de tous bords en un joyeux bordel vaudou pagano-chrétien de l'extrême. Ici, la marginalité est clairement le sujet: les longs plans aériens sur les swamps, les images immobiles de caravanes posées sur des cailloux au milieu de nulle part, les arbres à moitié crevés, des communautés en pure décomposition qui végètent sur le bord de routes abandonnées et une logique spirituelle à la limite même d'une spiritualité "moderne".



- Le personnage de Cohle enfin, écrit par un putain de Schopenauerien en pleine décompensation heidegérienne, qui fout un coup de mou à tous les personnages de flics cyniques jamais écrits. Beaucoup de gens sont étonnés par la prestation de McConaughey, mais ceux qui l'ont vu dans Joe connaissent déjà son bon vieil accent traînant qui pue le bourbon. Là où c'est radical ici, c'est qu'il ne plie jamais vraiment, sauf peut-être à la fin (moment moyennement validé par moi). Les personnages de grands cyniques ne sont en général supportés que pour deux raisons: ils font avancer les choses, parce que souvent les plus finauds et ils sont en fait humains (le fameux moment-où-on-comprend-qu'en-fait-il-a-trop-souffert-mais-dans-le-fond-il-aime-aussi-les-lolcats). Ici, ce moment arrive vraiment in extremis- est-ce que ce serait un petit manque de couilles au niveau de l'écriture? Je trouve que. Mais pour le reste, le personnage est écrit comme un pur cynique qui finalement dit un certain nombre de choses avec lequel on peut difficilement ne pas être d'accord. Ce qui est plutôt drôle, c'est que pour qu'un personnage pareil puisse exister à la télé aujourd'hui, il doive automatiquement être un type complètement barré, un peu comme si c'était inconcevable qu'une personne normale tienne ce genre de discours. Pour ma part, je suis assez d'accord avec ce qu'il dit, et je ne vois pas encore de trucs dans le ciel quand je réfléchis trop. Ça renvoie d'ailleurs à un truc qu'il dit lui-même sur le besoin d'intégrer une expérience à une narration rassurante (autour du deuxième ou troisième épisode). De là à dire qu'il y à auto-méta référence infratextuelle, bah on va laisser ça aux dérridéens bretons. Mais ça en dit quand même long sur l'aveuglement de l'époque actuelle à considérer les choses comme elles le sont et cette putain d'obligation du bonheur qui finira par rendre fou pas mal de gens.

Voilà trois bonnes raisons de regarder ça. Y'en a plein d'autres aussi et probablement une masses de commentaires plus intelligents à faire sur la métaphysique de Cohle, mais ça me semble suffisant.

samedi 2 août 2014

Southern Comfort

Je suis récemment tombée sur une série d’œuvres en rapport avec le Dirty South qui m'ont pas mal fait réfléchir quant aux raisons de cette fascination pour cet espace fait de vieux types chelous, de pick-up poussiéreux et de trailerparks. 

Il existe un terme qui se rapporte à ce genre: le Southern Gothic. Si ça caractérise un genre litéraire plutôt typé et daté, on pourrait étendre le terme et y attacher pas mal d'autres œuvres. Dison en gros qu'il s'agit d'un univers situé dans le Sud des USA, dans des milieux souvent plutôt ruraux ou peu urbanisé, peuplés des gens à la ramasse: difficile ici de déterminer ce qui relève du white-trash, du redneck et du hillbilly - je crois commencer à comprendre, mais ça fera l'objet d'un autre article. Ce qui est sur, c'est qu'ils sont tous pas bien malins, survivent aux franges d'une société à moitié livrée à elle-même - ce qui reflète plus ou moins bien la situation économico-sociale du Sud - ultraviolente et fonctionnant avec des codes pas loin du primitivisme. S'y mélangent un fatras de thématiques difficiles à démêler les unes des autres: racisme supposément atavique du Sud, influence de cultures paiennes/vaudoues, bonne vieille obsession américaine pour la religion en général, le tout pris dans une polarisation Nord/Sud qui fait de l'un le con de l'autre.

Le film parangonique est probablement Deliverance. Redneck contre gens normaux, dans un univers naturel que ces derniers maîtrisent peu, consanguinisme et violence sexuelle, tout y est. De façon intéressante, on retrouve quelque chose de similaire à Southern Comfort, qui part du même principe (des soldats en exercices se frottent à des cajuns pas mignons qui les chassent dans un marécage tentaculaire): à chaque fois, le groupe de gentils incriminés n'est en fait pas tellement sympa. Ils l'ont u peu cherché quoi. On pourrait s'attendre à ce que les forces mises en présence soient diamétralement opposées (style un hipster de Portland se perd dans l'Alabama profonde), mais en fait non. Puisque je doute que ces deux films aient une quelconque ambition politico-éducative (style: "regardez-les avec leurs enfants à trois doigts nourris au moonshine, sont pö si méchants"), c'est intéressant à relever. 

Après il y a les films avec des gentils sauvages, comme Beast of the Southern Wild. On pourrait arguer que c'est un peu facile de transformer une région-cloaque abandonnée par la société en une sorte de phalanstère en cabanes de bois, mais c'est un des rares films que j'ai vu sur le Sud qui en donne une vision positive.

Il y a aussi des films à dimension sociale (on va dire), des tranches de vie qui tournent autour de personnages en général foutus depuis le début, qui tentent péniblement de s'en sortir. Faciles à reconnaître, ces films cumulent en général un certains nombres d'éléments: chemise de flanelle, chien méga violent, caravane/vieille ferme à moitié abandonnée, père absent/mère alcoolique, maisons de passe clandestine, gros DMC plein de vieilles flasques de bourbon et  fusil à canon scié sur le siège passager. Entre le cirque de freak et la chronique sociale, on a parfois un peu du mal à faire la part des choses. Winter's bone est un bon exemple de cette tendance, ou plus récemment vu, Joe, (un peu comme Killer Joe, mais dans une plus jolie caravane) avec un Nicolas Cage tout en barbe de cinéma d'auteur qui finit par balancer un vieux père alcoolique par-dessus eul'pont. Cela dit, on peut se poser ici la question de ce que recouvre ce genre: si Joe correspond bien à ce type de film sur l'Amérique profonde, violente et à moitié demeurée qu'on retrouve souvent dans le Southern Gothic, ça pourrait être n'importe quel redneck, de n'importe quelle godforsaken town du fin fond du Midwest. A cet égard, l'excellent recueil de nouvelles de Frank Bill, Crimes in Southern Indiana laisse rêveur face à son avalanche de bouseux qui cuisinent de la méthamphétamine dans leur jardin entre deux partie de chasse au raton. Pourtant, on est pas vraiment dans le Sud.

Parce que dans le Sud, il y a ces visions marécageuses, ces images d'une terre à moitié désolée, aux arbres pétrifiés dont les racine plongées dans la fange et les silhouettes fantomatiques donnent un air presque tarkosvkien au paysage. Le Sud, c'est pas du soleil sur ta peau et du vent dans tes cheveux: il y a une inertie dans l'air, une pesanteur de l'atmosphère, un ciel bas, humide, des tonalités  gris/brun et des étendues d'eau boueuse qui croupissent dans une attente immobile. True Detective quoi.

samedi 2 novembre 2013

Utopia


Comme pas mal de séries britanniques, Utopia se place dans une veine glauque/flippante qu'on dirait nourrie à la marmelade faisandée: much ado about, parce que dans les faits, ça va. 

Conspiration médico-politique fomentée par un scientifique fou et consignée dans un comic à l'esthétique mi-expressionniste mi-nimp, l'intrigue n'est finalement pas le plus intéressant de l'ensemble - la bande d'outsiders, la fille disparate, le tueur autiste, les doubles zet triples espions qui s'autoespionnent entre eux qu'on devient fou, les exécutions sommaires et les tortures au piment d'espelette: rien que du très classique.  L'idée semble plutôt de créer une ambiance, un mood, une sorte de placenta esthétisant dont on sort un peu sonné - surtout regardé d'une traite.

Le travail de sursaturation de couleur m'a d'abord laissée perplexe - encore un film instamapute, m'écriai-je! - mais non!  Le côté très froid, une bande-son faite de petits bruits bizarres posés en boucles sur des longs drones en spirales 

et un anticlimax dans l'émotion empêchent que le tout tourne à la Bellflower. Du point de vue de l'image, les plans fixes, les cadres larges, et plus globalement un refus l'à-peu-près: ça irait plutôt dans le sens d'une transformation en comics de l'image filmée. 
 




Quelques trucs foirent un peu - style l'histoire "d'amour", qui sort mais alors de nulle part, ou le déguisement en mini Brian Molko du gamin - mais c'est rattrapé par des choses plutôt drôles ( par indavertance?) le tueur québlo  sur une phrase, et un méchant qui se nomme Mr Lapin, héhé.

dimanche 11 novembre 2012

"Sent here? What are you, a letter?"

I usually don't like whatever is supposed to be funny. Funny people, comedy, stand-up comedians - well, I don't know much about the US scene, but the french one is currently pretty lame - not a fan. So apart from the odd youtube video that I end up watching from time to time, I just sulk most of the time and put on a sarcastic grin when people make references to a whole world of jokes I have no access to - because of my quasi-physical repulsion for the Funny. 

About Louis CK, I was horrified just reading the pitch : 40 year old standup comedian living in New-York, struggling to make a living while looking for love. Ew. Well, it's not. It's actually one of the funniest thing I have ever seen on television and probably in life, generally. [This is kind of my classic move - Reading the synosis, getting all scared, watching the stuff and being all like "I wanna be Mrs CK when I grow up", but never mind. It's a wonder why I still haven't got the message - like " don't be driven away by synopsis because the're not real"? Whatever.]



So Louis IS funny. Why? To me, it's mostly because he's mean. He's really he's mean, and with everyone, including himself. Although I have not idea what it's like to be a 40-ish single dad in New-York with a dispensable job, I can somehow relate to the beautiful feeling of looserness embodied by the show. Louie is huge because he seems to get something I wish more people would understand: that there's nothing there, no true meaning, no relevance whatsoever and no discourse that could actually have any effect but sugarcoating the obvious truth: we're just miserable and trying to get by and to have a good time while at it. I do think that it's the message. Or that there's no message, which is just confirming my first idea - no message means there's no message which IS the message. And the medium. 

No but seriously. I could not quote a thing or another about the whole series, because there's to much to go through and because I'm too busy celebrating the end of WW1, but one could watch just about anything and feel the love. I can just mention this one thing that left me gawking and and hysterically chuckling while repeating thisisfuckinggenius over and over in my head - and maybe out loud I don't know - it's the appearance of David Lynch in the season 3. Firstly seen from behind like this:
Lynch is Mr Dough ( Doght? Dowgh? D'oh?), a producer who has to prep Louis for a big gig. Watching him explain the rules of comedy and television while listening to jokes about the cold war is a dumbfoundingly kantian experience. Well, it's rather cool anyway.