vendredi 28 avril 2017

Ecran total

Dans les brumes glaciales du mois d'avril parfois se dresse l'espoir. Et parfois c'est la tronche du prochain banquier à la tête de la France et on a tous envie de se tirer une balle à bout portant entre les deux yeux. C'est la merde et vous voulez des vacances? Rien de plus simple, devenez un fantôme! Vous pourrez toujours avoir des amoureux virtuels, taper la discute avec votre sista et faire des calinous à vos enfants, yo.

Her, c'est un peu l'histoire d'une relation fantôme. Ou comment une technologie trop de la balle arrive à créer des AI (ici sous forme d'OS, on se demande si quelqu'un s'est pas planté dans le scénar') qui sont trop naturelles et qu'ont des voix qui sentent le sexe: trop ouf. Le pauvre Theo a une vie pas si mal: il écrit des lettres d'amour pour des gens qu'il ne connaît pas, a un appartement trop beau et une voisine hystéro trop mignonne. Ses fringues craignent un peu mais bon. Est-ce une raison pour avoir envie de sortir avec un fantôme in da cloud? Pourtant pas prévu, Théo s'achète un OS trop chou qui lui écrit des morceaux de musique et organise ses mails: tout ce qu'on attend d'une femme quoi. Il en tombe donc amoureux comme à 17 ans et décide de faire fi de la morale et de tout le reste: son OS, il l'aime et il va le faire savoir. Le film est super bien foutu du point de vue visuel avec une atmosphère un peu futuristo-pastel dans des tons rose, mauve, bleu clair ce qui change des ambiances métallisées habituelles, une bande-son un peu cotonneuse, des jeux d'acteurs très retenus, un peu lents, des voix toujours un peu douces, presque un chuchotement dans une lumière de fin de journée. Au niveau du scénario, c'est parfois un peu étrange – surtout quand on pense à l'état des AI pour le moment – mais c'est finalement plus une histoire de rencontre, de deuil, de vie quoi.

Les relations fraternelle par fantôme interposé, c'est Personal Shopper un truc assez foutraque à la base mais en fait super cohérent quand on y pense. Maureen est personal shopper pour une nana super riche qui n'a pas que ça à foutre que s'acheter ses culottes elle-même. Un métier passionnant s'il en est: aller chercher des fringues, ramener des fringues, choisir des fringues, prendre le train avec des fringues, et regarder des photos de fringues. Hum. C'est un job dont rêve un bon nombre de pisseuses/blogueuses de mode et pourtant, pour Maureen, c'est un truc purement alimentaire. Son truc dans la vie, c'est parler aux fantômes et surtout, celui de son frère jumeau, mort sans prévenir à 27 ans. Vu comme ça, on se dit: what? Un film sur l'identité, le deuil, le vide des existences modernes ET un film avec des maisons hantées et des ectoplasmes qui apparaissent en faisant Bouh!? Mais comment? Hé ben oui! C'est super bien fait et dans le fond très logique – à la recherche d'un fantôme ou d'un signe, Maureen est une sorte de fantôme qui remplace une femme dans ses fringues qu'elle ne la verra jamais porter, une femme d'ailleurs toujours absente – comme un fantôme quoi – qui n'apparaît que par petite lettre laissées ça et là. L'intrusion du fantastique est vraiment bien faite, avec une très jolie tension, pas de raté dans le visuel ectoplasmique (je sais pas comment dire ça autrement) et pas mal de finesse dans les émotions.

Dans Good Night Mommy, le fantôme c'est Maman.
Goodnight, momie!
Elias et Lucas ne reconnaissent plus leur môman après une opération esthétique (il faut dire qu'elle fait un peu peur à la base déjà). Alors passer tout l'été dans une bicoque style rêve mouillé de fan d'Ikea au milieu de la campagne autrichienne, heu bof. Le doute s'installe et avec lui, des mauvaises idées: faisons-lui cracher où elle a caché notre vraie maman. En voilà une idée qu'elle est bonne. Dans un premier temps c'est un film qui fait un peu Haneke – des relations qui ont l'air bien glauques entre une mère et ses deux fils, un peu d'hystérie obsessionnelle, pas beaucoup d'affection et une ambiance familiale plutôt pourrie dans le genre janséniste. Puis vient la bonne idée – faisons- lui cracher le morceau et là on tombe dans un film plutôt gore, complètement fascinant du genre qui te cloue dans ton pauvre fauteuil en répétant wtf mais wtf mais wtf.

Des images très jolies super flippantes, avec des jolies idées de trucs flous en fond sur les murs qui contribuent à créer ce truc fantomatique au niveau apparence/identité (à voir avec le twist final, super joli coup!). Esthétiquement, c'est fort dans la lignée de Seidl qui produit d'ailleurs le film – plans fixes, verticaux, images brutes, sans mouvement ou grossissement. Un truc hiératique et froid avec très peu de mots.

Her, Jonze, 2013
Personal Shopper, Assayas, 2016
Good night Mommy, Franz & Fiala, 2015

dimanche 16 avril 2017

Apocalypse, baby!

Vu l'équipe de klet avec des noms à la con qui se battent pour un petit poste à la tête de l'Etat de l'autre côté de la frontière, l'apocalypse semble de plus en plus proche: alors quoi, que faire, où courir, où ne pas courir et comment s'y préparer? Trois films à voir pour vivre la fin du monde en toute sérénité et en trois temps: avant, pendant et après.

Avant l'apocalypse, c'est Salt and Fire de ce cher Werner dans lequel on retrouve mon idole absolue à savoir Michael Shannon, toujours aussi cinglé. Ce film raconte un voyage scientifique qui tourne mal. En effet, plutôt que par une délégation d'universitaires en pull jacquard, l'équipe du professeur Sommerfeld est accueillie par des types patibulaires en cagoules. Pas cool. Transportés dans une bicoque pas chiée au milieu des bois, on finit par comprendre qu'ils ont été enlevés par Riley (Shannon) le type responsable de la catastrophe naturelle qu'ils sont justement en train d'étudier. C'est ballot. S'ensuit une histoire étrange, avec discussions philosophiques sur l'anamorphisme (on a bien lu son Lacan) et sur l'avenir du monde: celui-ci sera-t-il bientôt réduit à un gigantesque désert de sel? Si oui, quel matériel emporter pour aller faire du camping? C'est très très très space, on ne comprend pas tout ce qui passe par le tête de ce Monsieur Riley et on se retrouve tout paumé dans cette histoire complètement bizarre et assez foudroyante dans la beauté et la lenteur d'une fin du monde en train d'avoir lieu au ralenti. On aimerait parfois pouvoir partir en vacances dans le cerveau d'Herzog (si quelqu'un a un plan r'b'n'b?) pour savoir quoi et comment. Mais on peut aussi juste se laisser glisser le long des plans en forme de vertige du mouvement, des travellings qui filent sans trop se poser de questions. 

Pendant l'apocalypse, il faut surtout, surtout rester calmes et ne pas se mettre à faire n'importe quoi. Dans Ni le ciel ni la terre, on retrouve une petite troupe de soldats français en poste en Afghanistan qui surveillent un coin de terre dont tout le monde semble se foutre complètement. Sauf que. D'abord un chien, puis un type, puis un autre disparaissent comme ça, sans laisser d'adresse. On a beau chercher, pas de traces des disparus, pas un coupable à l'horizon et pas vraiment de réponse. On s'énerve un peu dans tous les camps, on cherche sous chaque caillou mais force est de constater qu'y a plus personne. C'est également un truc super déconcertant parce que super réaliste tout glissant progressivement loin du réel et du monde. Il y a beaucoup de questions sans réponse et autant de tentatives de trouver une explication qui ne vient jamais. Le tout vu partiellement à travers de jumelles, des lunettes infra-rouges avec des formes incertaines qui se dessinent comme des fantômes qui hantent des morceaux du monde qu'on dirait pas très loin des limbes. Parfois un peu lent, mais assez puissant dans la tension, dans le choc frontal et répété d'une conscience qui se cogne à ce qui est peut-être le début de la fin.

Après l'apocalypse, ne pas essayer de faire le malin et d'avoir des sentiments pour les gens; on ne vous le répétera jamais assez, les gens sont méchants. Dans The girl with all the gifts, les méchants en question sont des enfants qu'ont l'air trop mignons mais qui comme chacun sait, ne sont que des créatures sanguinaires assoiffées de cerveau humain. Ce film débute dans une ambiance un peu Clockwork Orange: camp de rééducation avec des petiots sanglés sur leur chaise dont on se demande bien ce qu'ils ont fait pour mériter ça - on le saura bientôt. C'est très dommage de raconter plus que ça sur l'intrigue parce que c'est justement ce qui en fait un truc excellent - on ne sait pas très bien toujours où ça va, sauf à partir d'un certain point où on retombe dans un film postapo type invasion zombie (mais en mieux). Il y a des images assez géniales, des décors sublimes, une idée de fin du monde qui envoie la civilisation se faire bouffer par la nature, des trucs super drôles comme ça qui viennent de nulle part et une bande-son très Utopia, normal puisque c'est Tapia de Veer qui s'y colle. Vivement l'apocalypse!

Salt and fire, Herzog, 2016
Ni le ciel, ni la terre, Cogitore, 2015
The girl with all the gifts, McCarthy, 2016 

dimanche 9 avril 2017

Come outside and play

Ça y est, c'est l'été: y fait beau, y fait chaud, les clodos sèchent au soleil et la place Flagey recommence à avoir cette odeur de marché couvert mexicain (un petit air de viande faisandée saupoudrée de fluides humains divers et de bière éventée). Tout ça nous donne envie de partir faire les foufous dehors, de prendre notre sac à dos et notre masque à gaz vintage et d'aller profiter de la nature, ses oiseaux, ses arbres en fleurs, et ses psychopathes primesautiers qui folâtrent dans les bois. Une sélection de films à voir avant de partir faire n'importe quoi quand même.

Si vous partez dans le Nord, un bon conseil: déjà n'y allez pas, y'a rien à voir par là, parole. Plus sérieusement, ne faites pas d'autostop si vous êtes une frêle et fragile jeune fille et qu'un tueur fou rôde dans le coin. Ça parait évident mais pas pour les quelques petiotes de La prochaine fois je viserai le cœur, qui n'en ont visiblement rien à cogner. Alors d'accord, c'est les années 70's, tout le monde est funky, mais quand même. Ce film raconte un fait divers connu de tous les fans de Faites entrer l'accusé qui se respectent: celui du gendarme tueur fou, Lamare. Le récit est pris du point de vue du tueur, avec une approche pas conne: sans chercher à rentrer dans les détails, avec des largesses fictionnelles qui sont signalées (le héros n'a d'ailleurs pas le même nom), on construit sans commentaire une image, une vision des choses qui échappe au gore ou au pathos. Alors, certes, on voit quand même quelques meurtres - ce serait dommage, sinon - mais pour le reste ça donne quelque chose qui sort du film de serial killer à sensation, un truc presque normal et du coup assez glaçant.

Autre destination prisée pour les aventuriers: Desierto, ou la traversée illégale de la frontière MX-USA, un trip sympa et original qui va impressionner tous vos amis sur Instagram! Cependant, gare à vos miches, car il rôde dans certains coins, un type patibulaire, patriote désabusé et à moitié cinglé qui n'est autre que J. Dean Morgan, aka Negan-the-vegan! Ce cher Sam donc, car c'est son nom, joue à tirer le mexicain qui passe la frontière. Passe-temps intéressant s'il en est mais qu'on aura du mal à remplacer quand y'aura un mur. Mais bon. Dans l'autre équipe, une bande de mexicos dont ce cher Garcia Bernal, qui joue Moise, hé oui, celui de la terre promise. Que tout ça est symbolique. Bref. En gros, c'est une partie de chasse dans un désert de pierres, de rochers, de cactus qui piquent et de soleil qui cogne sa race. C'est franchement sublime pour le cadre (mais j'ai un truc pour les zones dévastées), très beau dans les images. Sans grande surprise dans le déroulé de l'intrigue (à la fin, ils meurent) mais avec un mini-twist à la fin. C'est un film qui force à se poser des questions existentielles: pourquoi est-on tout tourneboulé par la mort d'un clébard-qu'il-est-trop-chou alors que ledit clébard vient de bouffer pas moins de 5 mexicains sans qu'on renverse notre tisane pour autant? Est-ce parce que le chien, quand il meurt (et un peu comme le docteur), couine, tandis que le mexicain meurt dans un gargouillis sanguinolent de ChingadaPincheCabron? Ou sommes-nous déjà en train d'être gagné par ce cancer qui a atteint les States il y a quelques mois? Bouh.

Si vous survivez au désert, vous pouvez mettre le cap sur Carnage Park, un coin du Texas pas dégueu habité par un cinglé solitaire (encore un! décidément!) qui ne quitte jamais son masque à gaz et son fusil de chasse. Lorsqu'un duo de braqueurs s'aventurent sur son turf avec leur pauvre petite otage qui n'a rien demandé à personne, c'est évidemment une belle occasion pour faire découvrir aux touristes les particularités locales: potences, cadavres crucifiés, mines abandonnées, rien de tel qu'un guide du coin. Le reste du film est donc une chasse à la pauvre fille qui s'avère être méga badass en fait et qui va réussir à faire pas mal de dégâts. Bel effort dans l'ensemble, cadre sublime, psychopathe comme il faut, et surtout musique excellente. Trois trucs moins bien quand même: les 20 dernières minutes = dans le noir genre filmé dans les chiottes du Barlok, un peu d'exagération niveau filtre sépia Instamapute et quelques moments un peu trop Tarantinouille - genre je-me-recoiffe-au-ralenti-avant-un-bracos-tandis-qu'on-entend-un méchant blues-thaïlandais


La prochaine fois, je viserai au coeur, Anger, 2014
Desierto, Cuaron, 2016
Carnage Park, Keating, 2016

jeudi 6 avril 2017

Meuf, total.

Cette semaine, plein de films avec des meufs dans le titre parce que quand, même, quelle consécration, quel bonheur que d'être des muses de réalisateurs en chaleur, n'est-ce pas mesdames? Evidemment, un film, une fille, c'est pas toujours win-win, surtout pour la fille en question: voiture qui tue, AI qui zigouille et alcoolo en vadrouille, merci pour elles, vraiment.

La bagnole qui tue, c'est Christine, un film à montrer à tous les mecs qui conduisent leur bagnole comme si c'était la prolongation de leur phallus: faites gaffe, elle aussi finira par vous la couper! Adapté du roman de Stephen King, c'est une histoire très King: ado brimé, pauvre nerd qu'on lui fait tomber ses lunettes meets être surnaturel qui va l'aider à devenir méga badass et se venger de tout le monde sauf que patatra, l'être en question finit par être suffisamment nourri de haine pour prendre son indépendance, ouvrir ses ailes, et voler vers le large comme le bel oiseau qu'il est, snif. C'est émouvant. Arnie, jeune geek aux parents un peu cathos cinglés sur les bords, se trouve une bagnole qui va l'aider à devenir un homme: elle est belle, elle rutile et elle s'appelle Christine. Du coup, Arnie perd ses lunettes et devient super BG, il s'achète une veste en cuir et se tape la nouvelle méta-bonne qui suçotte son crayon en bibliothèque. Mais c'est sans compter sur les méchants du lycée qui comme ils n'ont jamais lu King, ne se doutent pas qu'il faut arrêter d'emmerder un geek quand celui-ci est en mode revanche sur la vie. Ils s'en prennent donc, malheur, à Christine, ce qui rend Arnie tout rouge et tout fâché. La voiture, elle, va bien, puisqu'elle se régénère d'elle-même. Trop pratique! S'ensuite des courses poursuites, des explosions, des regards qui ne trompent pas. Le tout est très bien foutu surtout l'aspect musical: il y a une histoire en sous-main sur le rock'n'roll et son côté entêtant et mortifère (c'est la zique préférée à Chrichri) dont la conclusion sera sans équivoque " God, I hate rock'n'roll". La bande-son est d'ailleurs une des meilleures de Carpenter, toujours dans les bonnes mélodies synthétiques mais avec un petit truc de rythme qui cogne derrière (pour aller fort dans la voiture avec les ampli tuning ou quoi?).

L'AI qui tue, c'est Morgan, une petite créée à partir d'ADN synthétique et élevée dans le plus grand secret dans une super baraque de bâtard au fond des bois. On se pose plein de questions sur elle: est-elle un être doué d'émotions? Va-t-elle se remettre à crever les yeux des gens quand elle n'est pas d'accord avec eux, comme elle en prend le chemin? A quel âge aura-t-elle ses règles? Qui sont ses amis sur Facebook et surtout, quels sont leurs réseaux? Pour tout cela, une équipe de scientifique + un spécialiste des réseaux sociaux diplômé de l'UCL l'encadrent afin de mieux la comprendre. Mais Corporate, qui est un grand truc très méchant qui n'en veut qu'au fric, se demande s'il ne vaudrait pas mieux tout simplement éteindre Morgan, un peu comme moi quand ma VM implose pour la troisième fois en deux heures. Ils envoient donc une experte super froide et calculatrice afin de faire du risk assessment. Une mission qu'on aurait dû évaluer au niveau du risque avant de la lancer (du meta-risk assessment disons), car elle s'avère effectivement risquée. On traite de beaucoup de choses dans ce film, pas forcément de trucs très nouveaux (être ou ne pas être un robot? Qui vit, qui ne vit pas? Peut-on vraiment crever les yeux des gens qu'on aime pas? Et si on était en fait genre TOUS des robots?) et pas forcément très en profondeur (débat = trois lignes de dialogue). Mais on est plus là pour la fight que pour se chier un Hamlet bis donc, pas grave. De ce côté-là, c'est bien, très bien foutu: super bagarres (de filles! Hiiii!!), chouettes face-à-face tendus, jolis contre-champs et mignonne atmosphère claustro. Ça va vite, très vite, avec des moments plus mous zet choux mais dans l'ensemble très gai.


La dernière muse de notre tableau n'a même pas de nom, puisqu'il s'agit juste de The girl on the train. Non mais ho! Quoi ici? On a des noms, hein. Bon, ici, le titre mystérieux, c'est parce que c'est une affaire super énigmatique. Rachel, fraîchement divorcée qui profite un peu trop de la vie, a le sentiment d'assister, à la fenêtre du train, à un meurtre. Enfin non, à une bête infidélité mais bon de quoi je me mêle. Le problème, c'est que Rachel est un peu toujours super bourrée, du coup, pas évident de savoir ce qu'elle a vu ou pas, c'est ballot.  Cependant, l'esprit d'un alcoolo étant toujours suffisamment monomaniaque pour ne pas lâcher l'affaire, Rachel va se mettre sur le coup quand un meurtre est commis. Et va découvrir plein de trucs, dont beaucoup de choses sur elle-même qu'elle ignorait (pas difficile quand une partie de ta vie se passe pendant des trous noirs). Suspensme! J'ai vu passer le mot Gone Girl pour parler de ce film: heu, je sais pas. Alors oui, il y a une girl et il y a une gone et il y a un truc-qu'on-dirait-pas-que-c'est-ça-mais-en-fait mais pour le reste, je vois pas le rapport. C'est par contre vachement bien fait comme adaptation de roman. Suffisamment de voix off pour reprend la voix narrative, sans que ce soit lourd, suffisamment d'élément visuels sans que ce soit redondant – ceci dit, je n'ai pas lu le livre, donc difficile à dire. 

Christine, Carpenter, 1983
Morgan, Scott, 2016
The girl on the train, Taylor, 2016

vendredi 31 mars 2017

Bon, c'est quand qu'on crève ici?

Le vide à l’intérieur d’une existence autotélique. Dans les yeux des gens, une question un regard qui plaide «  et l’amour ? » Il n’y a pas d’amour, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des histoires, des récits qu’on se raconte, des denrées analysables, des complexes décorticables et des envies remplaçables. On peut tout expliquer, tout intriquer, tout détricoter, tout déterritorialiser. Vouloir encore rêver, se prendre les pieds dans des textes tragiques, se manger la tête avec des idées romantiques et que le ciel est gris quand tu es partie et que la mer est agitée quand tu m’énerves avec tes grandes idées et que je souffre en accord avec le crachin bruxellois gris, bas, une ligne d’horizon unique entre la mer et les nuages…. Mais quelle idée débile. Il n’y a pas d’amour d’abord, il n’y a que du désir, une envie de chair, un corps qui palpite au bout des doigts ; l’interdit peut-être, l’inconnu, sans doute ; il n’y a que des échanges ratés, des messages qui se perdent, des espérances gâchées et des gens qui s’emmerdent (au final). Tous les jours j’en vois, des perdus, des désespérés, des qui –croient encore et qui viennent ici comme on vient à Lourdes, demander, quémander, exiger d’avoir eux aussi leur dose, le droit, leur dû d’amour : mais quoi ! Il n’y a pas d’amour bande de débiles finis à la pisse, on vous vend une idée depuis un  peu plus de deux millénaires pour vous donner l’impression d’exister, mais au final, quand on pèle un peu l’orange, quand on finit par ouvrir l’huître, quand on enlève cette peau de banane qu’est l’amûûûr, on voit quoi ? Un chouia de sexe, souvent même pas génial, un gramme de complexe œdipien mal réglé, un soupçon d’amitié, de complicité – allez, on va dire d’intérêts en commun comme le macramé ou le double gode – , pas mal de peur de perdre, d’être perdu, d’abandonner ou d’être abandonné, et surtout, surtout, une immense, gigantesque, insondable peur du vide, de la mort, d’être seul, de finir bouffé par ses labradors. Voilà, l’amour, chers commensaux. Parce qu’à force de le voir, de l’analyser, de le triturer, de le retourner, j’en perd le nord, les mots et les idées. Plus rien non, seulement une suite de données, de faits, de théories qui s’emboîtent avec une cohérence et une facilité tellement déconcertantes qu’on en vient à se demander ce qu’on a réellement vécu. Il n’y a pas d’amour, ça non. En même temps, j’en vends, j’en propose, j’en deale à moindre de prix pour des drogués du rêves, des fans de rom’com prêts à n’importe quoi pour continuer à avancer les yeux dans le rose. Je fais semblant de régler des problèmes qui n’existent pas, pour des gens qui ne trouvent pas ce qu’ils n’ont de toute façon jamais eu ni voulu. Et moi, j’attends. J’attends peut-être de retrouver cet état béat d’avant ma chute, d’avant ma pomme à moi, malédiction d’un savoir incontrôlable et qui bouffe tout. Je rêvasse en regardant ces imbéciles se rouler dans leur bonheur factice sans savoir qu’ils ne sont qu’une suite de clichés médicaux. Je rêve moi aussi d’un jour retourner à cette bêtise infinitésimale qui nous fait croire que tout reste à venir ; j’attends le gros coup de massue qui m’enlèvera définitivement une partie de mes capacités intellectuelles pour que je puisse à nouveau en être : des gens amoureux, malheureux en amour, suicidés du romantisme, souffreteux du sentiment. Les cœurs dans les messages et les mots doux sous l’oreiller, les disputes mesquines et les jalousies ridicules : putain, qu’est-ce que ça me manque.

mercredi 29 mars 2017

Ecran total

Cette semaine, c'est un peu le retour du printemps et pour moi, des trucs sanglants. Un peu par hasard et dans le désordre: un orange mécanique dans la campagne danoise, une révolte des clodos en mars et de la pulsion scopique que tes yeux te sortent par le psychisme. Miom.

The absent one (ou Hööüthrtegdrä en VO) est issu d'une série de films autour d'une unité d'enquête criminelle de mecs un peu rebuts/loser qui travaillent dans une cave en fumant des havanes et en buvant du mauvais rhum. The Wire much? Carrément, puisqu'en plus d'être une bande de branques, ils s'occupent de cas dont personne ne veut, à savoir des cold case vieux comme la mort que tout le monde a oublié. J'avais déjà vu le premier épisode, Thaezroööä en VO, mais sans être convaincue. Pourquoi avoir sauté au 5e direct, comme ça? Bonne question. Bref. Toujours est-il que je le vis et qu'il est bien. Il y a pas mal de trucs chouettes: un pensionnat flippant, des jeunes méga riches et totalement psychopathes, cette idée un peu conne que les ados sont tous trop beaux et fougueux et pas du tout flaves et boutonneux (genre!). C'est aussi très bien rendu dans l'image, scandinave comme il faut: froid, gris, bleu, vert; des espaces un peu perdus, des villas Ikea et des clodos presque propres. Pas trop de suspense par contre, et une histoire que d'aucuns pourraient trouver un poil téléphonée (les riches sont tout méchants et ils font rien que ce qu'ils veulent, bouh!). Mais ça tient, c'est empaqueté comme il faut, alors quoi.

Les clodos en mode indignés, c'est Prince of Darkness deuxième partie d'une trilogie (tiens?) de Carepenter comprenant aussi The Thing et In the mouth of madness dont on a déjà parlé. L'intrigue est plutôt simple: à la mort d'un prêtre, on découvre qu'il cachait chez lui un cylindre plein d'un truc vert et brillant: bizarre! Ce truc est en fait une substance maléfique caché par l'Eglise depuis deux mille ans (et qui a vu moins de déménagements que mon canapé, vu son état impeccable), et comme on cherche une réponse sur ce que c'est quoi, on fait bien sûr appel à des scientifiques de tous bords – car analyser la semence du diable, c'est clair que c'est plus simple quand on est spécialiste de physique cantique, arf arf. Tout ce petit monde, composé exclusivement de jeunes cools beaux et  chauds comme des bouillottes, comme il est courant d'en trouver dans des départements de recherche en sciences dures, va analyser sous tous les angles ce truc gluant qui fait de l'eau qui tombe au plafond et qui fait se coller les vers de terre sur les vitres (wtf?). En plus de ça, y a des clodos qui se mettent à zoner dans le coin, dans le genre inquiétants, surtout quand ils se mettent à zigouiller nos pauvres petits matheux à coup de fourche de vélo fixies (en voilà une façon hipster de mourir, tiens). Alors, pourquoi, comment et surtout pour qui sont ses cafards qui sifflent sur vos sandales? C'est bien dégueulasse en tout cas, et très réussi, surtout au niveau des insectes qui sont bien gluants. Il y a une belle scène de possession et une fin à la Terminator, mais j'en dis pas plus.

De la pulsion scopique plein les yeux, c'est dans Opera de ce cher Argento, qui est un obsédé des yeux, de la vision et tout ça quand même (quelle bonne idée d'être devenu cinéaste plutôt qu'ébéniste du coup). Bon , il y a déjà pas mal de vision en caméra subjective avec les yeux dans ceux du tueur, pas mal de trucs dégueus avec des yeux dans d'autres films (les paupière cousues dans Felt par exemple), et toujours un voyeur quelque part, tapis dans l'ombre, bouh. Obsessionnel, pépé Dario? Voui. Ici il s'agit de l'histoire d'une jeune chanteuse d'opéra qui récupère un rôle dans un Macbeth top classe et super moderne, avec des vrais oiseaux sur scène, genre Kusturica mais en plus Berlin années 60. Bon, c'est pas vraiment un coup de bol, comme on l'apprendra en voyant ces étranges plans d'un rôdeur qui l'observe dans la nuit en tuant de-ci, de-là, des gens qui se mettent sur son passage. On ne comprend pas vraiment pourquoi et comment ce type a une idée aussi chelou que celle qu'il a (on raconte pas, c'est trop chouette à découvrir) mais disons qu'il y est question de forcer à regarder des choses pas jolies à une pauvre fille qui n'a rien demandé à personne. La technique utilisée est super tordue et on admire donc une fois de plus l'habileté de l'Argento à trouver des trucs inventifs pour faire mal aux yeux et à la pulsion de voir. Dans l'ensemble bien sauf quelques passages un peu wtf dans le genre je me jette dans la gueule du loup comme si c'était les soldes chez Primark.

The absent one, Nørgaard,  2014
Prince of Darkness, Carpenter,1987
Opera, Argento, 1987

vendredi 17 mars 2017

Ecran total

Encore un total amour mais en moins bisous que la dernière fois: le goût de la viande nous a repris, comme ça, sans prévenir alors qu'on est même pas à la moitié du carême, c'est péché. Hé oui, l'amour ça fait mal et ça fait même du sang plein le pare-brise, plein l'assiette ou plein la serviette de plage, c'est au choix.

Du sang plein le pare-brise, c'est dans Night Fare, étonnant petit film français dont je n'avais jamais entendu parler et qui parle d'amour et de taxi. C'est par contre beaucoup moins film du samedi soir que la bonne franchou-franchise Taxi, notre Fast and Furiousse Justin Bridou à nous. Le film raconte une course en taxi qui tourne mal: après deux ans d'absence, Chris revient à Paris voir sa chérie qui s'est entre temps remaquée avec une sorte d'ado gigantesque, genre teufeur de 35 ans un peu pathétique qui a des amis dealers à Clignacourt. Bref. Comme tout est tout à fait normal dans la vie, ces trois personnes décident de passer le weekend ensemble (bah oui, ça va être fun, moi, mon mec et mon ex  en vadrouille, tiens!). Evidemment ça finit mal, mais surtout parce que ces deux crétins décident de taper un dine-and-dash dans  lae taxi qui les ramène je sais plus où. Le taximen mi-taxidriver mi-uber à doudoune sans manches, est pas super jouasse et s'ensuit une série de meurtres tous plus sanglants, acrobatiques et zintéressants. Ca pourrait n'être qu'un anecdotique film de vengeance, mais les 20 dernières minutes en font quelque chose d'un poil plus piquant – même si  d'un point de vue moral  on n'est pas certain  d'avoir tout compris – mais qu'on ne racontera pas ici, parce que c'est pas bien.

Encore une histoire d'ex et de retrouvaille, c'est The invitation, où Will est invité à dîner chez son ex Eden, réapparue elle aussi après deux ans d'absence et un deuil pas super bien géré. Tout ça est bien mystérieux et surtout super awkward, mais bon, visiblement,  weird is cool alors quoi. Eden va mieux, elle a rencontré l'amour au Mexique et est devenue polyamoureuse, vegane et pro-vinyl dans la salle de bain. Son nouveau mec, par contre, est un peu chelou et a des amis bizarres, du genre qui aiment confesser avoir tué leur femme ou qui font des grimaces assis sur les chiottes. Toute cette petite bande va essayer de convaincre leur amis que la mort, c'est cool et que la vie, on s'en fout un peu. Mouais. Will n'est pas dupe, qui trouve tout ça un peu chelou (et il a bien raison, d'ailleurs, où est passé Choi, son délicieux ami coréen? A-t-il été débité en morceaux et mangé sur un petit barbecue de table comme ces indigènes en sont friands?). Entre souvenirs glauques, ambiance, bizarre et jeux à boire dont les règles nous échappent un peu (genre on boit quand en fait?), se tisse une  trame à la Manson dont on sent bien que ça va chier. C'est plutôt bien foutu dans le développement de l'atmosphère, un peu arty dans le genre avec des acteurs pas mauvais:  un film à montrer à tous ceux qui trouvent qu'on doit garder des bons contacts avec ses ex: non, en fait.

L'amour, toujours mais toujours plus bizarre: c'est l'amour maternel  et tentaculaire d'Evolution , film absolument trop génial de fou furieux que j'en suis toute frétillante.  Petite tranche de vie façon Guerre des boutons, d'une bande de gamins paumés dans un village sur un bout de rocher au bord de l'eau: ils jouent, ils nagent, ils vont à l'hosto et parfois ils meurent. Visiblement tous, parce qu'il n'y a dans tout ce petit monde, pas un élément masculin de plus de 12 ans. Alors quoi? Les hommes, ayant compris leur fondamentale inutilité et inaugurale bêtise, se sont-ils jetés d'un seul homme (haha) du haut d'une falaise? Sont-ils tous partis dans un vaisseau spatial pour devenir pote avec les heptopodes? Sont-ils tout simplement à l'intérieur pendant tout le film à jouer à la playstation? Non, c'est beaucoup plus gore. Je préfère rien dire de plus, car le film doit se découvrir. C'est sublime parce qu'il y a beaucoup de choses que j'aime bien: de l'eau, des roches volcaniques, des hôpitaux yougoslaves, et des gens sans sourcils. C'est immobile et lent, travaillé très près de la peau et parfois très loin des corps, au point qu'on perd ses repères dans l'image et qu'on ne voit plus que des petites taches de couleur au loin. Les couleurs sont sublimes, dans des teintes noires, vert, gris plaquées sur du blanc violent et du bleu mousseux. Il y a un certain nombre de plans à se tuer tellement c'est beau photographiquement. Sur le fond et l'intrigue, assez génial aussi, déployé dans un gore plus freak que sanglant tout à fait raccord. Bref, trop biiiiiien quoi.

Night Fare, Seri, 2014                                                                             
The invitation, Kusama, 2015
Evolution, Hadzihalilovic, 2015