mardi 29 novembre 2016

Cow-boy total

En ce moment, ça fouette le cow-boy à tous les étages ( comme je l’avais bien flairé, entraînée que je suis à humer l’odeur du purin qui s’élève dans la plaine). Il y en a au cinéma, en musique et maintenant aussi en politique, c’est dire.

Young ones, ça fait un moment que je l’ai et que je persiste à le confondre avec The Loved ones, sorte de Carrie taré dans l’outback australien – j’en étais même venue à douter de l’existence de ce film. Mais non ! En faisant des recherches sur M. Shannon, le mec qu’a la gueule la plus flippante du monde, je me suis rendue compte qu’il avait bien joué dans ce thriller postapo avec aussi le joli Nicholas Hoult qui bouffait déjà du sable en prévision de Mad Max. Young ones raconte donc l’histoire d’un monde dans lequel il n’y a plus d’eau (ou presque) avec des gens qui vivent dans le désert et qui ont plein d’engins bizarres faits de bric et de broc (genre MM, quoi). Evidemment cet univers est impitoyable et dominé par des contrebandiers/puitiers (genre des mecs qui creusent des puits) avides de pouvoir et d’alcool. Dans tout ça, un petit fermier tente de survivre entre son fils neurasthénique et sa fille hystéro : il deale un peu, manigance vite faite et aimerait bien qu’on irriguât sa terre. C’est sans compter sur le mec de sa gamine, un petit jeunot aux dents longues et sans grande moralité, monté sur une moto du diable qu’il lance à toute allure sur les pistes (un peu comme MM quoi). Bon en gros, c’est un peu comme Mad Max, mais pas tout à fait : il y a une intrigue et même qu’elle est découpée en plusieurs chapitres, qui suivent le parcours des trois héros – le père, le fils, le gendre, chacun barbare et victime à sa façon. Finalement, l’aspect postapocalyptique joue peu – c’est surtout un prétexte pour se la jouer cuir et moustache dans le sable.

Des vrais cow-boys de vrais de vrais, c’est dans Hell or high water (traduit en français Comancheria, merci beaucoup) qui raconte une virée de braquages qui tourne mal. Deux frères cherchent à sauver le ranch familial du fin fond  du Texas bouffé par les dettes et les arriérés : comme l’un d’entre eux sort justement de taule, il se dit – bingo, braquons des banques ! La bonne idée ! Ils y vont donc, en pur mode desperados des plaines (genre pas super préparés, entre deux burgers, avec des chaussettes sur la tête). Evidemment, braquer des banques dans un état où tout le monde  a son flingue à la ceinture, c’est pas top malin. Mais bon. De l’autre côté du Texas, un pépé ranger, à deux semaines de la retraite, embarque avec un collègue mi-mexicos, mi-comanche pour trouver et faire la peau à ces connauds. A partir de là, c’est de la cowboyerie à tous les étages : deux jeunes gars en roue libre, un vieux sur le départ qui égrène ses blagues racistes et sa sagesse redneck de vieux flic avec un indien des plaines pour tout compagnon de voyage : c’est beau. Non, mais c’est vraiment beau, en fait. C’est beaucoup de bagnoles et de larges paysages, de bande-son « bwwoiiing » (Nick Cave à l’écriture quand même) et de questionnement existentiel sur les nouveaux apaches, les rois des plaines d’un espace qu’on se demande parfois s’il disparaîtra un jour (non, en fait).

Finalement, le cow-boy moderne, c’est Snowden, enfin adapté par Stone dans un film pas mal foutu. On y retrace l’histoire de ce pauvre Edouard, obligé de vivre en Russie jusqu’à la fin de ses jours parce qu’il a fait de la merde. En même temps, quand on voit le degré de sécurité des installations, il devait bien se douter qu’on allait pas lui taper dans le dos après. Bref. On voit l’aspect plus évolutif, la construction lente de la décision de tout balancer. Au départ pas super fan des libéraux et des anti-guerre, Doudou change pourtant : c’est grâce à l’amûûr, c’est sûr, mais aussi parce qu’il se rend compte que la lutte antiterrosisssse, c’est pas toujours super mimi. Hé oui, Ed, la vie, c’est pas rigolo ! Mais là où il se fâche tout rouge, c’est quand on lui pique son joli code qu’il avait écrit tout gentiment et qu’on en fait un instrument du diable. Ha oui mais non. Bref, le récit a peu d’importance et le film est assez classique pour un film politique de Stones : peu d’images d’archives cependant, mais toujours des moments très solennels, avec des roulements de tambour militaire en fond (= le héros est en train de vivre un moment décisif pour lui (= son cœur bat, comme le tambour) mais la nation tout entière aussi (=son tambour bat, comme le cœur quoi)). L’histoire et l’Histoire, tout ça. Enfin.

Young ones, Paltrow, 2014
Hell or high water, Mc Kenzie, 2016

Snowden, Stone, 2016

lundi 28 novembre 2016

Ecran total

Toujours n’importe quoi et n’importe comment : les trucs les plus chelous de la semaine.

Lights out, un film d’horreur genre maison hantée qu’on dirait pas comme ça mais qui fait bien peur en fait (à moi en tout cas). Le film s’ouvre sur une chouette scène de massacre sans tronçonneuse avec un monstre qui apparaît dans l’ombre et qui disparaît à la lumière. Creepy. Commence alors le film qui nous présente Rebecca, jeune cool un peu goth, se retrouvant à devoir gérer un petit frère un poil chiant parce qu’il ne dort pas bien, le pauv’ chou. Ceci dit, avec une mère qui passe une partie de la nuit à parler à son amie imaginaire et l’autre à hurler roulée en boule, y’a de quoi. Becky se rend alors chez sa daronne, bien décidée à lui faire prendre ses médocs. Mais c’est sans compter sur la présence maléfique qui rôde, ouuuh et dont Becky percera l’énigme en trois minutes et demie d’un montage didactique à crever (pour si vraiment t’as pas compris). C’est le côté un peu lourd : point de suspensme, au bout de 45’, l’histoire est pliée et on attend juste pour compter les cadavres à la fin. Par contre, ça fait un peu flipper : les trucs qui surgissent dans le noir, les ombres qui bougent dans le dos et tout ça, perso, j’ai gardé ma lampe de poche près de moi.

Aussi une histoire de lumière (dans le titre, pas dans la réalisation), c’est le The Neon Demon de Winding Refn ( qui a perdu des voyelles en quittant son fjord natal). Je n’avais pas aimé Only god forgives qui était une sorte de longue masturbation d’ado shooté aux clips MTV et à l’esthétique David LaChapelle alors pourquoi diable m’être lancée là-dedans. Parce que je suis comme ça, moi, d’une honnêteté intellectuelle à toute épreuve et un peu maso sur les bords. Pis j’aime bien regarder un film en éructant dessus, ça ravigote. The Neon demon donc. Sujet super révolutionnaire, l’histoire d’une petite fille pure qui est engloutie par la machine à fabriquer des clones du monde de la mode. Comme c’est original ! Jesse, donc, est une super trop meugnonne aux longues boucles blondes et au teint frais qui veut tenter sa chance dans la fashion. Elle fait tourner les têtes mais hélas, dans cette grande ville faite de blocs de béton glacés et d’intérieur gris, elle finira par se faire bouffer (littéralement, désolée pour le spoiler) par les gorgones sans pitié qui peuplent ces murs, mouahaha. Des plans lents, gris métallisé, baignés de néon bleus zet rouges, des acteurs placés comme des statues de cires qui débitent des textes écrit par un fonctionnaire de la Capac neurasthénique, de l’électro en nappes épaisses qui font un peu gerber à force : mais quel bonheur. Je me suis endormie 4 fois pendant la première heure (il faut dire que je sortais d’une bonne empoignade avec deux kilos de moules et qu’on était dimanche après-midi) puis j’ai encaissé les 40 minutes suivantes à renfort de café. Voilà, c’est super chiant, archi convenu, d’un niveau de clip vidéo pseudo arty, et d’une inanité difficile à comparer. Cela dit, ça atteint par là son but : parler du vide en en étant la définition la plus pure.

Tout aussi arty, mais sans faire exprès, c’est Jaguar Force Thunderbolt, nanard super-culte dont je ne connaissais pas l’existence jusqu’à y a pas longtemps. Gloire à celui qui me le fit connaître. Il s’agit donc d’un film d’exploitation taïwanais avec des méchants, des gentils et des dialogues de fous. Le film est culte car il fait partie de ces chefs-d’œuvre du doublage : celui-ci a été fait directement par la société de production et est donc réalisé par des acteurs chinois qui parlent (un peu français).  C’est drôle. Comme en plus la version VHS (seule dispo à ce jour à ce qu’on dit) est tout simplement mal cadrée (il manque littéralement 5 centimètres à gauche et à droite), on passe deux heures devant un film qui pourrait avoir été écrit par Godard : des dialogues tout chelou, déclamés sur des tons blancs, entrecoupés de silence (pour correspondre aux mouvements faciaux du mandarin, malin !), des considérations existentielles écrites dans un français durassien, le tout sur des images où il manque souvent un personnage (à cause du problème de cadre) et qui sont soit surexposées (il fait tout blanc) soit complètement noires. Le hors-champs, la désincarnation, le mensonge des images, l’infidélité de la lumière : autant de thèmes qui nous excitent et qui réjouiront le patient spectateur de cet objet artistique exotique.

Lights out, Sanberg, 2016
The neon demon, Refn, 2016
Fei bao xing dong, Pan, 1981 

dimanche 27 novembre 2016

Preacher

                          
Je viens de finir après moult atermoiements, la première saison de Preacher, énième adaptation d'un roman graphique (?) en série, mais produit par Seth Rogen et Evan Goldberg. Comme souvent, je m'y suis mise sans avoir trop d'info sur le contenu - je savais juste que c'était un truc de redneck. C'est ça, mais en mieux.

Preacher raconte l'histoire de Jesse, de retour dans son patelin d'origine du bumfuck Texas pour reprendre l'église de son père (preacher avant lui). Mais Jesse n'est pas vraiment preacher, en fait. Non, il est plutôt ex-malfrat tendance cowboy, avec un ex aux trousses assoiffée de sang (pas le sien, hein). En plus de ça, il se prend une sorte de boule de feu lumineuse dans la gueule en plein sermon et se met à avoir des pouvoirs super chelou - il ouvre les yeux des gens dans le coma, il ramène des tycoon à Dieu et il simule des suicides pour faire peur; bref, il devient un peu Jésus. Comme si ça ne suffisait pas, atterrit dans un jardin un drôle de peye avec un teint blafard et un accent anglais (??) à couper au couteau, qui n'est autre qu'un vampire - d'où le teint livide. 

Mazafaka.
                                 
A partir de là, on se demande un peu comment tout ça va tourner: ça fait beaucoup de références pour un seul homme finalement. Mais en fait non: on se retrouve avec un truc entre True Blood, Banshee et Dogma: un peu redneck, un peu sanguinolent, un peu religieux-mais-pour-déconner. Il y a des courses-poursuites en pick-up sur les routes poussiéreuses, des mères de famille courageuses qui travaillent dans des dinner, des gros flics un peu mou du bide, des industriels de la viande impitoyables, une paire d'anges à grands chapeaux en mission sur terre, des suicides ratés (impressionnant!) et bien sur des cow-boys modernes à col romain. Le tout est entrecoupé de flashback (parfois pas super clairs si on suit pas), sur un son de guitare country, qui fait "boiiiiing" (genre Bwow) et toujours le désert, les plans en contre-plongé un peu comics, la sueur du Sud et des villes de bouseux qui suinte la graisse de porc et l'ennui vague. Yum.

lundi 21 novembre 2016

Ecran total

Ça fait un moment que je n’ai plus pris la plume, pourtant, que de bons films ces derniers temps – autant que de déconvenues, mais ce sera pour un prochain numéro. Ces trois premiers films n’ont pas grand-chose en commun mais quelque part en fait si : ils parlent de domination, de résistance et de fantasme du chevalier sauveur.

Nocturama est à cet égard bien étrange : film sur lequel on a pas mal bavé quand il est sorti : bah oui, il parlait de terrorisme dans un contexte pas franchement folichon mais surtout, il avait l’outrecuidance de parler de terrorisme politique, carrément ancré à gauche et qui pose un peu la question : alors quoi, sont sympas ou pas les terroros, huum ? Je m’en fus donc le voir avec circonspection, peur de me retrouver devant un énième film de gauchiste nostalgique d’Action Directe, mais je savais par dedans moi que Bonello était plus finaud. Et il l’est, de façon assez démentielle. Le film raconte donc un attentat, ou plutôt des attentats, coordonnés, minutieusement préparés et exécutés en plein Paris pour frapper au cœur de la société capitaliste (qui est trop méchante). Sous les cagoules, des petits jeunes plutôt mignons  et le teint frais, un peu banlieue mais avec le bac, bref, des gens comme vous zet moi. Tout est filmé quasi sans un mot, au rythme des rames de métro, des échanges de sac, des micro-actions qui convergent toutes vers un truc qu’on sent global et qui va faire mal. Arrive l’explosion finale et ces petiots se retrouvent tous autour d’un bon verre dans les galeries Lafayette une fois celles-ci fermées. Vous me direz, y’a mieux comme planque, mais bon. Et c’est là que le film devient vraiment intéressant : ces gamins, paumés dans un centre commercial de luxe et enfermés pour la nuit, que font-ils ? Ils parlent de Nietzsche ? Ils débattent sur la lutte des classes ? Ils écrivent des trucs révolutionnaires sur les manteaux du rayon fourrure ? Bah non. Ils essayent des baskets super chères, ils bouffent des gâteaux de chez Fauchon et ils mettent Rihanna à fond. Ça fait un peu chelou du coup : et quoi, la révolution sociale, alors ?  C’est là que c’est assez superbe : on se rend compte qu’à posteriori, on a peu d’info sur leurs raisons, motivations – en fait, quasiment aucune n’est énoncée comme telle. On peut juste supputer, supposer et surtout projeter ce qu’on pense être les raisons de leur colère. Mais est-ce que ce ne sont pas un peu les nôtres dans le fond ? Ça renvoie un peu au fantasme du gentil quadra installé dans sa vie qui s’imagine que les jeunes vont faire la révolution qu’il n’a pas eu les couilles de faire à leur âge  « wouaaa, trop forts les jeunes, trop bien les printemps des peuples, trop cool les indignés » alors que c’est surtout une révolution qui tourne à vide, on dirait qu’on sait pas trop pourquoi on la fait, on y croit mais est-ce qu’on comprend vraiment ou juste besoin d’un truc à faire le samedi soir ?

Autre film attendu longtemps, le récit de l’affaire Arche de Zoé fait par Lafosse dans Les chevaliers blancs. Lafosse n’est pas mauvais quand il s’agit de parler de fait divers et il le fait ici de nouveau avec pas mal de classe. L’histoire, on la rappelle vite fait : c’est cette association partie en Afrique sauver des orphelins et qu’on a chopé sur le tarmac d’un aéroport avec une centaine de gamins dont la plupart n’était absolument pas orphelins, gamins destinés à être adoptés par des familles en France qui avaient « contribué » à l’association à hauteur de 1000-2000 euros. Un truc qui pue un peu, quoi. Ici, c’est raconté de très près, comme d’habitude, sans trop de pathos, à travers le déroulé de l’action humanitaire, ses déboires, ses emmerdes. Il n’y a pas de jugement comme tel mais la charge est plutôt lourde : ça dresse un portrait assez flippant de la gentille âme charitable, de la bonne volonté du bon blanc et de l’eurocentrisme de base qui reste un obstacle assez énorme à une bonne compréhension. Images superbe, bande-son bien foutue – seul bémol, les acteurs, un peu mouais.


Enfin, Elle qui a aussi fait couler beaucoup d’encre de son côté : un film qui parle de viol, d’agression, de domination masculine et de comment on s’en sort ? Un thriller avec des personnages ambigus, étranges et tous plus tarés les uns que les autres ? Un film pour laisser Huppert faire joujou avec tous ses rôles de dominatrix froide et impassible ? Un peu des trois en fait. Pour résumer, c’est l’histoire d’une femme normale qui se fait agresser chez elle – genre violer. Comme elle est méga badass  (et un peu cintrée) elle ne porte pas plainte et déballe toute l’affaire à ses potes sur un air de « bon, tiens au fait, il m’est arrivé un truc, l’autre jour ». Du coup, on s’étonne : mais quoi, et les flics ? Et l’agresseur ? Et la vengeance dans tout ça ? Elle, elle s’en fout. Mais l’agresseur, lui, continue à la suivre, lui parler, l’approcher, la chercher. On n’en dira pas plus, sinon c’est péché, mais c’est effectivement un film excellent, qui tape sur un truc très intéressant à savoir la façon dont les autres pensent que vous devez vivre votre agression, comme si une fois que c’était fait, vous deveniez une sorte de cause publique. Ben en fait non, et chacun a le droit de vivre ses trucs dans son coin, de gérer comme il veut, de prendre le pouvoir où il le trouve. Le personnage d’Huppert est hyper bien foutu, un cliché de femme froide, indépendant et qui a besoin de personne mais qui est en fait bouffée de tous les côtés par une horde de gens (surtout des hommes d’ailleurs) complètement assistés qui non seulement la sucent jusqu’à la moelle mais à qui elle est censée faire croire qu’ils ont raison. Elle, elle se démerde comme elle peut et le film le raconte très bien. Après, espérer qu’il livre une morale ou une conclusion sur la question du viol, c’est prendre le problème à un niveau des fables de la Fontaine : on est d’accord que la vie est quand même un peu plus complexe, non ?

Nocturama, Bonello, 2016
Les chevaliers blancs, Lafosse, 2015
Elle, Verhoeven, 2016

mardi 25 octobre 2016

Ecran total

Pas grand-chose de nouveau cette semaine, entre cow-boy du dimanche, cow-boy du mercredi après-midi et cow-boy du vendredi soir : tout le monde peut être un héros (juste pour un jour, une fois).

Cow-boy du dimanche, c’est dans Westworld, l’original. Comment en deux heures on liquide une série promise à moult saisons, c’est ça l’efficacité Bosch et c’est encore une victoire de Canard, à savoir Yul Brynner en cow-boy mutant qui promène sa vengeance de machine au crâne lisse, trop lisse. L'intrigue est sensiblement la même que celle de la série : une agence de vacances propose des séjours dans des mondes trop fun (époque médiévale, empire romain, cow-boy world). Trop fun, certes mais pas pour tout le monde – une preuve de plus que l’entertainment de masse est un truc fondamentalement patriarcal, tiens. Enfin bref. Comme prévu les robots se mettent à déconner et à tirer sur tout ce qui bouge, avec un méchant particulièrement vilain en la personne de Brynner qui fait tellement bien le robot qu’on se demande si l’URSS n’aurait pas eu une large longueur d’avance sur nous en termes d’intelligence artificielle. Il y a moins de considérations freudo-lacaniennes que dans la série (« mais quel est ce sujet qui se cache entre les plis, ciel mon phallus ») mais plus de pim pam poum et d’assassinats de sang froid (très froid). Pour pimenter le tout, les mondes collusionnent ce qui donne un chouette bordel de cow-boy dans des châteaux forts et d’orgies romaines avec des putes de saloon. Enfin, presque.

Les cows-boys du mercredi après-midi, ce sont les 7 (ou 8 ?) mioches du Wolfpack, documentaire hallucinant sur une bande de garçons élevés en huis-clos dans un appartement new-yorkais et qui connaissent le monde par la lorgnette ultime de notre ami cinéma (cinééééémaaa). De film en film et de salle en salle, ils lui ont donné leur existence. Bon pas vraiment. Il s’agit en fait d’une famille très nombreuse, composée quasi exclusivement de garçons à la longue chevelure Hare Krishna et au type mi-indien mi-chelou. Comment en sont-ils arrivés là ? Que font-ils de leurs journées ? Où en est leur virginité ?  A quoi ressemble un gaillard de 23 ans qui n’est jamais sorti de chez lui et qui ne connaît de la vie que Pulp Fiction et de l’amour que Blue Velvet ? Qu’est-ce qu’on mange ce soir, d’ailleurs ? Tant de questions auxquelles on n’aurait jamais imaginé avoir de réponse, et pourtant si ! Par la grâce des médias gonzos, on finit toujours par dénicher LA famille de cinglés qui fera l’affaire. Quelques plans mélancoliques, des cadrages un peu rapprochés, des scènes qui font peur (le bûcher d’Halloween au milieu du salon !), une dramatisation programmée (« tiens, et si je me réconciliais avec ma mère, perdue de vue depuis 50 ans ? Oups, une caméra ! ») et l’affaire est dans le sac. Au final, un truc fascinant mais pas non plus transcendant : on les voit rejouer leurs films préférés, parler de leur enfance pire que la nôtre et aller au cinéma pour la première fois (émotion !). On aimerait par contre savoir s’il est possible de louer ces jeunes garçons à l’heure pour animer des soirées de cinéphiles – mais ce n’est visiblement pas encore un produit téléachat.

J’ai beaucoup attendu Yoga Hosers, surtout après l’inénarrable Tusk mais je dois avouer que c’est un peu un truc de cows-boys du vendredi soir : une paire d’ados un peu concons mais vachement dégourdies combat le mal depuis derrière le comptoir d’un magasin de pompe à essence, en chouinant parce qu’elles ratent LA soirée qui aurait dû faire d’elles des femmes. Zutre. Il y a évidemment des choses intéressantes : l’addiction des jeunes filles pour un yoga d’un genre renouvelé, avec des postures vachement plus comiques que le pigeon royal ou que la demi-pince ; les gossbos du lycée qui s’avèrent être des infâmes satanistes plein de beuh, et surtout le méchant de ce film, consistant en une bande de « bradzis », pour « bradwurst » et « nazi » - un terme que l’on peut élégamment traduire par « knazis » ou encore par « zwanzis » - j’suis assez fière de moi. Ces petits hommes-saucisses maléfiques jaillissent de partout en criant « wunderbar » et aiment à remonter le rectum de leur victime. Miam. Qui est derrière ce complot ? Mystère! Il y a plein de références très cons mais assez jouissives à plein de trucs qu’on aime, dont une excellent citation du Children shouldn’t play with dead things, film de zombies trop souvent oublié dont on a d’ailleurs parlé ici (alors on est bien content de soi, didon). Pour le reste, c’est un peu « meh » comme on dit. Avec saumon mais sans cream cheese.

Auf Wiedersehen!

Westworld, Crichton, 1973
The Wolfpack, Moselle, 2015
Yoga Hosers, Smith, 2016

jeudi 20 octobre 2016

Driving miss crazy

Je  clôture enfin mon cycle sur les nanas cintrées au cinéma : il y aurait encore moult films à y ajouter mais on n’a pas toute la vie non plus.

Le Singapore Sling est un cocktail à base de gin, de cointreau et de jus d’ananas. Mais c’est aussi un film expérimental racontant un huis-clos erotico-slasher entre une mère et sa fille. Tous les deux sont donc a) difficile à avaler et b) assez rapidement soûlants. Concernant le cocktail, la solution est simple : virer les ingrédients inutiles et garder le gin. Pour le film, c’est autre chose : il n’y  pas grand-chose à garder, si ce n’est la référence à Preminger et on se contentera donc de regarder le film en accéléré (1.5 fois voire 2 fois plus vite) , un gros verre de gin à la main. Voire une bouteille. Dans ce film visiblement culte pour les fans de Nikos Nikolaidis -  que je ne connais ni ne juge ici – on découvre une mère et sa fille, enfermée dans une grande demeure remplie de déco mi-taxidermiste, mi-Louis XVI, avec des fanfreluches qui se mêlent aux peaux de bêtes et des candélabres qui luttent avec des cornes de cerfs. Intrigant. S’y trouvent aussi un certains nombres d’objets contondants zet phalliques qui seront nos guides dans cette épopée du plaisir féminin ( ??) entre inceste, nécrophilie,  abus de mâles en détresse et jeux de rôles hasardeux.  La référence à Laura d’Otto Preminger est un parti pris : une pauvre Laura assassinée, dont on tombe amoureux du portrait avant de succomber à une femme fatale qui lui ressemble et qui est elle (ou pas, suspensme !). Cette enquête mène un pauvre homme à la porte des deux gorgones qui le capturent fissa et en font leur nouveau joujou. La quête est entrecoupée de scène de jeux érotiques entre la mère et la fille (ou Laura, on ne sait pas trop), dont une scène de masturbation au kiwi qui ferait douter même les vegans qui aiment très fort les légumes. En accéléré, c’est supportable, et même parfois drôle. Sinon, on baille un peu et on reprendra un gin sec, s’il vous plaît bien.

Shock parle aussi de relation mère-fils, mais à un âge différent, et nous montre encore une fois qu’il vaudrait parfois mieux garder sa culotte quand on songe à procréer. On y voit une gentille famille recomposée s’installer en Italie, dans l’ancienne maison de Dora, la femme du couple, celle où elle a vu son feu mari et père de son petit Marco, mourir. Son nouveau mec est pilote et joue donc un peu les filles de l’air, haha. Il n’est pas souvent là, et qui dit grande maison isolée, femme seule et enfant HP, dit problème à l’horizon à base de malfaisance télépathique, de portes qui claquent et de zoom zinquiétants sur la figure du marmot diabolique. Car Marco est un peu chelou, genre autiste mais avec un monde intérieur qui fait peur. Entre ses mini figurines vaudou et ses paroles un peu blessantes (« j’t’aime pas  t’es pas ma mère »), on a bien envie de lui mettre une grosse fessée et au lit. Hélas, hélas et trois fois hélas : à une époque où les libres enfants de Summer Hill sont encore un gros fantasme dans les milieux pédagogiques, personne ne songe à corriger le chiard qui peut donc « développer son potentiel » (meurtrier) en toute liberté. Merci Céline Alvarez, en gros.

Singapore sling, Nikolaidis, 1990

Shock, Bava, 1977

mardi 11 octobre 2016

Ecran total

Cette semaine, un peu de flip à bas coût avec des lapins gothiques, des clowns psychotiques et un Edward Norton un poil excentrique.

J’ai toujours cru que j’avais déjà vu Donnie Darko, mais c’est parce que je le confonds avec Donnie Brasco – avouez qu’il y a de quoi. En fait, non et c’est donc chose faite. Ça raconte l’histoire d’un ado un peu mal dans sa peau (genre il est trop beau gosse mais c’est trop dur pour lui), un peu narcoleptique et somnambulesque, qui parle à un lapin imaginaire, Frank.  Donnie vit en suburbia, cauchemar américain de classe moyenne à maintes reprises épinglé dans la dernière décennie du 20e, et se fait chier dans sa maison impeccable aux rideaux Laura Ashley.  Convaincu d’une apocalypse imminente, il converse avec un lapin géant à masque de mort super flippant et échappe de peu à un réacteur d’avion tombé par erreur sur sa chambre. Après, c’est plutôt une tranche de vie classique : les cours d’anglais avec la prof trop cool mais qui se fait virer, la nouvelle dans sa classe qu’est trop mignonne et qui bingo s’assied à côté de lui, les fêtes d’Halloween qui dérapent et les séances chez le psy.  Le tout est noyé dans des visions lentes, des longues séquences musicales au ralenti un peu planantes, un sentiment de perte de réalité via des séquences vidéo un peu futuristes avec des grésillements (et tout) . Franchement, en termes de désespoir adolescent, Donnie peut repasser : ses darons sont plutôt cool et le laissent psychoter gentiment, sa meuf est meugnonne comme tout, ses potes sont toujours prêts à prendre leur vélo pour aller résoudre un mystère - il est peut-être bien un des marmots de Stranger Things, mais 10 ans plus tard – genre celui qui crache des glaires noirs. Ça ressemble donc plus à un trip ado qu’à une critique sociale, même si on sent le côté grinçant et glauque d’existences parfaites assorties au tapis de la salle de bain. Il y a des personnages, des moments tout droit sortis de l’univers de Lynch - beaucoup de plans de cage d’escalier, des profs toujours au bord de la crise psychotique, des adeptes de théories PNListo-fumeuses et des gazons bien taillés. C’est beau.

Même si on aimerait bien l’aimer, c’est difficile de défendre 31,  petit nouveau de Rob Zombie, qui est, avouons-le, une belle daube. C’est dommage, on était toute chose à l’idée de retrouver les clowns maléfiques, les rednecks mythiques et les shoot-out de western de  The devil’s rejects, mais là, alors que tous les éléments y sont, ça tombe relativement à l’eau : c’est mou, lent, pas très inventif dans l’horreur, ça fait un peu recyclage mais d’une poubelle mal triée (genre avec des cartons et des canettes dans le même sac).  Tout avait pourtant bien commencé : 31 raconte l’histoire d’une bande forains ambulants qui se perd un soir d’Halloween au milieu de nulle part et se fait kidnapper par des gens riches et sadiques afin de participer à un jeu style « on lâche des clowns fanatiques avec des armes rudimentaires dans une usine abandonnée et vous devez survivre ». Cool ! Hélas, hélas, trois fois hélas ! C’est peut-être le huis-clos, c’est peut-être l’overdose de clowns, c’est sans doute l’omniprésence de Cherri Moon Zombie, épouse de, qui promène sa permanente décolorée et son ventre plat dans tous les cadres en essayant de faire l’actrice, c’est sans doute aussi les personnages de riches zet puissants sadiques ridicules – ils sont riches donc ils ont des costumes Louis XIV, sans doute une critique de biais à la monarchie de droit divin, sacré Rob ! Tout ça fait que ça ne prend pas vraiment : alors bien sûr, c’est divertissang (sic, haha) mais ça manque de cow-boy, diantre !

Enfin dans Primal Fear, on voit ce cher Dick-la-mimique aka Richard Gere, dans le rôle de Martin Vail, brillant avocat un peu pervers narcissique sur les bords (si on en croit le test trouvé dans 20ANS de décembre 1996), décide de voler au secours d’Aaron, pauv’ enfant de chœur de son état accusé du meurtre d’un archevêque. Le mobile de Marty n’est bien évidemment pas l’empathie pour son prochain mais bien la gloire judiciaire, la coke et les putes qui s’ensuivent. Sacré lui. Sauf que l’affaire est plus corsée qu’il n’y paraît à première vue : comme tout bon dignitaire ecclésiastique, notre pépé était régulièrement menacé de mort par des investisseurs immobiliers pas contents (normal…) et bien sûr trempé un peu beaucoup dans des histoires de mœurs pas nettes. Du coup, que faire, qui croire, où courir, où ne pas courir ? En plus vla-t-il pas qu’Aaron se révèle être à plusieurs dans sa tête : que de rebondissements – presque trop pour un seul homme et pour deux heures de film ! Je n’en dirai pas plus, mais sachez qu’on y voit le jeune Norton avant qu’il devienne célèbre dans son rôle d’antivirus (mouhahaha), et qu’il est vraiment cool : tantôt penaud, tantôt schizo, on le sent sur la pente Fight Club, déjà. Pour le reste : Dick fait ses tricks, son ex lui met des râteaux, on boit des whisky et voilà.

Donnie Darko, Kelly, 2001
31, Zombie, 2016

Primal Fear, Hoblit, 1996